‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 255 sur 689 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

puis la vénérable mère dont le sein m'a nourri , tenant par la main l'enfant de sa fille. — Mais , loin de moi , tendresse ! Que tous les liens , tous les droits de la nature s'anéantissent î Que ma seule vertu soit d'être inflexible ! — De quel prix est cette démarche d'une mère ! Quel pouvoir dans les regards de cette tendre colombe, qui ferait parjurer les dieux ! Je m'attendris, et je ne suis pas formé d'une argile plus dure que les autres hommes. Ma mère fléchit le genou devant moi ! c'est comme si le mont Olympe s'humiliait devant une taupinière. Et mon jeune enfant, dont le visage semble me supplier ; et la nature qui me crie : « Ne le refuse pas ! » — Que les Volsques promènent la charrue et la herse sur les ruines de Rome et de l'Italie entière; je ne serai point assez stupide pour obéir à un aveugle instinct. Je veux rester insensible , comme si l'homme était le seul auteur de son existence, et qu'il ne connût point

vikgiue.

Mon maître et mon époux !

CORIOLAN

Je ne vous vois plus avec les mêmes yeux dont je vous voyais dans Rome.

VIKGIUE.

C'est la douleur qui nous offre à vous si changées, qui vous le fait croire.

CORIOUN.

Comme un acteur imbécile, j'ai déjà oublie mou rôle ; je reste court, et suis tout prêt à essuyer un affront complet. O toi , la plus chère moitié de moi-même ! pardonne à ma tyrannie ; mais ne me dis jamais pour cela : • Pardonne aux Romains. » — Oh ! donne-moi un baiser qui dure autant que mon exil , qui soit aussi doux que me l'est la vengeance. Par la jalouse reine du ciel ! le baiser, ma bien- aimée, que tu me donnas en parlant de Rome , mes lèvres fidèles l'ont toujours depuis conservé pur et vierge. — O dieux î je me répands en vaines paroles, et je laisse là la plus respectable mère de l'univers, sans l'avoir encore saluée. — Tombe à genoux , Coriolan , sur la terre ( il l'aganMUie ) , et montre ici que ton ame éprouve un sentiment de respect plus profond que les enfans vulgaires.

YOLLMNIE.

Oh ! lève-toi, mon fils, et sois béni des dieux ! C'est moi qui tombe à genoux devant toi sur les

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