‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 250 sur 689 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

bu».! NENKMLS, COMINIUS, SiCISIlS, BRUIS. .•«««■.

MKXEMIS.

Non , je n'irai point : vous entendez ce qu'il a dit à Cominius, qui fut jadis son générai, et qui l'aima de l'amitié la plus tendre. Moi, il m'appelait son père; mais que lui importe à présent? Allez-y, vous , qui l'avez bauni ; à mille pas de sa lente, tombez à genoux devant lui, et cherchez ni suppliant le chemin de sa clémence. Oui , s'il a refusé d'écouter Comintus , je me tiens chez moi.

COMINItS.

Ji affectait de ne me pas connaître.

MENENIÏS.

Entendez-vous?

COMIKItS.

Cependant il m'a nommé une fois par mon nom ; je lui ai rappelé noire ancienne liaison , et tout le sang que nous avons perdu dans les combats a coté l'un de l'autre. Coriolan ne voulait pas me répondre ; il refusait tous les noms que je lui donnais. ■ Il n'était plus, disait-il, qu'une cs- • pèce de néant, un homme sans nom , sans titre , » jusqu'à ce qu'il s'en fût forgé un nouveau dans » l'incendie de Rome, t

WENENIL'S.

Eh bien , vous voyez! Oh ! vous avez fait la un Ixniu chef-d'œuvre î Vous Oies un couple de tribuns qui avez pris grand soin de Rome ; vous avez bien pourvu à ce que les charbons et les cendres y soient bientôt à ton marché. Oh ! vous laisserez après vous une illustre mémoire !

COMINllS.

Je lui ai représenté combien il était glorieux de pardonner a qui ne devait plus espérer de grâce. Il m'a répondu que c'était uuc prière bien avilissante pour un état, d'implorer le pardon d'un homme qu'il avait banni.

NKNEWli».

Il avait raison ; pouvait-il en dire moins?

COMINItS.

J'ai tenté de réveiller sa tendresse pour ses amis particuliers. Sa réponse a été qu'il ne pouvait pas perdre le temps à les trier et à les sé|»rer d'un amas de chaume infect et corrompu ; que ce serait une folie de ne pas brûler tout un champ dont l'ivraie et les herbes malfaisantes méritaient les flammes , par égard pour un ou deux bons grains qu'on voudrait sauver.

MENENIIS.

Pour un ou deux bons grains ! J'en suis un ; sa mère, sa femme, son enfant, et ce brave compagnon ; c'est nous qui sommes les grains qu'il voudrait sauver de l'incendie; et vous, tribuns, vous êtes le chaume corrompu et contagieux qui infectez l'air de Rome. Il faudra donc que nous soyons brûlés à cause dè vous !

SICINILS.

De grâce , épargnez-nous. Si vous refusez votre appui dans une aussi fâcheuse extrémité, ne nous reprochez pas du moins notre cruelle détresse. Je n'en doute point, si vous vouliez défendre la cause de votre patrie, votre touchante éloquence, Dten

(.ORTOLAN

plu» que l'armée que nous pouvons rassembler à la hâte, arrêterait notre concitoyen.

MENENIUS.

Non, je ne veux poiut m'en mêler.

8ICINILS.

Je vous en conjure , allez le trouver.

MENENIUS.

Ehlqo'yferai-jc?

BRUTUS

Essayez du moins ce que peut pour Rome auprès de Marcius votre amitié pour lui.

MENENIUS.

Fort bien ! pour revenir vous dire que Marcius m'a renvoyé, comme il a renvoyé Cominius, sans vouloir m'entend re. Et qu'aurai-je gagné à cette démarche? que de revenir confus comme un ami rebuté par son ami , et pénétré de douleur de sa cruelle indifférence; car convenez que cela arrivera.

siennes.

Votre bonne volonté méritera du moins les remerclmens de Rome ; et votre patrie mesurera sa reconnaissance sur tout le bien que vous aurez voulu lui faire.

MENENIUS.

Allons, je veux bien le tenter : je crois qu'il m'écoulera. Cependant, de savoir comme il mordait ses lèvres , et murmurait entre ses dents, sans répondre au bon Cominius , cela ne m'encourage pas. Non , il n'aura pas été pris dans un moment favorable; sans doute il était à jeun. Le matin, quand le sang refroidi n'enfle plus nos veines, nous sommes refrognés et durs , et incapables de donner et de pardonner; mais lorsqu'un sang nouveau circule avec plus de force et de chaleur, alors, animée par les esprits du vin, l'ame devient plus souple , plus flexible et plus tendre : j'attendrai donc, poor lui présenter ma requête , le moment qui suivra son repas, et alors j'attaquerai son cœur.

BRUTUS

Vous connaissez trop bien le chemin qui y conduit , pour perdre vos pas.

MENENIUS.

Je vous le promets, d'honneur, je vais le tenter : en arrive ce qu'il pourra. Avant peu vous saurez quel est mon succès.

(11 ton.)

COMINIUS

Coriolan ne voudra jamais l'entendre.

SICIXIUS.

Croyez- vous?

Je vous dis qu'il est dans la pompe et l'ivresse des grandeurs : son œil est enflammé comme s'il voulait brûler Rome. Le souvenir de son injure tient l'entrée de son cœur fermée à la pitié. Je me sois mis à genoux devant lui , et à peine m'a-t-il dit, d'une voix faible : Levez-vous; et il m'a congédié ainsi . en me présentant sa main , dans un morne et froid silence. Ensuite il m'a fait remettre un écrit contenant ce qu'il voulait accorder et ce qu'il refusait, protestant qu'il s'était engagé par serment de ne pas céder à de nouvelles conditions : en sorte que toute espérance est vainc, à moins que sa mère et sa femme, qui, à ce que j'apprends, sont dans le dessein d'aller le solliciter elles-mêmes , ne viennent à bout de lui arracher le pardon de sa patrie. Ainsi quittons celle place, et allons, par nos raisons et nos instances, encourager leur résolution, et hàler leur démarche.

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