‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 155 sur 689 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

n'en est pas moins l'expression échappée à mon sincère amour : ainsi pardonne-moi , c'est la nuit qui m'a trahie , qui t> dévoilé mes sentimens : ne juge donc pas sur ma trop facile défaite que mou amour deviendra léger.

ROMEO

Juliette, je prends à témoin cet astre sacré dont la lumière argenté les cimes de ces arbres fruitiers.

JULIETTE

Ah ! ne jure point par cet astre inconstant qui change tous les mois : je craindrais que ton amour ne devint inconstant comme lui.

Et par quel serment

JULIETTE

Ne fais point de serment ; ou si tu veux en faire, jure par ton aimable personne, par toi, qui es le dieu que j'idolâtre, et je te croirai.

JULIETTE

Arrête , ne jure point encore. Ta présence me comble de joie , et cependant je ne sens point de joie à former ce contrat cette nuit : il est trop téméraire , trop inconsidéré , trop soudain : rapide comme l'éclair , il s'évanouirait peut-être comme lui. Mon doux Romeo, retire-toi : ce germe d'amour peut avec le temps éclore et mûrir pour notre première entrevue. Adieu, adieu. Que ton cœur goûte un sommeil aussi doux, un aussi doux repos que celui qui est dans le mien.

ROMEO

Oh ! me renverras-tu si peu satisfait?

JULIETTE

Et quelle satisfaction veux-tu de plus?

ROMEO

L'échange de ton fidèle amour contre le mien.

JULIETTE

Je t'ai donné mon cœur avant même que tu Paies demandé ; et je voudrais avoir encore a te le donner une seconde fois.

ROMEO

Est-ce que tu voudrais me le retirer? et pourquoi le voudrais-tu, ma bien-timée?

JULIETTE

Seulement pour te prouver ma sincérité , pour te le redonner encore; mais je ne désire là qu'on

ROMEO KT JULIETTE

bonheur dont je jouis déjà. Ma bieDTeiliancc pour loi est aussi vaste que la mer, mon amour est aussi inépuisable : plus je t'en donne , et plus il m'en reste : tous les deux sont infinis. J'entends du bruit dans la maison : cher amant, adieu !

(La nourrice appelle Juliette en dedaaa.)

Tout à l'heure, bonne nourrice. — Aimable Montaigu, sois fidèle. Demeure un moment encore, et je vais revenir.

ROMEO

O heureuse, heureuse nuit! Je tremble que tout ceci ne soit qu'un songe : il est trop plein de douceur pour être réel.

(Juliette reparaît à la fenatre.) JULIETTE.

Trois mots encore , cher Romeo , et puis adieu , adieu! Si les vues de ton amour sont honorables, si le mariage est ton but, réponds-moi demain matin par l'exprès que j'aurai soin de Renvoyer; fais-moi savoir en quel lieu , en quel temps tu veux accomplir la cérémonie sainte , et j'irai mettre à tes pieds tous mes trésors , et je te suivrai , ô mon amant , par tout l'univers.

UNE VOIX dam l'intérieur.

J'y vais tout à l'heure. — Mais, si tes desseins ne sont pas honnêtes , je te conjure...

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