‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 282 sur 689 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

sans résistance et les armes à la main, jusqu'à llavenspurg.

LA REINE

Ah ! que le Dieu du ciel ne permette pas que ce que vous dites soit vrai !

GREEN

Oh! madame, cela n'est que trop mi! et ce qu'il y a de plus fâcheux encore, c'est que le lord Northumbcrland , son jeune fils Henry Percy, les lords Ross, Beaumond et Willoughby, ont couru se ranger de son parti, avec tout ce qu'ils ont d'amis puissans.

BUSHY

Pourquoi n'avez -vous pas proclamé comme traîtres Northumberland et tous ces factieux rebelles?

GREEN

Nous l'avons fait; et aussitôt le comte de Vorcestera brisé son bâton, a remis sa dignité de grand maître-d'hôtel , et tous les officiers de la maison du roi ont volé avec lui vers Bolingbroke. LA REINE.

Ainsi, Green, c'est vous qui m'avez aidée à mettre au jour le malheur inconnu dont j'étais comme enceinte; et Bolingbroke est l'effrayant objet offert à mon désespoir. Enfin mon ame a enfanté le monstre qui travaillait mon sein; et maintenant , comme une mère nouvellement délivrée et souffrante , je vois malheurs sur malheur» et chagrins sur chagrins.

BUSHY

Ne vous désespérez pas, madame.

LA REINE

Eh ! qui peut m'en empêcher? Oui , je me désespère, et je hais comme une ennemie la perfide espérance; elle n'est qu'un flatteur parasite, un satellite de la mort. Tandis que la mort rompt sourdement tous les liens de la vie , la vie compte encore à l'extrémité sur la traîtresse espérance.

(E«i»T*fcO

' GREEN

Voici le duc d'York.

LA REINE

Avec l'armure de la guerre sur ses épaules courbées par les ans. — Onde, au nom du ciel, ditesnous des paroles consolantes !

YORK

Je le ferais, madame, si je voulais trahir mes pensées ; mais les consolations sont dans le cid ;

RICHARD II

et nous sommes sur la terre, ou l'on ne trouve que croix , peines et chagrins. Votre époux court à des maux éloignés , tandis que d'antres ennemis viennent ravager ses foyers. C'est moi qu'il a laissé ici pour être l'appui de son royaume; moi qui , affaibli par l'âge , ne puis me soutenir moimême ! La voici arrivée , l'heure de la crise des maux qu'il a amassés lui-même; c'est maintenant qu'il va connaître si ses flatteurs sont ses amis.

( Entre ontorrltaor.) LE SERVITEUR.

Milord, votre fils était parti avant que j'arri-

YORK

H était parti? Oui Eh bien! que tout aille

au gré du sort! La noblesse, elle a déserté; le peuple, il est mécontent, et je crains bien qu'il ne se révolte et ne se déclare pour d'Hereford. — Va à Plasby (1), va trouver ma sœur Glocester; dis-lui de m'envoyer sur-le-champ mille livres sterling. — Tiens , prends ma bague.

LE SERVITEUR

Hlilord, j'avais oublié de vous le dire : j'y ai passé aujourd'hui, et je me suis informé. — Mais je vais vous affliger, si je vous dis le reste.

YORK

Qu'est-ce, maraud?

LE SERVITEUR

Une heure avant mon arrivée, la duchesse venait de mourir.

YORK

Que le ciel ait pitié de nous! Quel déluge de maux vient fondre à la fois sur ce malheureux royaume ! — Je ne sais quel parti prendre. — Je voudrais, j'en atteste le ciel , je voudrais, sans pourtant me l'être attiré par une infidélité , que le roi m'eût fait trancher la tête et à mon frère aussi. — Y a-t-il des dépêches parties pour l'Irlande?— Comment trouverons-nous de l'argent pour fournir à cette guerre? — Venez , ma sœur; ah! pardonnez, je voulais dire ma cousine, (a* wrritcur.) Ami, pars, cours an château, procuretoi quelques chariots , et apporte les armes que tu trouveras. — Amis, voulez-vous aller rassembler des troupes? — Si je sais comment et par quelle voie démêler cette fusée qu'on a jetée toute brouil-

(1) Plasby était une ville d'Esseï , qui appartenait à

TlléOBALD

lé* daos mes mains, ne me croyez jamais! — Tous les deux sont mes plus proches paréos. — L'un est mon souverain , que mon serment et mon devoir m'ordonnent de défendre; et l'autre est mon cousin, que le roi a injustement dépouillé, à qui ma conscience et les liens du sang m'ordonnent de faire justice.. . Et il faut pourtant prendre un parti. — Venez, ma cousine; je vous placerai dans un lieu sûr. — Allez, rassemblez vos troupes, et venez me trouver, sans délai, a Berkiey. Je voudrais bien aussi aller à Plashy; mais les circonstances ne me le permettent pas. — Tout est en désordre, tout est abandonné au coup de dés.

( York el U relue sortent.)

Les vents sont favorables pour porter des vcllesen Irlande; mais aucune n'en arrive. — Que nous levions une armée en état de faire face à l'ennemi , c'est ce qui nous est impossible.

D'ailleurs notre étroit attachement au roi nous meuace de la haine de ceux qui n'aiment pas le roi. RAGOT.

Oui , de la haine de ce peuple inconstant Car leur amour loge dans lenr bourse : quiconque la vide , remplit leur cœur d'une haine mortelle.

EUSHY.

Et c'est en quoi le roi a été universellement condamné.

BAGOT

Et s'il dépendait d'eux de nous juger, ils nous condamneraient aussi, nous, pour être restés toujours attachés à la personne du roi.

GREEN

Eh bien, pour moi j'irai me réfugier dans le château de Bristol ; le comte de >Vtf bhire s'y est déjà renfermé. , BUSHY.

Je veux m'y rendre avec vous; car la multitude, qui nous hait , ne fera pas de grands efforts pour nous secourir ; elle est bien plus disposée à tomber sur nous, comme des dogues furieux, pour nous mettre en pièces. — Voulez-vous venir avec nous?

RAGOT

Non. Je vais en Irlande, me rendre auprès de sa majesté. — Adieu ; si les pressentimens du cœur ne sont pas vains, nous voilà trois ici qui nous séparons pour ue jamais nous revoir!

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