SCENE III. j
pointes de ces cailloux , et qui te montre un respect déplacé entre une mère et son enfant. '
(KlW.jemMMtt*.)
CORIOLAN
Que faites-vous? Vous, à genoux devant moi ? devant le fils que vous avez élevé et instruit à la vertu ! Tout est renversé dans la nature. l*ar cet acte d'humiliation , ô ma mère , vous rendez tout possible.
VOLUMX1E.
Tu es mon guerrier ; j'ai contribué à te former à la guerre. { xtUti*.) Connais- tu celte femme ?
CORIOLAN
Oui , la noble sœur de Poblicola ; l'astre le plus doux de Rome ; chaste comme la neige la plus pure : chère Valérie !
volumnie.
Voici une image de vous deux (mr»»irt»iWjcuM ■•reig»), qui, développée et agrandie par ks années, pourra ressembler en tout à son père.
CORIOLAN
Que le dieu des guerriers , de l'aveu du souverain des dieux , inspire l'héroïsme à ta jeune aine ! Deviens invulnérable à la honte , et parais un jour dans les champs de bataille , comme le fanal brillant sur le bord des mers , qui , lumineux et sans tache, sauve ceux qui le voient.
VOLLMNIE.
Enfant, mettez-vous à genoux.
Voilà mon brave enfant.
VOLUMNIE.
Kh bien! cet enfant, cette femme, ton épouse et moi , nous l'adressons notre prière.
CORIOLAN
Je vous conjure, arrêtez : ou si vous voulez me faire une demande, avant tout, souvenez-vous bien de ceci, de ne pas vous offenser de mon refus sur la chose que j'ai juré de n'accorder jamais. Ne me demandez pas de renvoyer mes soldats, ou de capituler encore avec la populace de Rome. Ne me dites pas que je suis dénaturé. Ne cherchez pas à calmer mes fureurs et ma vengeance par vos raisons de sang-froid....
VOLUMNIE.
C'est assez ! N'en dis pas davantage ; tu viens I de nous dire que tu ne nous accorderais rien ; car
CORIOLAN
nous n'avons rien autre chose à le demander que ce que tu nous refuses déjà. Mais alors nous demanderons que si nous succombons dans notre requête, le blâme en retombe sur ta dureté. Écoute-nous.
COUIOLAN.
Aufidius, et vous, Yolsques, prêtez l'oreille ; car nous n'écouterons aucune demande de Home en secret. Votre requête T
VOLEMNIE.
Quand nous resterions muettes et sans parler, ces tristes vêtemens et le dépérissement de nos visages te révéleraient assez quelle rie nous avons menée depuis ton exil. Réfléchis en toi-même, et juge si tu ne vois pas en nous les plus malheureuses femmes de la terre. Ta vue, qui devrait nous faire verser des larmes de joie , faire tressaillir nos cœurs de plaisir , nous fait verser des larmes de désespoir, et trembler de crainte et de douleur en montrant aux yeux d'une mère, d'une épouse , d'un enfant , un fils, un époux et un père qui déchire les entrailles de sa patrie. Et c'est à nous , infortunées, que la haine est la plus fatale. Tu nous enlèves jusqu'au pouvoir de prier les dieux , refuge ouvert à tous les malheureux , excepté nous. Car comment pouvons-nous , hélas ! comment pouvons-nous prier les dieux de notre patrie, comme c'est notre devoir, et les prier pour ta victoire, comme c'est aussi notre devoir ? Hélas 1 il nous faut perdre ou notre chère pairie qui nous a nourries, ou toi, qui faisais notre consolalion dans notre patrie. De quelque côté que nos vœux s'accomplissent , nous trouvons partout le plus grand des malheurs. Car, ou il te faudra voir traîner comme un esclave rebelle , chargé de fers, le long de nos rues ; ou foulant en triomphe sous tes pieds les ruines de ton pays, et portant le laurier de la victoire, pour prix d'avoir bravement versé le sang de ton épouse et de tes enfans ; car pour moi , mon Dis, je ne me propose pas d'attendre l'événement de la fortune, ni le dénoûment de cette guerre. Si je ne puis te déterminer à mon» trer une noble clémence aux deux partis, plutôt que de chercher la ruine de l'un des deux , pour envahir ta patrie il te faudra marcher (sois-en sûr, tu n'avanceras pas) sur le sein de U mère, qui t'a conçu et mis dans ce monde.
ViRGIUE.
Oui , et sur mon sein aussi , qui fa donné cet •niant pour faire revivre ton nom dans l'avenir.
ri JEUNE ENFANT.
Il ne marchera pas sur moi ; je me sauveiïî : et quand je serai plus grand, je ferai aussi la guerre.
CORIOLAN
Pour n'être pas faible et sensible comme nue femme, il ne faut pas voir ni un enfant, ni le visage d'une femme. — Je me suis arrêté trop longtemps.
VOLUMME.
