ACTE Y, SCÈNE IV
du cœur. Il ne prie que faiblement, et désire qu'on le refuse ; mais nous , nous prions du cœur, de toute notre ame, de toutes nos forces. Ses genoux fatigués se lèveraient avec joie , je le sais; et les nôtres resteront dans cette posture jusqu'à ce qu'ils s'unissent à la terre. Ses prières ne sont que mensonge et hypocrisie. Les nôtres sont ardentes et vraies. Qu'elles l'emportent donc sur les siennes, et qu'elles obtiennent la grâce que méritent des prières ferventes et sincères. BOUNGBROKE.
Bonne tante, levez-vous.
LA DUCHESSE
Ne me dis point de me relever ; pardonne auparavant , et après je me lèverai. Ah I si j'avais été ta nourrice , les premiers mots que je t'anrais appris à prononcer, seraient , je pardonne. Jamais je ne désirai tant qu'aujourd'hui d'entendre ce mot. Roi , dis : je pardonne. Que la pitié place ce mot sur tes lèvres. Le mot est court ; mais il est encore plus doux. Il n'en est point qui sied mieux dans la bouche des rois.
Par-
YORK
Prononce le mot en français, roi, dis donnez-moi (1).
LA DUCHESSE
Quoi ! tu veux enseigner au pardon à détruire le pardon? Ah,mon cruel mari , mon seigneur au cœur dur, tu armes le mot contre le mot. — Prononce le pardon comme on le prononce dans notre pays ; nous n'entendons point le volage français. Je commence à le lire dans tes yeux , achève de le prononcer; que ton cœur, plus que ton oreille, nous écoute; que la pitié le touche et le rende sensible à nos plaintes et à nos prières !
Bonne tante, levex-voos.
LA DUCHESSE
La grâce que je le demande n'est point de me relever, c'est de pardonner.
BOLINGBRORE.
Eh bien ! je lui pardonne , comme je veux que le ciel me pardonne.