SECOND HÉRAUT
Thomas Mowbray, duc de Norfolk , sous peine d'être on imposteur et un lâche , est ici pour se défendre et prouver que Henri d'Hereford, de Lancastre et de Derby, est déloyal et traître a Dieu , a son souverain et a lui ; plein de courage et d'ardeur, il n'attend que le signal pour commencer le combat
(On tonne U rkarge. )
LE MARÉCHAL
Sonnez, trompettes: combatum», partez..
Mais, arrêtez. — Le roi vient de baisser son sceptre.
LE ROI
Que tous deux déposent leurs casques et leurs lances, et qu'ils retournent reprendre leurs places. — Retirez- vous de notre coté , et que les trompettes sonnent jusqu'au moment où nous allons déclarer nos ordres à ces ducs.
(Loogoo fanfare, aprèj laquelle le roi parle aux déni combattait*.)
Approchez... Écoutez ce que nous venons d'arrêter avec notre conseil. La terre de notre royaume ne sera point souillée d'un saog qui lui est cher et qu'elle a nourri , et nos yeux haïssent l'affreux spectacle des plaies civiles faites par des épées fraternelles. Nous pensons que ce sont les élans ambitieux d'un orgueil trop exalté, et les raouvemens jaloux d'une haine rivale, qui vous exciteut à réveiller la paix qui dormait comme un enfant dans le berceau , d'un sommeil pur et tranquille dans le sein de notre lie. Ces premières alarmes , ce bruit tumultueux des tambours, ces aigres clameurs des trompettes retentissantes, ce choc effrayant de vos armes sanglantes et furieuses , pourraient épouvanter la belle paix, la faire fuir de nos tranquilles contrées, et forcer nos bras à se baigner dans le sang de nos frères. Pour prévenir ces maux , nous vous bannissons de notre territoire. Vous, cousin d'Hereford, sous peine de mort , vous ne resalucrez point notre bel empire avant que dix étés aient enrichi nos plaines , et vous suivrez les routes étrangères de l'exil.
BOLINGBROKE
Vous serez obéi. — La consolation qui me reste , c'est que le soleil qui vous échauffe ici luira aussi sur moi ; et ces rayons d'or, qu'il vous prête en ces climats , doreront aussi les lieux de mon exil.
LE ROI
Norfolk (1) , un arrêt plus rigoureux t'est ré- (1) Il est à remarquer que Richard prononça ret arrêt
RICHARD IT
ÎG8
servé : je sens quelque répugnance à le prononcer. Les heures , qui pour toi vont se traîner lentement, ne te montreront point les limites indéterminées de ton triste exil. Ce mot , qui ne laisse aucun espoir , ne revenir jamais, je le prononce contre toi sous peine de la vie.
MOWBRAY
Cet arrêt est bien dur, mon auguste souverain : il sort de votre bouche bien imprévu pour moi. J'ai mérité de la main de votre majesté un traitement plus favorable , et non une mutilation aussi cruelle que celle d'être jelé hors de ma patrie dans le vide affreux de Pair. Maintenant il me faut oublier le langage de mon pays , que j'ai appris dès mon berceau, que j'ai parlé quarante ans de ma vie. Ma langue sera désormais pour moi aussi inutile qu'une viole ou une harpe saus cordes, ou un instrument artistement fait, mais enfermé dans son étui, ou qui, en étant tiré, est mis entre les mains d'un homme étranger aux touches d'où nuit l'harmonie. Vous avez emprisonné ma langue dans ma bouche sous la double herse de mes dents et de mes lèvres ; et la triste , l'insensible, la stérile ignorance est constituée mon geôlier pour me garder. Je suis trop vieux pour caresser une seconde nourrice et apprendre un nouveau langage. Votre arrêt, en privant ma langue de ses sons naturels , me condamne à un silence éternel qui équivaut à la mort
LE ROI
Tu te lamentes en vain. Après notre sentence, la plainte vient trop tard.
McnviiiUY.
Je pars donc, et je vais m'éloigner de la lumière de mon pays, pour me plonger dans les ténèbres profondes d'une nuit sans fin.