‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 249 sur 689 · I.tr.ni AUriUlUS « «»« IJEUTENANT · texte numérisé non relu

I.tr.ni AUriUlUS « «»« IJEUTENANT

Aunixus.

Passent-ils toujours dans le camp du Romain?

LE LIEUTENANT

Je ne conçois pas quel charme il a pour les attirer : mais vos soldats l'idolâtrent et chantent toujours ses louanges. A table , il est le sujet de leurs entretiens; après le repas, c'est encore à lui que s'adressent leurs sentimens et leurs vœux ; et votre gloire , seigneur, est obscurcie daus cette expédition, même par vos propres amis.

AIFIDIUS.

C'est ce que je ne pourrais empêcher à présent qu'en employant des moyens qui nuiraient aux intérêts et aux vues de l'état. Je le vois bien , aujourd'hui il se conduit avec plus d'orgueil, même vis-à-vis de moi , que je ne l'ai prévu lorsque je l'ai accueilli et embrassé. Mais c'est son caractère inné , et il faut bien que j'excuse quelque temps ce qu'il est impossible de corriger.

LE LIEUTENANT

Moi , je souhaiterais , seigneur, pour vos propres intérêts, que vous ne l'eussiez pas associé au commandement; je voudrais qu'il eût reçu les ordres de vous, ou bien que vous l'eussiez laissé agir seul.

AUF1DIUS

Je te comprends a merveille ; et sois sûr que , lorsqu'il viendra rendre compte de cette campagne au sénat, il ne se doute pas du reproche que je lui prépare. Quoiqu'il semble, et qu'il le croie lui-même, et que cela paraisse évident aux yeux du vulgaire, qu'il conduit tout heureusement et qu'il sert sans réserve les intérêts de l'état volsque, quoiqu'il combatte comme un lion et qu'il vainque aussitôt qu'il tire l'épéc; cependant

il est un point qu'il a laissé imparfait , et qui fwa sauter .sa tête ou la mienne , lorsque nous viendrons tous deux à nous expliquer devant le sénat

LE LIEUTENANT

Dites- moi, générai, pensez -vous qu'il emporte Rome!

ALPTDIU.S.

Toutes les places se rendront à lui, avant même qu'il se soit arrêté devnnt elles , et la noblesse de Rome est pour lui. Les sénateurs et les patriciens sont aussi ses amis. I.es tribuns ne sont pas guerriers ; et le peuple , toujours aussi téméraire , précipitera son rappel , comme il a précipité son exil. Je pense que Rome sera traitée de lui comme le poisson l'est par l'aigle , qui s'en empare par le droit de souveraineté qu'il tient de la nature. D'a- \m d il a servi l'état en brave citoyen ; mais il n'a pu porter ses honueurs avec modération. Soit orgueil , vice qu'engendrent des succès journaliers, et qui ternit toujours l'homme heureux ; soit défaut de jugement et d'adresse à ménager les heureux hasards dont il s'est vu le maître ; soit inflexibilité de caractère qui fait qu'il est toujours le même, lorsqu'il faudrait changer; sur les sièges paisibles du sénat comme sous la cuirasse militaire , toujours la même dureté ; il gouverne la paix de l'air impérieux dont il conduit la guerre : un seul de ces défauts (car, je lui rends justice, il ne les a pas tous, ou du moins il n'a de chacun qu'une teinte légère) , un seul de ces. défauts a suffi pour le faire craindre, haïr et bannir. Il a du mérite ; mais il l'étouffé dès qu'il parie. Ainsi nos vertus sont soumises aux circonstances, qui souvent les rendent fausses. Une vertu qui aime à se faire valoir elle-même trouve son tombeau dans la tribune où elle monte pour exalter ses actions. Un feu étouffe un autre feu ; un droit reuverse un autre droit ; la force périt par une autre force. — Allons, éloignons-nous. Marcius, quand Rome sera ta proie , tu seras le plus misérable des nommes, et tu ne tarderas pas à devenir la mienne.

(Il» K):lcai.j

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