‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 276 sur 689 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

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GAUNT

Le roi viendra-t-il? Pourrai-je , à mon dernier soupir, donner encore on avis salutaire à sa jeu-

TORK.

Cessez de vous tourmenter vous-même, et ne fatiguez pas par cet effort votre voix mourante ; car c'est bien en vain que les sages conseils frappent son oreille.

GAUNT

On dit pourtant qu'il est dans la voix des mourans nne espèce de charme qui captive l'attention, et qu'une voix qui va s'éteindre est pins écoutée que ceux qui, pleins de jeunesse et dé santé, prodiguent à loisir les flatteries. La vérité sort de la bouche de l'homme qui souffre. On remarque plus la fin d'un homme que la vie qui Ta précédée : de même que le coucher du soleil, la

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phrase qui termine nn air, la dernière saveur d'un parfum , sont les impressions les plus douces et les plus durables , et s'enregistrent dans la mémoire plus que des choses passées depuis longtemps. Quoique Richard ait refusé d'écouter ma voix pendant sa vie, les tristes sons de ma voit expirante pourraient ouvrir encore et désenchanter son oreille.

YORK

Son oreille est obsédée par les sous flatteurs de la louange, qui lui parle sans cesse de sa grandeur et de sa puissance. Sa cour est remplie de compagnons de débauches, et l'oreille de la jeunesse est toujours ouverte à leurs sous empoisonnés. Sans cesse on l'entretient des modes (1) de la superbe Italie (2) , après laquelle se traîne notre peuple ; singe lourd et maladroit , qui , par une honteuse et ridicule imitation , estropie les manières étrangères. Dès qu'il vient d'éclorc une frivolité dans le monde, n'importe qu'elle soit vile, pourvu qu'elle soit nouvelle, ne court-on pas aussitôt en étourdir l'oreille du roi ? Tous les sages conseils arrivent trop tard , quand une fois la volonté se révolte contre les sages leçons de la raison. M'entreprenez point de guider celui qui veut choisir son chemin lui-même ; il ne vous reste qu'un souffle, et vous voulez le perdre en vain.

Je ne sais , mais je me sens comme inspiré d'un esprit prophétique ; et voici ce que ma voix mourante prédit à ce roi : la fougue effréuée de celte ardeur de désordre ne peut durer, car les feux violens se consument bientôt d'eux-mêmes. Les petites pluies durent long-temps (3) ; mais les orages soudains sont courts. Celui qui éperonne

trop souvent sa monture la fatigue vile; et la

(1) Richard II aimait la parure comme un enfant. Il faisait pour ses habits des dépenses criante*. Kit I3U9. l'année où i) Gt assassiner, à Calais , le duc de Gloeester, il se fit faire uo habit tout couvert d'or, d'argent et de pierres précieuses, qui coûta 3,000 marcs.

Annales de Stow,

(2) Sbakspeare , qui donne à chaque siècle les mœurs du sien , impute au siècle de Richard une folie qui n'était peut-être pas connue alors , mais qui était en toruo du temps de ce poêle t et qui a été déplorée par les plus sages de nus auteurs.

Jousso*.

(3) M. Guizol a passé depuis car /«/««jusqu'à «furent itty-uw.l*.

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