AIMER I.E
Que Dieu garde votre majesté! Daignez, je vous en supplie , m'accorder un moment d'entretien , seul avec vous.
BOLINGBBOKE.
Retirez vous, et laissez-nous seuls. — De quoi s'agit-il maintenant, notre cousin?
ALMERLE , »ejeiant i te» piedi.
Que mes genoux restent attachés à la terre , et ma langue à mon palais, si vous ne me pardonnez avant que je me relève ou que je parle!
BOLINGBROKE
La faute est-elle commise, ou n'est-elle que dans l'intention? Si elle n'est pas consommée, quelque odieuse qu'elle soit , pour gagner Ion amitié dans l'avenir, je te pardonne.
ALMERLE.
Permettez-moi donc de tourner la clef ; que personne n'entre jusqu'à ce que je vous aie tout révélé.
BOLINGBROKE
J'y consens.
YORK , en dchor».
Prends garde, mon souverain; veille sur toi : tu as un traître là en ta présence.
BOUNGBROKE , tirant no epéa.
Scélérat, je vais m'assurer de toi !
AU MERLE
Retiens la main vengeresse, tu n'as ancun sujet de craindre.
YORK
Ouvre la porte ; prends garde, roi téméraire et insensé. Ne pourrai-jc, au nom de mon atta-
RICFIARD n.
chemcnt pour toi, te parler de trahison en face? Ouvre la porte, ou je vais la briser.
( La roi ourre 1* porte. Entre York.) BOLINGBROKE.
Qu'y a-t-il, oncle? Parlez. Reprenez haleine ; dites-nous si le danger presse, s'il faut nous armer pour le repousser.
YORK
Parcours cet écrit, et lu reconnaîtras la trahison , que la fatigue de ma course m'empêche de te révéler de vive voix.
AUMERLE
Souviens-toi , en lisant , de ta parole donnée. Je suis repentant. Ne vois plus mon nom dans cette liste : mon cœur n'est point complice de ma main. 1 YORK.
Traître ! il l'était, avant que ta main l'eût signé. —Roi, je l'ai arraché de son sein. C'est la crainte et non l'amour qui produit son repentir. Oublie ta pitié pour lui, de crainte que ta pitié ne conserve un serpent qui te percera le sein.
BOLINGBROKE
O conspiration odieuse et profonde ! Quelle audace ! O loyal père d'un (ils perûde 1 Source pure, d'où découla ce ruisseau qui s'est souillé lui-même dans son cours) York, tes vertus se sont perverties en lui ; mais ton rare mérite doit faire absoudre cette faute énorme de ton fils égaré.
YORK
Ainsi ma vertu sera prostituée à ses vices ! il dépensera mon honneur à réparer sa honte, comme ces fils prodigues qui dépensent l'or laborieusement amassé par leurs pères ! Non , mon honneur ne peut vivre que par la mort d'un fils qui me déshonore, ou mes jours vont s'écouler dans l'infamie. En faisant grâce au fils, tu égorges le père ; tu conserves le traître, et tu immoles le sujet fidèle.
LA DUCHESSE en dedan*.
De grâce, mon souverain, an nom du ciel, laissez-moi entrer.
BOLINGBROKE
Quelle est cette voix grêle et suppliante, qui pousse ces cris?
LA DUCHESSE
Une femme, ta tante, grand roi. C'est moi; par!e-moi,aie pitié de moijouvre la porte. Je tedeuiande une grâce, moi, qui n'en demandai jamais I
BOLINGBROKE
Notre scène est changée , d'un objet sérieux a l'histoire de la Mendiante et du Roi (l).Mon dangereux cousin , faites entrer votre mère ; je sais qu'elle vient intercéder pour votre crime affreux. YORK,
Si tu pardonnes , si tu cèdes à quelque prière que ce soit , ta clémence pourra bien encourager et multiplier les fautes. Retranches ce membre corrompu, et tous les autres restent sains. Si tu l'épargnes, il corrompra tout le reste.
(Ratre la duché.» ) LA DUCHESSE.
O roi ! ne crois pas cet homme au cœur dur : l'homme qui ne s'aime pas lui-même ne peut aimer personne.
YORK
Femme frénétique, qu'as-tu à faire ici? ton sein flétri veut-il encore nourrir un traître?
LA DUCHESSE
Bon York , calmez-vous. Mon gracieux souverain , daignez m'entendre.
(KUcMjttmaict pied*.) BOLINGBROKE.
Levez-vous , bonne tante.
LA DUCITESSE.
Non, pas encore, je t'en conjure. Je resterai prosternée sur mes genoux , et jamais je ne reverrai de jours heureux, que tu ne m'aies rendu la joie et le bonheur, en pardonnant à Rutland , a mon coupable enfant.
ALMERLE , ee jetant à genoui.
Prosterné à vos pieds , je joins ma'prière a celle de ma mère.
YORK , m mettant à genoux.
Et moi, je m'y jette aussi ; mais pour prier contre tous les deux : tu pourras t'en repentir, si tu accordes aucune grâce.
LA DUCHESSE
Ah ! crois-tu qu'il parle sérieusement? Vois son visage. Ses yeux ne versent aucunes larmes, sa prière n'est qu'un jeu. ses paroles ne sont qu'un vain son de sa bouche; les nôtres viennent
(1) A begger beg* , ihat oever begg'd before. Boling. Our scène is altered , from • serious thing. And Dow chang'd to Ou Btggar and tkc King.
Ces derniers mou font allusion à un intermède très connu alors , de la jeune mendiante et du roi Cophetua, dont il a déjà été question dans Romeo et Juliette.