ACTE II
H« la»! il y a bien plus de danger pour moi dans tes yeux , que dans vingt de leurs épées. Daigne adoucir ton regard , et je suis invulnérable à leur
JULIETTE
Je ne voudrais pas, pour le monde entier, qu'ils te vissent en ce lieu.
ROMEO
Je suis couvert du manteau de la nuit : il me dérobe à leurs regards ; et pourvu que tu m'aimes, peu m'importe qu'Us me surprennent. Je serai bien plus heureux de finir ici ma rie sous les coups de leur haine , que de la prolonger sans ton
JULIETTE
Encore une fois, qui t'a servi de guide pour t'introduire dans ce jardin?
BOMEO.
L'amour. Il m'a prêté son génie, et je lui ai prêté mes yeux. — Je n'ai point appris l'art du pilote, mais fusses-tu au delà de ce vaste rivage , environnée de la plus vaste mer, je m'exposerais sur les flots pour conquérir un si rare trésor. JULIETTE.
Sans ce voile des ténèbres qui couvre mon visage , tu verrais le rouge de la pudeur enflammer mes joues au souvenir du secret que tu m'as entendue confier à la nuit. Je voudrais bien avoir été moins franche. Oui , je voudrais , je voudrais pouvoir nier l'aveu qui m'est échappé. — Mais loin de moi ces vains détours. M'aimes-tu? Je sais que tu vas répondre oui, et je recevrai ton aveu
avec joie Mais ne fais point de sermens ; ils
ne t'empêcheraient pas de devenir perfide : les parjures des amans passent pour des jeux de l'amour. Cher Romeo, si tu m'aimes, déclare-le avec bonne foi. — Peut-être trouves-tu que je me suis trop facilement rendue : eh bien, il m'est facile de prendre un front plus sévère, et de te répondre non, si ces formes te plaisent davantage ; mais, autrement, je ne rétracterais pas mon aveu pour tout l'univers. — En vérité , beau Montaigu , je suis trop tendre , et tu pourrais craindre que ma conduite ne devint légère. Mais fie-toi à moi , noble jeune homme ; tu me trouveras plus fidèle que celles qui mettent plus d'art à paraître indifférentes. Oui, j'aurais dû être plus réservée, il but que je l'avoue ; mais l'aveu que tu as entendu par surprise , avant que je fusse sur mes gardes ,