UNE DES DAMES
s'élève, je le sais, au moins à cette hauteur.
(Portant la main à ta ta te.) BOLINGBROKE.
Mon gracieux souverain , je ne viens que pour
Vos biens sont à vous, et je suis à moi, et tout est à vous!
BOLINGBROKE
Soyez à moi, mon très redouté souverain, autant que mes fidèles services mériteront votre affection.
LA REINE
Non , ce jeu me ferait songer que le monde est plein d'inégalités et d'obstacles, et que ma fortune, détournée de son cours, roule vers sa ruine.
LA DAME
Madame, la danse vous plairait-elle mieux?
LA REINE
Je ne prendrais aucun plaisir aux pas mesurés de la danse, lorsque mon pauvre oœur est en proie à un chagrin sans mesure. Ainsi, jeune fille, point de danse ; tout autre jeu, plutôt
LA DAME
Eh bien , nous conterons des histc Tristes, bu joyeuses?
LA
L'un et l'autre,
terni i.
RICHARD II
LA HEINE
Ni l'un , ni l'antre , jeune fille ; si elles étaient gaies, elle ne serviraient qu'à me rappeler mes peines , à moi , qni n'ai nulle joie dans le arur. Si elles étaient tristes , elles ne feraient qu'ajouter plus de chagrin encore à mon manque de joie. Je n'ai pas besoin de répéter ce que j'ai ; et ce qui me manque , il ne sert à rien de s'en plaindre.
LA DAME
Madame, je chanterai.
LA REINE
11 est heureux que tu aies sujet de chanter : mais tu me plairais bien davantage si tu voulais pleurer.
LA DAME
Je pleurerais, madame, si mes larmes pouvaient vous soulager.
LA REINE
El si les larmes pouvaient me soulager, je pleurerais aussi, moi, et je n'emprunterais pas une larme de vous. Mais, cessons. — Voici les jardiniers : enfonçons-nous sous l'ombrage de ces arbres. (Entrent un jardinier et éeni garçon*.) Je gagC ma
vie contre un cent d'épingles qu'ils vont parler de l'état; car tout le monde en parle, dans le moment d'une révolution. Les grandes calamités sont toujours précédées par des murmures publics, ,4aiutifs et désastreux.
(La reine et ta dame* m retirent.) LE JARDINIER.
Va étayer la-bas ce malheureux abricotier, dont les fruits, comme des enfans ingrats et indociles, font ployer leur père sous l'oppression de leur poids excessif ; donne quelque appui à ses brandies abaissées jusqu'à terre. — Et toi, va faire justice de ces rejetons trop abondans; tranche leur téte, qui s'élève trop et domine sur notre république. Tout doit être de niveau dans notre gouvernement. — Tandis que cette tache vous occupera tous deux, moi je vais extirper ces herbes sauvages et nuisibles, qui volent, sans aucun profit . à la terre des sucs qui appartiennent aux fleurs salutaires.