C.LXE IV
Entre ROSSE avec u. VIEILLARD:
LE VIEILLARD
Ma mémoire embrasse un espace de soixantedix années , et dans tout ce temps, j'ai vu passer bien des guerres terribles, bien des événemens étranges; mais ce sont des jeux auprès de cette affreuse nuit : elle les efface tous.
MACBETH
ROSSE
Ah bon Tieillard , tu vois comme le ciel , trouble par le crime de l'homme , menace cet univers d'une sanglante tragédie. D'après l'horloge , le jour devrait luire ; et cependant une sombre nuit étouffe le flambeau qui voyage dans les cieux. La nuit devient-elle éternelle , ou le soleil a-t-il horreur de se montrer? Que la face de la terre soit ainsi ensevelie dans les ténèbres , lorsqu'elle devrait être animée et dorée de lumière !
LE VIEILLARD
C'est un phénomène contre nature, comme l'action qui s'est commise. Mardi dernier, on a vu un faucon , prenant son essor vers les hauteurs où est son séjour, surpris par un hibou qui l'a abattu et déduré.
ROSSE
Et les chevaux de Duncan (prodige étrange , mats certain) , qui étaient si beaux, si légers, les plus doux de leur race , changeant tout à coup leur douceur en férocité , ont brisé leurs Mens , se sont élancés hors de leurs écuries , et tous se sont révoltés contre toute obéissance , comme s'ils eussent voulu déclarer la guerre à l'homme.
LE VIEILLARD
On
Rien n'est plus vrai, au grand étonnement de mes yeux, qui ont vu cet horrible spectacle. (Entre ■•cd»r.) Voici le digne Macduff. — Eh bien , seigneur, comment va le monde maintenant?
MACDUFF
Quoi l ne le voyez-vous pas ?
ROSSE
A-t-on découvert qui a commis cette action atroce?
MACDUFF
Ceux que Macbeth a tués.
ROS*E
nélas ! funeste jour ! Quel fruit en pouvaientils espérer ?
MACDOFP.
Ils ont été subornés. Malcolm et Donalbain, les deux fils du rot , sont disparus et se sont sauvés. Cette fuite bit tomber sur eux les soupçons.
Ce parricide serait encore contre nature ! — O ambition aveugle , qui te ravira les ressources de ta vie ? — Il est probable que la souveraineté va échoir à Macbeth.
MACDUFF
H est déjà élu , et parti pour se faire couronner à Scone (1).
ROSSE
Où est le corps de Duncan ?
MACDUFF
On l'a porté à Colmes-Kill , an dépôt sacré où reposent les cendres de ses ancêtres.
ROSSE
Venez-vous à Scone?
MACDUFF
Non , cousin ; je vais à Fife.
ROSSE
Adieu : moi , je vais à Scone.
MACDUFF
Allez : puissiez-vous y voir tout prendre un cours heureux ! Adieu. Je crains bien que nos vieux habits ne nous aillent mieux que les
,,père.
LE VIEILLARD
La bénédiction de Dieu soit avec vous , et avec ceux qui voudraient rendre bons les méchans, et amis les ennemis!
(1) Scone était la place où les rois d'Écosse étaient couronné*, sur une pierre enfermée dans une chaire de M* qui servait à leu