‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 230 sur 689 · LN PATRICIEN · texte numérisé non relu

LN PATRICIEN

Vous prenez le parti le plus noble.

CORIOI-AN.

Je réfléchis et vois avec élonnement que ma mère commence à ne me plus approuver, elle qui avait coutume de les appeler des troupeaux de moutons, des êtres stupides , faits pour vendre et pour acheter, pour venir montrer leurs tètes nues dans les assemblées, et rester, la bouche béante, dans le silence de l'admiration, lorsque quelqu'un seulement de mon rang parlait de la paix ou de la guerre. — Je parle de vous, ma mère : pourquoi me ïouhaiteriez-vous plus de douceur? Voud riezvous donc que je fusse traître à mon caractère? Dites plutôt que je me montre l'homme que je

VOLUMNIE.

O Coriolan , Coriolan , je voudrais que tous eussiez fait valoir à propos votre pouvoir, avant que vous l'eussiez usé.

CORIOLAN

Qu'il devienne ce qu'il pourra.

Vous auriez pu vous montrer suffisamment Fhomme que vous êtes, en faisant bien moins d'efforts pour y parvenir. Votre caractère aurait trouvé bien moins de contradictions, si vous ne leur aviez pas tant montré ce caractère, avant même qu'ils eussent le pouvoir de vous contrarier.

CORIOLAN

Au supplice, les misérables!

VOLUMNIE.

Oui, et aux enfers aussi.

(.Eotre McoeaiM ar*c Ut tlnataun.)

MENENIUS.

Allons, allons, vous avez été trop dur, un peu trop dur. 11 faut revenir devant le peuple, et réparer celte violence.

LES SÉNATEURS

U n'y a point d'autre remède , si vous ne voulez pas voir notre belle Rome , victime de votre refus, déchirée par les divisions, s'abîmer sur

VOLUMNIE.

Je vous prie , mon fils , acceptez ce conseil : je porte un cœur qui n'est paft plus souple que le vôtre ; mais j'ai une tète qui sait mieux diiïgw mon

CORIOLAN

METŒXTC3.

Bien parlé, noble Romaine. Moi, plutôt que de le voir s'abaisser à ce point devant la multitude , a la crise violente de ces temps ne l'exigeait pas , comme le seul remède auquel est attaché le salut de l'état, on me verrait encore endosser mon armure , qu'a peine peut à présent tnduer ma débile vieillesse.

CORIOLAN

Que faut-il que je fasse ?

MENKNICS.

Retourner vers les tribuns.

CORIOLAN

Et là , que faut-il encore , que faut-il que je

fasse?

1IENKNIUS.

Rétractez ce que vous avez dit.

CORIOLAN

Pour eux? Je ne pourrais pas le faire pour les dieux mêmes; et il faut que je le fasse pour les tribuns?

VOLCMNIE.

Vous (tes trop absolu , quoique vous ne puissiez jamais avoir trop de cette noble fierté ; mais quand la nécessité parle... Je vous ai oui dire que l'honneur et la politique, comme deux amis inséparables , marchaient de compagnie dans la guerre. D'après ce principe , dites-moi quel tort l'un fait à l'autre dans la paix , pour qu'ils ne s'y trouvent pas également unis?

CORIOLAN

Cessez, cessez.

MENENIES.

La question est raisonnable.

VOLCMNIE.

Si l'honneur vous permet de paraître dans vos guerres ce que vous n'êtes pas , conduite utile à vos intérêts et que vous appelez votre politique , pourquoi serait-il moins raisonnable ou moins lionnéte que cette politique fût dans la paix, comme elle est dans la guerre , la compagne de l'honneur, puisqu'elle s'y trouve également nécessaire ?

CORIOLAN

Pourquoi me pressez-vous par vos raisonneurs?

VOLCMNIE.

Parce qu'il dépend de vous de parler au peuple, non pas d'après votre opinion personnelle, ni dans le langage que vous iuspire votre cœur, nuis dans

des termes formés par la voix seule, vaines syllabes que la langue assemble , et que désavoue b vérité cachée dans votre sein. Non , il n'y a pas à cela plus de déshonneur pour vous, qu'à prendre une ville avec de douces et trompeuses paroles , lorsque tout autre moyen mettrait votre fortune en péril , et coûterait beaucoup de sang. Moi , je dissimulerais avec mon caractère naturel, lorsque mes intérêts et mes amis en danger exigeraient de mon honneur que je le fisse. Et en cela , je pense comme pensent votre épouse , votre jeune enfant, ces sénateurs et toute cette noblesse. — Mais vous, vous aimerez mieux montrer à notre populace un front menaçant que de lui accorder seulement une caresse, pour gagner son amour, et prévenir des événemens qui peuvent tout perdre.

MENEX11S.

Illustre Volumnic, courage; joignez-vous à nous : continuez de parler avec cette sagesse; vous pourrez réussir non seulement à prévenir les malheurs qui menacent, mais môme à réparer les pertes du passé.

VOLCMNIE.

Je t'en conjure, 6 mon fds, va reparaître devant eux , ton bonnet dans la main , et de loin les saluant ainsi (suppose qu'ils sont là devant toi); et mettant un genou sur les pierres (car en pareille circonstance l'éloquence est dans les gestes et les attitudes ; et l'ignorant se laisse persuader par les yeux bien mieux que par l'oreille), et de la main faisant un mouvement doux et repentant, qui corrige et démente ton cœur inflexible ; humble et docile comme le fruit mûr qui cède à la main qui le touche ; ou bien dis-leur que tu es leur guerrier, et qu'étant nourri dans le trouble des combats, tu ne connais pas ces douces et insinuantes manières , que tu avoues qu'il te conviendrait d'employer, comme ils ont droit de l'exiger, pour obtenir leurs bonnes grâces et leur faveur; mais que tu jures de te former dans la suite un caractère à leur gré par tous les efforts de ton pouvoir et de ton intelligence.

MENENICS.

Faites ce qu'elle dit, et tous les cœurs sont à vous; car ils sont aussi prompts à pardonner dès qu'on les implore , qu'ils le sont à débiter de vaincs paroles , sans but et sans motif.

VOLCMNIE.

Je t'en conjure, va , et sois docile ; quoique je sache bien que tu aimerais mieux descendre avec

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