ACTE I, SCÈNE I
MOWBRAY
Je le relève, cl je jure par cette épée, qui attacha à ma personne l'honorable titre de chevalier, que je te ferai raison de toutes les manières qui conviennent à un brave chevalier; et une fois monté à cheval, que je n'en descende que mort , si je suis un traître, et si je combats pour une cause injuste.
RICHARD
Quel est le fait de l'accusation dont notre cousin charge Mowbray ? II faut qu'il soit grave, pour qu'elle puisse nous inspirer seulement l'idée de soupçonner son intention d'aucun projet de nuire.
BOUNGBROKE.
Eh bien , ce que j'ai dit, ma vie est engagée à en prouver la vérité. Mowbray a reçu huit mille nobtet (1), à titre de dépôt , pour la paie des soldats de votre altesse, et il les a retenus pour les employer à ses débauches, comme un insigne traître et un odieux mal versa teur. De plus, je dis, et je le prouverai dans le combat, ou ici ou ailleurs, oui , au bout des pays les plus reculés qu'ait jamais aperçus de loin l'œil anglais, que toutes les trahisons qui , depuis dix-huit ans , ont été complotées et machinées dans le royaume , ont pour premier chef et pour principal auteur le perûdc Mowbray. Je dis encore , et je soutiendrai tous ces griefs aux dépens de sa coupable vie , qu'il a comploté la mort du duc de Glocester ; qu'il en a suggéré l'idée à ses ennemis ardens à la saisir, et , par conséquent, que c'est loi qui, comme un lâche traître, a forcé son ame innocente de sortir ao milieu des ruisseaux de son sang; et ce sang , comme celui du sacrificateur Abel, crie vers moi du fond des cavernes muettes de la mort ; il me demande justice, et un châtiment rigoureux : et ] j'en jure par la noblesse de ma glorieuse naissance, ce bras lui fera justice , ou je perdrai la vie.
A quelle hauteur s'élève sou intrépide audace ! Thomas de Norfolk, que réponds-tu à cela?
MOWBRAY
Oh ! que mon souverain voulût détourner son visage , et commander à ses oreilles d'être un instant sans entendre , jusqu'à. ce que j'aie répondu à cette calomnie qui part de votre sang ; jusqu'à
(1) Monnaie <Tor qui valait sis shillings, huit »ous.
ce que j'aie dit combien Dieu et les gens do bien détestent un imposteur si odieux.
RICHARD
Mowbray, nos yeux et nos oreilles sont impartiales. Il serait notre frère , il serait même l'héritier de notre royaume, comme il n'est que le ûls du frère de mon père, que je jure, par le pouvoir de mon sceptre , que celte parenté si proche de notre sang sacré ne lui donnerait aucun privilège, et ne plierait point en sa faveur l'inflexible fermeté de mon aine intègre. 11 est notre sujet, Mowbray, comme lu l'es : je te permets de parler librement et sans crainte.
MOWRRAY.
Eh bien l Bolingbrokc , depuis le fond de ton cœur jusqu'à l'organe parjure de ta bouche traîtresse , tu mens. De cette recette que j'avais pour Calais, j'en ai déboursé les trois quarts pour les soldats de son altesse. J'ai gardé l'autre, suivant la convention , pour l'acquit de ce qui m'était dû par mon souverain , pour le reste d'un compte d'avances considérables , dans le dernier voyage que je lis en France pour aller y cliercher la reine. Commence donc par avaler ce démenti. — Quant à Glocester, je ne l'ai point assassiné. Seulement j'avoue à ma honte qu'en celte occasion j'ai négligé mon devoir, malgré le serment de le remplir. — Pour vous , mon noble seigneur de Lancastrc , vénérable père de mon ennemi , j'ai dressé une fois des embûches contre vos jours , crime qui tourmente mon ame et la déchire de remords ; mats avant la dernière fois que j'ai reçu l'hostie sacnfc , je l'ai confessé , et je vous en demandai solennellement pardon ; et j'espère que je l'ai obtenu. Voilà mon crime. Pour tous les autres griefs qu'il m'impute , ces accusations partent de la haine du traître le plus vil, le plus lâche et le plus pervers. C'est ce que je soutiendrai hardiment aux dépens de ma vie ; et à mon tour je jette mon gage aux pieds de ce traître présomptueux. Je lui prouverai que je suis un loyal gentilhomme . aux dépens du sang le plus pur qui soit renfermé dans ses entrailles ; et pour hâter cet instant, je conjure de tout mon cœur votre altesse d'assigner le jour de notre duel.
RICHARD
Gentilshommes enflammés de colère, laissezmoi vous gouverner : purgeons cette bile sans tirer de sang. Voici ce que nous prescrivons sans être médecin : une haine profonde fait une incismu
JUCHA fil) II.
trop profonde ; oubliez , pardonnez ; terminez et accordez-vous : nos docteurs disent que ce n'est pas la saison de saigner. — Bon oncle, que cette quercHe finisse où elle a commencé : nous apaiserons le duc de Norfolk; tous, calmez votre fils.
GAlTiT.
Il convient assez à mon Age dVtre un médiateur de paix.— Rends, mon fils, le gage du duc de Norfolk.
Et toi , Norfolk , rends-loi le sien.