‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 222 sur 689 · SCENE r · texte numérisé non relu

SCENE r

CORIOLAN

Mon m sertit d'avoir une occasion d'aller l'y chercher, et me présenter en face aux efforts de sa haine. — Vous êtes le bien Tenu dans Rome.

(Batrtnl Siclaia» et Bruts».) Voyez, VoiJà les tribuns du

peuple, les organes de ce monstre. Je les méprise : ils parent la populace d'une autorité qu'il est impossible à la noblesse de supporter sans s'avilir.

SICINÏUS.

N'avancez pas plus loin.

coniOLAH.

Ah! qu'est-ce ceci?

BRUITS

Il est dangereux pour vous d'avancer. — Arrêtez.

D'où vient ce changement?

MENENIUS.

La cause?

commis.

N'a-t-il pas passé par les suffrages des chevaliers et du peuple?

BRUITS

Non , Cominius.

CORIOLAN

Sont-ce donc des enfans dont j'ai eu la voix?

UN SÉNATEUR

Tribuns , laissez-le passer ; 0 va se rendre à la place publique.

BRUTUS

Le peuple est animé contre lui.

SICINIUS.

Arrêtez ici vos pas , ou tout va être en combustion.

CORIOLAN

Voila donc le troupeau que vous conduisez? Mérïte-t-elle d'avoir une voix dans l'état , cette populace qui la donne et la retire l'instant d'après? A quoi bon vos offices? Vous qui servez de bouche à ce monstre, que ne réprimez-vous sa dent malfaisante? N'est-ce pas vous qui avez allumé sa fureur?

Calmez-vous, calmez-vous.

CORIOLAN

c est un dessein prémédité , nn complot formé

pour mater la noblesse et contrarier ses voeux. Souffrez-le, si vous le pouvez ; et vivez avec une populace qui ne peut commander ni ne vent

obéir.

BRUTUS

Ne traitez pas cela de complot Le peuple se plaint hautement que vous l'avez insulté; il se plaint que dernièrement, lorsqu'on lui a fait une distribution gratuite de blé, vous en avez marqué votre mécontentement; que vous avez injurié ceux qui plaidaient la cause du peuple ; que vous les avez appelés des lâches complaisans, des flatteurs, des ennemis de la noblesse.

CORIOLAN

Ce reproche n'est pas nouveau ; ils le savaient auparavant.

BRUTUS

CORIOLAN

Et vous les en avez instruits depuis .

BRUTUS

Qui, moi, je les en ai instruits?

CORIOLAN

Vous seriez bien capable de pareils chefs-d'œuvre.

Je le suis de réparer partout vos bévues.

CORIOLAN

Et pourquoi scrais-je consul ? Par ces nuages qui voilent le ciel , laissez-moi le temps de faire autant de mal que vous , et alors prenez-moi pour votre collègue.

SICINIUS.

Vous laissez trop voir ce ressentiment qui excite le courroux du peuple. Si vous êtes jaloux d'arrivef au terme où vous aspirez, il vous faut chercher a rentrer, avec des dispositions plus douces, dans la voie dont vous vous êtes écarté ; ou bien vous n'aurez jamais I'honueur d'être con sul , ni le collègue de Brutus dans le tribunau

MENENIUS.

Ne nous emportons point.

COMINIUS

Le peuple est trompé. — Marnions. — x'œs obliques détours sont indignes de Rome ; et Coriolan n'a pas mérité cet obstacle injurieux dont l'envie veut embarrasser le chemin ouvert à son mérite.

CORIOLAN

Me parier aujourd'hui de blé ! — Oui , ce fut mon propos , et je Yeux le répéter encore.

MENF.MUS.

Pas en ce moment, pas en ce moment.

UN SÉNATEUR

Non , pas dans ce moment où les esprits sont échauffés.

CORIOLAN

Dans ce moment môme, sur ma rie, je veux le répéter. — Vous, mes nobles amis, j'implore votre pardon. Mais pour cette ignoble et inconstante multitude, je veux qu'ils me voient en face ; ils verront comme je les flatte : je veux qu'élonnésde m'entendre, ils se regardent 1rs uns les autres. Je répéterai encore, pour les caresser, que nous nourrissons contre le séuat une semence de révolte, d'insolence et de séditions, que nous avons préparée, cultivée et fécondée nous-mêmes, en mésalliant avec cette vile populace notre ordre illustre ; nous qui ne manquous ni de mérite , ni de pouvoir, excepté de la portion d'autorité dont nous avons fait une aumône à cette indigente canaille.

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