‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 240 sur 689 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

VOLUMNIE.

A tes oâ tards et à tous. — Le digne citoyen! toutes les blessures qu'il a reçues pour Rome !

SIC1NIIS.

Je souhaiterais qu'il eut continué de servir sa patrie comme ii avait commencé , et qu'il n'eût pas lui-même rompu le nœud glorieux qui les attachait l'un a l'autre.

BRUTUS

Oui, je le souhaiterais aussi.

VOLUMNIE.

Vous le souhaiteriez , dites-vous? Et c'est

vous qui avez animé la populace, chats, aussi en état d'apprécier son mérite que je le suis, moi , de pénétrer les mystères dont le ciel interdit la connaissance à la terre.

brutus.

Je vous prie, allons-nous-en.

VOLUMNIE.

Oui , fort bien , allez-vous-en. Vous avez fait là une belle action! Mais, avant que vous me quittiez , vous entendrez encore cette vérité. Autant le Capitole surpasse en hauteur la plus humble chaumière de Rome, autant mon (ils, oui, le mari de cette jeune femme qui m'accompagne, celui-là même, voyez-vous, que vous avez banni, vous surpasse en mérite , tous tant que vous êtes. brutus.

A merveille! Parlez; nous vous laissons là. sicimus.

Aussi bien , pourquoi s'arrêter ici pour se voir aboyer par une femme qui a perdu la raison?

(LwlriboM «orteot.)

Emportez avec vous les vœux et les prières que j'adresse au ciel pour vous. Je voudrais que les dieux ne fussent occupés qu'à accomplir mes malédictions!— Oh! si je pouvais les rencontrer seulement une fois par jour!... cela soulagerait mon cœur du poids douloureux qui l'oppresse. MENENIUS.

Vous leur avez dit là de dures vérités ; et , par ma gorge! vous en avez bien sujet. Voulez-vous

ma douleur; c'est une triste nourriture! — Allons, quittons cette place ; mettons uu terme à ces cris ci à ces pleurs d'enfant , auxquels je me suis trop livrée : je veux, dans ma colère, imiter Junon. venez, venez.

MENENUS.

Fi donc! fi donc! ûdonc!

(tll MrtMl.)

SŒXE III.

VOLUMNIE.

La colère est mon aliment : je me nourris de

m ROMAIN « on VOLSQUE.

LE ROMAIN

Sûrement je vous connais , et je suis connu de vous aussi : votre nom, ou je suis bien trompé, est Adrien.

LE VOLSQUE

Cela est vrai , seigneur. En vérité , je ne vous remets pas.

LE ROMAIN

Je suis un Romain; mais mes services sont, comme vous, contre Rome. Me reconnaissez-vous à présent?

LE VOLSQUE

Vous n'êtes pas Nicanor?

LE ROMAIN

Lui-même , seigneur.

LE VOLSQUE

Vous aviez une barbe plus épaisse, ce me semble , la dernière fois que je vous ai vu ; mais le son de votre voix me rappelle vos traits. Quelles nouvelles dans votre ville? J'étais chargé par le sénat volsque d'aller vous déterrer dans Rome : vous m'avez fort heureusement épargné une journée de chemin.

LE ROMAIN

Il y a eu dans Rome d'étranges divisions : le peuple soulevé contre les sénateurs, les patriciens et les nobles.

LE VOLSQUE

Il y a eu , dites-vous? elles sont donc finies? Notre sénat ne croit pas qu'elles le soient : on presse les plus grands préparatifs de guerre, et l'on espérait fondre sur les Romains dans le fort de leurs divisions.

LE ROMAIN

La grande flamme est passée; mais 0 ne faut qu'une étincelle pour rallumer l'incendie; caries nobles prennent si à cœur le bannissement du

CORIOLAN

brave Gortolan , qu'ils sont tout disposés à ôter au peuple son pouvoir, et à lui enlever ses tribuns pour jamais. L'orage est formé , je puis tous l'assurer, et il est prêt à éclater avec violence.

