ACTE I, SCÈNE III
avant que les six années qu'A doit épuiser aieot changé leurs lunes et fait leur révolution , la vieillesse m'aura éteint. Du flambeau de ma vie, que le temps a consumé, que me restc-t-il, qu'une lueur qui expire? Avant son retour, la mort m'aura plongé dans la nuit éternelle , et mes yeux , fermés pour jamais, ne reverront point mon fils.
RICHARD
Pourquoi? Tu as encore plusieurs années à vivre.
Biais dans ces années , il n'y a pas une minute que tu puisses me donner. Roi , tu peui bien abréger mes jours et mes nuits par le noir chagrin ; mais tu ne peux me prêter un lendemain. Tu peux aider les années et la vieillesse à creuser les rides sur mon front ; mais tu n'en peux effacer une seule. Ton arrêt conspire avec le temps pour hâter ma mort; mais moi mort une fois, le prix de ton royaume ne peut racheter ma vie.
RICHARD
Ton fils est banni d'après une mûre délibération, où ta voix même a donné son suffrage. Pourquoi donc maintenant scmbles-tu censurer notre justice?
GAUNT
Il est des chosesqui , doucesau goût , sont dures à digérer. Vous m'avez pressé comme juge , mais j'aurais bien mieux aimé que vous m'eussiez ordonné de parler en père. Ah ! si au lieu de mon fils , c'eût été un étranger, pour adoucir sa faute j'aurais été plus indulgent. Je vous regardais tous ; j'espérais que quelqu'un dirait que j'étais trop sévère de bannir ainsi mon propre ûls; mais vous avez laissé ma langue bégayante me faire à moimême cette plaie contre le gré de mon cœur. J'ai cherché à me garantir du reproche de partialité; et dans la sentence que j'ai prononcée, j'ai détruit ma vie.
RICHARD
Adieu, cousin; et vous, oncle, faites-lui aussi les vôtres : nous le bannissons pour six ans ; il faut qu'il parte.
(F«nf»re. U lort.)
AL MERLE
Cousin , adieu. Puisque notre présence ne nous fera plus connaître en quels lieux vous êtes , confiez au papier ie secret qui doit s'ignorer ici. Qu'il nous apprenne le lieu de votre résidence.
LE MARECHAL
Milord, moi je ne prends poiut congé de vous ; je vous accompagnerai tant que la terre portera nos ebevaux.
GAUNT
Hélas 1 pourquoi renfermer toutes tes paroles dans ce silence obstiné ? Tu ue rends aucun salut à tes amis ?
BOLINGBRORE.
Je n'ai pas assez de paroles pour vous faire mes adieux ; je n'en ai pas assez pour épuiser la douleur dont mou cœur est plein.
GAUNT
Cet exil qui t'afflige n'est qu'une absence i»s-
sagère.
BOLINGBRORE.
Pendant tout ce temps le bonheur sera loin de moi , et ma douleur toujours présente.