‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 176 sur 689 · C A PI LIT · texte numérisé non relu

C A PI LIT

Dépêchez quelqu'un vers le comte ; allez, et qu'on l'instruise de ce changement. Je veux que ce nœud soit formé dès demain.

Jl L1LTTK.

J'ai rencontré le jeune comte à la cellule du frère Laurence , et je lui ai accordé tout ce que peut donner un chaste amour, sans passer les bornes de la pudeur.

CAPLLET.

Allons . j'en suis réjoui : tout est à merveille ; continuez; les choses vont comme elles doivent aller. — 11 faut que je voie le comte : oui, je veux le voir. Allez, et dites-lui de venir ici. - lin vé- j rité , après Dieu , toute notre ville a de grandes obligations à ce révérend et saint frère.

JULIETTE

Nourrice , voulez-vous venir avec moi dans ma chambre? Vous m'aiderez à assortir la parure que vous croirez convenable au jour de demain.

LAD Y CAPULET

Non, non, pas avant jeudi; nous avons le temps.

CAPULET

Allez, nourrice, allez avec elle; nous irons à l'église demain.

(Jutions et la nourrkt! sorte»».) LADÏ CAPL1£T.

Nous serons bien courts dans nos provisions; la nuit est déjà prête à tomber.

CAPCLET.

N'ayez point d'inquiétude ; je me donnerai du mouvement, et tout ira bien ; je vous le garantis, ma femme. Allez rejoindre Juliette , aidez-la dans sa toilette; je ne me couche point cette nuit. Laissez-moi seul. Je me charge du rôle de la mé-

nagère pour cette fois. — Quoi !

à prendre le frais! Allons, je veux en me promenant aussi aller trouver le comte Paris , et le disposer à la cérémonie de demain. — Won cœur est merveilleusement léger, depuis que cette fille égarée est rentrée dans son devoir.

( C«pnUl <"t ta fcmni» jertnat.)

SCËAE III.

la minime nu jcMstte.

Lrun-M JULIETTE et la NOURRICE.

JLTJETTE.

Oui, cet ajustement timvimidra le bonne nourrice, je t'en prie, laisse -moi seule cette nuit : j'ai besoin de faire au ciel des prières, l>our en obtenir un regard propice sur ma situation, qui, tu le sais, est pleine d'erreurs et de péché.

( Entra U4j Capulat. } LADY CAPCLET.

Eh bien, êtes-vous embarrassée? Avez -vous besoin que je vous aide ?

JULIETTE

Non , madame : nous avous fait un choix des atours nécessaires et le mieux assortis à la cérémonie que je dois remplir demain. Si c'est votre bon plaisir, laissez-moi seule maintenant, etqin> ma nourrice veille celte nuit avec vous : car, j'eu suis sûre, tous vos gens sout bien occupés, dans une fête qui se fait si précipitamment.

LADY CAPLLET.

Bonne nuit : va te mettre au lit et te reposer; tu en as besoin.

{Uily Capulct et U Roumot iurtenl.)

Adieu. — Dieu sait quand nous nous reverrons. Je sens courir dans mes veines le froid de la peur ; il glace mes sens et mon cœur. Il faut que je les rappelle , pour me rassurer. — Nourrice ! — Ah ! qu'a-t-ellc besoin ici ? Il faut que j'exécute seule mon effrayante scène. Viens, fiole. — Si ce breuvage n'opérait aucun effet, serais-je donc malgré moi contrainte d'épouser le comte ? Non , non : ce fer m' eu préservera ; loi , repose , ici. __ Mais si c'était uu poison, que le frère m'eût adroitement fourni pour me faire mourir, dars

ROMEO ET JULIETTE

la crainte de se voir déshonoré lui-même par ce second mariage, lui qui m'a mariée avec Romeo... Je crains que ce ne soit du poison. Et cependant je suis portée à croire que ce n'en est pas, car il a toujours été reconnu pour un saint homme. — Mais quoi? Si, après que je serai déposée dans ,1e tombeau, j'allais me réveiller avant le temps où Roméo doit venir me délivrer 7. .. O idée pleine d'épouvante ! Ne serais-je pas alors suffoquée sous cette voûte , dont la sombre entrée ne reçoit aucun air salutaire? N'y périrais-je pas étouffée avant que mon cher Romeo arrive? — Ou , si je suis vivante, n'est-il pas vraisemblable que l'horrible idée de la mort et de la nuit , jointe à la terreur du lieu, dans ces profondeurs souterraines , où depuis plusieurs siècles sont entassés les ossemens de mes ancêtres, où gît Tybalt, tout sanglant et encore tout irais dans son drap funéraire; où l'on dit que les spectres viennent s'assembler à certaines heures de la nuit?.... Hélas ! hélas ! n'est-il pas probable que moi, trop tôt éveillée, dans ces lieux infectés , au milieu des gémissemens des spectres, qui, dit -on, entendus des mortels, leur font perdre la raison ?.... Ou si je m'éveille , ne serai -je pas dans le délire ? Qui sait si , troublée de toutes ces visions épouvantables , je n'irai pas insulter en insensée aux restes de mes ancêtres, arracher Tybalt sanglant de son linceul, et dans mon aveugle démence , m'armant de quelque ossement de mes pères, comme d'une massue , m'en briser la tête? Oh ! que vois-je? Il me semble voir l'ombre de mon cousin, cherchant Romeo, qui l'a percé de sa rapière. — Arrête, Tybalt, arrête !— Romeo , voici le breuvage. Romeo , je bois à toi.

(Elle m jeu* m h Ul)

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