Non , ne nous quitte pas ainsi. Si l'objet de notre prière était de te demander de sauver les Romains, en détruisant les Volsqoes que tu sers, tu aurais raison de nous condamner, comme des ennemies de ton honneur. Non : notre prière est que tu les réconcilies ensemble; que les Yolsques puissent dire : « Nous avons montré cette clémence ; • et les Romains : • Nous l'avons acceptée; » et que chacun des deux partis te salue ensemble , en criant : « Que les dieux bénissent Coriolan , qui nous a procuré cette paix! » — Tu sais, mon illustre ûls, que l'événement de la guerre est incertain ; mais ce qui est certain , c'est que , si tu subjugues Rome , le fruit que tu en recueilleras sera un nom sans cesse chargé de malédictions répétées; et l'histoire dira de toi : ■ Ce fut un brave gaerrier ; mais il a souillé sa gloire par sa dernière action, il a détruit son pays , et son nom ne passe aux générations suivantes que pour en être abhorré. » — Répouds-moi , mon fils : tu as toujours aspiré aux plus sublimes efforts de l'honneur; tu étais jaloux d'imiter les dieux , qui tonnent souvent sur les mortels, mais qui ne déchirent que l'air du bruit de leur tonnerre, et ne font éclater leur foudre que sur un chône insensible. — Pourquoi ne me réponds-tu pas? Penses-tu qu'il soit honorable pour un mortel généreux de se souvenir toujours de l'injure qu'il a reçue? — Ma fille , parle-lui. — Il ne s'embarrasse pas de tes pleurs.— Parle donc , toi, pauvre enfant : peut-être que ta tendre enfance le touchera plus que nos raisons. — Il n'est point dans le monde entier de fils plus redevable à sa mère ; et cependant il me laisse ici parler en vain comme une esclave dans les fers. Va, tu n'as jamais montré dans ta vie aucune déférence pour ta tendre mère; tandis qu'elle, mère infortunée, renonçant à la maternité, et ne voulant plus d'autres enfans après toi, t'a élevé, t'a formé pour la guerre, et t'a, pondant la paix, comblé d'hon-
Meurs. — Dis que ma requête est injuste, et cbasse-moi arec mépris de ta présence ; mais si elle ne Test pas, tu manques à ton devoir, et les dieux te puniront de ce que tu me refuses l'obéissance filiale qui appartient à une mère. — Il nous tourne le do*. A genoux , dames ; faisons-lui affront dans cette humiliante posture. — Sans doute il doit bien plus d'orgueil à son surnom de Coriolan , que de pitié à nos prières. Fléchissons encore une fois le genou devant lui , et c'est fini : ce sera notre dernière supplication , et puis nous allons retourner dans Rome, et mourir dans le sein de nos concitoyens. — Ah! du moins, daigne nous accorder un regard. Ce jeune enfant, qui ne peut énoncer ce qu'il voudrait dire , mais qui tombe a genoux et tend ses faibles mains vers toi à l'imitation des nôtres , appuie notre demande de raisons plus fories que tu n'en as de la refuser. — Allons, femmes infortunées, allons-nous-en. Oui, cet homme a une Yolsque pour mère ; son épouse habite à Corioles , et si ce jeune enfant lui ressemble,, c'est un effet du hasard. — Renvoie-nous doue, et délivre-toi de nous. — Je ne dis plus rien jusqu'à ce que je voie notre patrie eu feu ; et alors je retrouverai une voix et je parlerai encore.
CORIOLAN
O ma mère , ma mère ! .11 )■ pr«ia j.«r u n»m mm iHirirr.) — Ah! qu'avez-vous fait? Voyez, le ciel s'ouvre , et les dieux abaissent leurs regards sur cette plaine, et ils sourient de pitié en voyant cette scène contre nature. . . O ma mère , ma mère ! Oh ! vous remportez une heureuse victoire pour Rome! mais pour votre fils , ah ! soyez-en sûre , bien sûre, cette victoire que vous remportez sur lui lui est bien funeste , si elle ne lui devient pas mortelle. Mais n'importe, j'accepte ma destinée. — Aufidius , quoique je ne puisse plus poursuivre la guerre que j'avais promise, j'arrangerai une paix solide et convenable. — Mais quoi , généreux Aufidius, si tu étais à ma place , parle, aurais-tu moins écouté une mère? Aurais-tu pu lui moins accorder? Réponds , Aufidius.
AUFIDIUS
J'ai été ému moi-même.
CORIOLAN
Ah! j'oserais le jurer, que tu Tas été. Et ce n'était pas chose facile, de forcer mes yeux à verser les larmes de la compassion. Mais, brave général, quelle paix veux-tu faire? Donne-moi tes conseils. Pour moi , je ne rentrerai pas à Rome ;
je retourne avec toi a Antiora , et je te prie de j m'appuyer daus ma défense. O ma mère! mon épouse!
AITTOICS k ftrt.
Je suis bien aise que tu aies mis en contradiction ta pitié et ton honneur; je saurai tirer parti de ceci pour rétablir ma fortune dans son premier état.
HU» dan** font des lignes é CorioUo.) CORIOLAN.
Oui, tout à l'heure ; mais nous prendrons ensemble quelques rafraîchissemens ; (a v0i. .».,«. virgiii*, etc.) et vous remporterez à Rome des preuves plus visibles que des paroles , dans le traité que nous aurons scellé sous des conditions égales... Venez, entrez avec nous dans notre tente, dames, vous méritez que Rome vous élève un temple : toutes les épées de l'Italie , tous ses soldats liguas ensemble , n'auraient pas eu le pouvoir de faire cette paix.
(n* «orient. }
SCÈXE IV.
r.mr«H MENENIUS « SICINIUS.
M11NF.MUS.
Voyez-vous là bas ce coin du Capitole, cette pierre qui en forme l'angle?
sictxius.
Oui ; mais à quel propos?...