‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 258 sur 689 · TROISIÈME CONJURÉ · texte numérisé non relu

TROISIÈME CONJURÉ

En manche , au moment où tous trouverez votre avantage, avant qu'il s'explique et qu'il gagne le peuple par ses discours, qu'il sente votre fer ; nous vous seconderons. Lorsqu'il sera couché sur la terre , alors vous raconterez son histoire suivant vos intérêts; et votre harangue ensevelira son apologie avec son corps.

AUFIDICS.

Cessons nos discours; voici les nobles qui arrivent.

( Entrent le» icnataan de la cita. ) LES SÉNATEURS.

Nous vous félicitons de votre retour dans notre ville.

AUFIDIUS

Je ne l'ai pas mérité ; mais, dignes sénateurs, avez- vous parcouru l'écrit que je vous ai fait remettre î

tous»

Nous l'avons lu,

PREMIER SÉNATEUR

Et sa lecture nous a affligés. Les fautes que nous avions à lui reprocher auparavant pouvaient , je pense, aisément s'oublier; mais de finir par où il aurait dû commencer , sacrifier tout le fruit de nos préparatifs de guerre , en faisant retomber tout le fardeau sur nous-mêmes, et en signant un traité avec Rome , lorsque Rome se rendait à nous ; c'est un crime qui n'admet aucune excuse.

AUFIDIUS

II approche : vous allez l'entendre.

( Entre Coriolan, Marchant arac dm tanbonra at dot bannière», «taivi du peuple «a foule,;

CORIOLAN

Salut, seigneurs. Je reviens votre soldat, et je rapporte un cœur qui n'est pas plus entaché de l'amour de mon pays que je ne l'étais lorsque je suis sorti de cette ville. Je vous suis toujours dévoué , et tout prêt à suivre vos ordres. Vous devez savoir que j'ai commencé notre expédition avec succès, et que j'ai conduit vos armées par une route sanglante jusqu'aux portes de Rome. Les dépouilles que nous rapportons dans cette

Telle est ignominieuse pour Rome.

Nous vous en présentons ici le traité et les articles, signés des consuls et des patriciens , et scellés du sceau du sénat.

AUFIDIUS

Ne le lisez pas, nobles sénateurs ; mais répondez au traître qu'il a abusé à l'excès des pouvoirs que vous lui aviez confiés.

CORIOLAN

Traître 1 Qu*entends-jeî

AUFIDIUS

Oui , traître : Marcius est un traître.

CORIOLAN

Marcius?

AUFIDIUS

Oui, Marcius, Caîus Marcius. Espères-tu que je te ferai l'honneur de te décorer du surnom de Coriolan , que lu as volé dans Corioles? c'est un larcin de la ruse : tu ne l'as pas mérité. Oui , entendez ma voix, vous, sénateurs; vous, chefs de cet état : il a trahi lâchement vos intérêts, et cédé pour quelques larmes Rome qui était à vous. Oui , Rome était à vous , et il l'a lâchement cédéo à sa femme et à sa mère. U a violé ses sermens , et rompu la trame de ses desseins aussi facilement que le nœud d'un Dl usé ; et sans qu'il ait assemblé aucun conseil de guerre, a la seule vue des larmes de sa nourrice, de vains gémissemens, des clameurs de femmes lui ont fait lâcher une victoire qui était à vous, avec une faiblesse qui a fait rougir pour lui les derniers de l'armée ; et les hommes de cœur se regardaient l'un l'autre confondus d'étonnement.

Dieu Mars, tu l'entends!

Ne nomme point ce dieu; toi, enfant pusillanime, vaincu par des larmes.

CORIOLAN

Ah! dieux!

AUFIDIUS

Oui , tu n'es qu'un enfant, rien de plus.

CORIOLAN

Insigne imposteur , tu gonfles mon sein d'une rage qu'il ne peut plus contenir. Moi, un enfaut? O lâche esclave ! — Pardonnez , illustres sénateurs; c'est la première fois que j'ai jamais été

ville compensent et au delà les dépenses de l'arme- forcé de quereller en vaines paroles. Votre juge- Nous avons fait une paix an»! honorable | ment, mes respectables seigneurs, doit démentir

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