‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 32 sur 689 · scène m · texte numérisé non relu

scène m

M cbatbav.

tMi OTHELLO, DESDENONA , CASSIO,

arec leur tvJle.

OTHELLO

Veillez à la garde cette nuit : dans ce poste honorable , cher lieutenant , montrons nous-mêmes l'exemple de la discipline, et non l'oubli de nos devoirs dans les plaisirs.

CASSIO

Jago a déjà reçu sa consigne; mais cependant je veux encore tout inspecter de mes yeux.

OTHELLO

Jago est très fidèle. Michel, bonne nuit Demain, à l'heure de votre réveil, j'aurai à vous parler. — Venez, ma bien-aimée; après la victoire, il faut en goûter les fruits : ce bonheur est encore à venir entre vous et moi. — (A c**tio et autre» officier*.) Bonne nnitt

(Oihrllo et Dr «Union* aorteoL) (Ugo entre.)

CASSIO

Vous arrivez à propos, Jago : voici l'heure de nous rendre à notre poste.

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SLÊJiE 111. 17

JAGO

Rien ne presse : il n'est pas dix heures, lieutenant. Notre général nous congédie avant l'heure pour l'amour de sa Desdemona. Gardons-nous bien de le blâmer; il n'a pas encore passé avec elle la folâtre nuit des noces, et c'est une fleur digne d'un dieu.

CASSIO

Sans doute, c'est une dame accomplie.

JAGO

Et, j'en réponds pour elle, une femme friande de plaisir.

CASSIO

J'avoue que beauté ne peut être plus délicate et plus fraîche.

JAGO

Quels yeux que les siens ! il me semble que ses regards appellent et défient les désirs.

CASSIO

Ses regards invitent à la tendresse, mais sans rien perdre de leur modestie.

JAGO

Et dès qu'elle parle , n'est-il pas vrai que le son de sa voix est un signal qui éveille l'amour?

CASSIO

En vérité , tout en elle est perfection.

JAGO

Fort bien. Nuit prospère à leurs mystères amoureux 1— Allons, lieutenant, je possède un flacon de vin; et nous avons à deux pas une couple de braves insulaires prêts à trinquer à la gloire du noir Othello.

CASSIO

Non pas ce soir, cher enseigne. J'ai un cerveau si faible pour le vin , une tête si déplorable. .... Je voudrais que la société pût inventer quelque autre manière de s'égayer ensemble.

JAGO

Oh! ce sont nos amis : seulement un verre; après, je boirai pour vous.

CASSIO

J'ai bu ce soir un seul verre, après mille instances , et sur la foi trompeuse que l'eau tempérait sa force ; et voyez à mes yeux l'impression qu'il m'a déjà faite. Je suis malheureux de cette infirmité, je n'ose plus hasarder ma faiblesse avec personne.

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OTHELLO

JAGO

Eh quoi, guerrier? C'est une nuit de réjouissances ; nos amis tous invitent

CASSIO

Où sont-ils?

JAGO

A cette porte. De grâce , admettez-les dans la salle de garde.

CASSIO

J'y consens, mais c'est avec répugnance.

(Cawio *ort.)

JAGO

Si je puis le déterminer à verser encore un verre sur celui qu'il a déjà bu, il deviendra, plus colère et plus querelleur que l'épagneui hargneux de ma jeune maltresse. — D'autre part, mon imbécile jAodcrigo, dont l'amour a presque renversé la chétive cervelle, s'est abreuvé ce soir de profondes rasades dédiées à Desdemona ; et il se tient près de la garde. Enfin , par les coupes fêtées à la ronde, j'ai eu soin de bien préparer nos trois braves Cypriotes, caractères bouillans et fiers, qui, sans cesse en arrêt sur le point d'honneur, semblent des élémens opposés toujours prêts à mettre l'Ile en guerre ; et ceux-là sont de garde aussi. Maintenant , au milieu de ce troupeau d'hommes enivrés, mevoilà, moi, de sang-froid pour engager Cassio dans quelque imprudence propre à faire éclat dans 111e. Mais je les entends. — Pourvu que l'effet réponde au songe de mon cerveau , ma barque avec vent et marée.

Honicno et dp* ofBclen.) CASSIO.

Oui, le ciei est témoin qu'ils m'ont déjà versé de larges bords.

MONTANO

Ah ! en petit nombre. Foi de soldat , à peine un

JAGO

Du vin! holà!

(Jago chante.)

N'écoutons point la cloche, et qu'elle tinte en vain : Ln soldat est un homme. €t rien n'est plus certain ;

L'homme est fragile comme un verre, Eh bien ! puisque sa vie est courte et passagère Que sans cesse un soldat ait le verre à la main. '

Du vin, enfans!

CASSIO

i*ar le ciel, voilà une excellente chanson.

JAGO

Je l'ai apprise en Angleterre, où en vérité on est très puissant quand il faut boire. Votre Danois, votre Allemand, et votre Hollandais au gros ventre— allons, buvez! — ne sont rien auprès de votre Anglais.

Votre Anglais est-il donc si habile à boire?

JAGO

Comment? votre Danois est mort ivre qu'il (mon Anglais) boit encore avec aisance; il ne transpire pas pour renverser votre Allemand; il fait vomir votre Hollandais avant que la bouteille suivante puisse être remplie.

CASSIO

A la santé de notre général.

MONTANO

Je m'y joins, et vous fais raison.

JAGO

0 douce Angleterre !

Le roi Etienne était an digne sei^, .

Ses culottes ne lui coûtaient qu'une couronne : n le» trouvait de sii pence (i) trop chères. Avec cela il appelait le tailleur un drôle.

C'était un homme de grand renom.

Et tu n'es que de bas étage.

C'est l'orgueil qui renverse le pays.

Prends donc autour de toi ton vieux manteau (j).

Du vin, holà!

CASSIO

Comment, cette chanson-ci est meilleure encore que la première!

Voulez-vous que je la répète?

CASSIO

Non , quiconque commet de pareils abus , je ie tiens pour indigne de son poste : soit. — Le monde roule. — Le ciel domine sur tout. U acréédes nom mes qui sont des élus , et d'autres qui ne sont pas des élus.

JAGO

C'est vrai , bon lieutenant.

CASSIO

Quant à moi, sans choquer mon général ni aucun de mes chefs , je compte bien Otre sauvé.

(1) Douze sous do notrr monnaie.

(2) Ces couplt'ts sont tirés d'une vieille ballade populaire du temps de Shakspeare et qui «e trouve dans le recueil de 1 évéque Percy. intitulé : Relique* of ancUnt Poetry, dont il existe plusieurs éditions.

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