ACTE III, SCÈNE II
ton ennemi dans un gouffre enflamme que de le flatter sous un berceau de fleurs.
(Entre Cominloi.)
Voilà Cominius.
COMINIUS
Je viens de la place publique ; et il faut ou vous appuyer d'un parti puissant, ou chercher vousnv me votre défense dans la plus grande modération , ou dans l'absence. Tout le peuple est en fureur.
MKNRMU8.
Seulement une harangue propre aux circonstances.
cominius.
Je crois qu'elle les apaiserait , si Coriolan peut y plier sa fierté.
VOLUMN1E.
11 le doit , et il le voudra. Je t'en prie , mon fils, dis que tu y consens , et va l'exécuter.
CORIOLAN
Faut-il donc que j'aille leur montrer ma barbe en désordre? Faut-il que ma langue donne bassement à mon noble cœur un démenti, qu'il lui faudra endurer? Eh bien , soit ; je le ferai. — Cependant , s'il n'y avait rien de plus à sacrifier que ce corps de Marcius, j'aimerais mieux qu'ils le missent en poussière , et qu'Us le jetassent aux vents. — A la place du marché ! Vous m'avez chargé là d'un rôle que je ne remplirai jamais au naturel.
Allons , allons, nous vous aiderons.
YOLUMNTE.
Allons , je l'en conjure , mon aimable fils. Tu as dit que mes louanges t'avaient fait guerrier : eh bien , pour obtenir encore de moi d'autres louanges, exécute un rôle que tu n'as pas encore fait. CORIOLAN.
Eh bien , il faut donc le tenter I — Sors de mon sein , ame noble et fière, et cède la place à l'esprit souple et variable d'une courtisane. Que ma voix mâle et guerrière, qui faisait chœur avec mon tambour, devienne faible et grêle comme le fausset de l'eunuque , ou comme la voix d'une jeune fille qui endort un enfant au berceau ; que le sourire des fourbes profane et sillonne mes joues , et que les pleurs d'un jeune écolier obscurcissent mes yeux; que la langue suppliante d'un mendiant se meute entre mes lèvres ; et que mes genoux couverts de fer, qui n'ont jamais fléchi que sur mon étricr, se prosternent aussi bas que ceux du
US
rable qui a reçu l'aumône. — Je ne le ferai point, ou bien il faut que j'abjure ma fidélité à l'honneur, et que, par les mouvemens et les attitudes de mon corps, j'enseigne à mon ame la plus insigne, la plus incurable bassesse.
VOLUMNIE.
Eh bien , à ton choix. Il est plus déshonoraut pour ta mère de te supplier, qu'il ne l'est pour toi de supplier le peuple. Que tout tombe en ruine : ta mère aime mieux essuyer un refus de ton orgueil , que de paraître trembler des suites de ta dangereuse inflexibilité ; car je brave la mort avec un cœur aussi fier que le tien. Fais ce qu'il te plaira. Ta valeur vient de moi, tu l'as sucée avec mon lait; mais garde ton orgueil, il ne vient que de toi.
Je vous en prie , calmez-vous , ma mère ; je vais aller à la place publique ; ne m'accablci plus de vos reproches. Oui , j'irai, monté sur des tréteaux, marchander leur amitié , gagner leurs cœurs par des flatteries, et je reviendrai chez vous chéri de tous les ateliers de Rome. Voyez, j'y vais; saluez pour moi mon épouse. Ou je reviendrai consul, ou ne vous fiez plus désormais aux talens et aux efforts de ma langue dans l'art de la flatterie.
VOLUMNIE.
Fais à ta volonté.
(Elle soft.)
COMINIUS
Venez , les tribuns vous attendent. Armez-vous de modération pour répondre avec douceur; car, suivant ce que j'ai ouï dire , ils préparent contre vous des accusations plus graves que celles dont ils vous ont déjà chargé.
CORIOLAN
Ma consigne est, avec douceur. Je vous prie, marchons. Qu'ils m'accusent avec l'art de la fraude ; moi, je répondrai dans toute la franchise de l'honneur.
MESENÎUS.
Oui; mais avec douceur.
CORIOLAN
A la bonne heure ; avec douceur donc : allons, oui, avec douceur.
CORIOLA*.