LE VOLSQUE

Coriolan est banni?

LE ROMAIN

Oui y il est banni.

LE VOLSQUE

Avec cette nouvelle, Nicanor, vous êtes sûr d'être bien reçu.

LE ROMAIN

L'occasion sert merveilleusement votre république. Votre brave Aufidius va figurer avec avantage dans celte guerre , à présent que son grand adversaire Coriolan n'a plus ni crédit ni emploi dans sa patrie.

LE VOLSQUE

Il ne peut manquer d'y briller. Je me félicite bien de votre rencontre inattendue : grâce à vous, rua commission est remplie, et je vais vous accompagner avec joie jusqu'à mon logis.

LE ROMAIN

D'ici au souper, je vous apprendrai bien des nouvelles de Rome qui vous surprendront , et qui toutes tendent à l'avantage de ses ennemis. PJ'avez-vous pas, disiez-vous, une armée prête à marcher?

LE VOLSQUE

La plus belle armée ! Les centurions sont nommés, leurs fonctions sont distribuées; et déjà même ils sont actuellement assis au festin militaire du général, et ils ont ordre d'être sur pied une heure après le premier signal.

LE ROMAIN

Je suis ravi d'apprendre qu'ils soient tout prêts, et je suis l'homme, je crois, qui va les mettre dans le cas d'agir à l'heure même. Guerrier, je m'applaudis de vous avoir rencontré, et votre compagnie me fait grand plaisir.

LE VOLSQUE

Vous vous chargez là de mon rôle : c'est moi qui ai le plus sujet de me réjouir de la vôtre. LE ROMAIN.

Allons I marchons ensemble.

(Il* forint.)

SCÈXE IV.

Entre CORIOLAN, mal reto, AtgtM, et le vUege eeché CORIOLAN.

C'est une belle ville qu'Antium ! Cité d'Antium, c'est moi qui t'ai remplie de veuves! Combien d'héritiers de ces beaux édifices j'ai ours gémir et vus périr dans mes guerres ! Cité d'Antium, ne va pas me reconnaître : tes femmes et tes enfans, armés de broches et de pierres, me tueraient dans uu combat sans gloire. (Entre uncitojcn. ) — Salut, citoyen.

LE VOLSQUE

Salut.

CORIOLAN

Conduisez-moi, si vous avez cette complaisance, à la demeure du brave Aufidius. Kst-il dans Antiuin?

LE YOLSQUE.

Oui , et il donne chez lui le festin militaire a tous les nobles de l'état.

CORIOLAN

Où est sa maison, je vous prie?

LE VOLSQUE

Celle-ci, là, devant vous.

COniOLAN.

Je vous remercie ; adieu. (Le citoyen m«o 0 monde, voilà tes révolutions bizarres! Deux amis qui se sont juré une foi inviolable, qui paraissent n'avoir à tous deux qu'un seul et même cceur, qui passent ensemble toutes les heures de la vie , partagent le même lit, la même table, les mêmes exercices; qui sont pour ainsi dire deux gémeaux inséparablement attachés l'un à l'autre par le nœud de l'amitié, vont , dans l'espace d'une heure , sur la plus légère querelle , sur une parole , rompre violemment ensemble, et passer à la haine la plus envenimée. Kt aussi deux ennemis mortels , dont la haine troublait le sommeil et les nuits, qui tramaient des complots pour se surprendre l'un l'autre , il ne faut qu'un hasard , une bagatelle heureuse , pour les changer en amis tendres , et incorporer ensemble leurs destins. Voilà mon histoire. J'ai quitté le lieu de ma naissance et tous

Af TE IV, SCÈNE V.

ceux qui m'aimaient passionnément : j'entre a» jourd'hui dans la ville de mon ennemi. — S'il me

fait périr, il ne fera que se faire justice ; s'il me laisse poursuivre ma route, je rendrai service à son pays.

(Il ««ri.)

Ou euiend de U »

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