‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 342 sur 689 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BANQUO

BANQUO

Ty voilà parvenu ; lhanc de Glamis, thane de Cawdor , roi enGn ; tout ce que t'avaient promis les femmes du Destin s'est accompli ; et je crains bien que tu n'aies fait ici quelque lâche coup de ta main. Mais elles ont dit aussi que celte couronne ne passerait pas à ta postérité; que ce serait moi qui serais la tige et le père d'une race * de rois. Si la vérité conlirme leur prédiction en ce point , comme elle éclate dans les promesses qui te regardaient, Macbeth , pourquoi les événemens qui s'accomplissent en toi ne me garantiraient-ils pas que ces oracles me tiendront parole à moi-même î pourquoi n'encourageraient-ils pas mon espérance?... Mais, chut! taisons-nous.

(Air de trotepelte.- Entrent Macbeth, roi; Udj Macbeth, Lenoi ,

Voici le plus intéressant de nos convives.

LADY MACBETH

S'il eût été oublié , son absence eût laissé un vide choquant dans notre fête , et l'eût défigurée.

MACBETH

Ce soir, seigneur, nous donnons un banquet solennel , et nous y demandons votre présence.

BANQUO

Il suffit que votre majesté me donne ses ordres: ma volonté est attachée pour jamais à la sienne par le lien indissoluble de l'obéissance.

MACBETH

Montez-vous à cheval cet après-dîner ?

BASQLa".

Oui, mon bon seigneur.

MACBETH

Nous aurions désiré votre présence au conseil que nous tiendrons aujourd'hui. Vos avis furent toujours pleins de sagesse et de bonheur ; mais nous remettrons à demain à vous consulter. Vous proposez-vous de faire une longue course ?

BANQUO

Celle qu'on peut faire, monseigneur, depuis ce moment jusqu'à l'heure du souper; et si mon cheval ne court pas aussi bien que je l'espère, j'emprunterai sur la nuit une heure ou deux.

Ne manquez pas à notre fête.

BANQUO

Non, monseigneur.

MACBETH

Nous venons d'apprendre que nos sanguinaires cousins sont bien accueillis, l'un en Angleterre, l'autre en Irlande ; que , loin d'avouer leur affreux parricide , ils débitent à ceux qui les écoutent d'étranges impostures ; mais nous en conférerons demain au conseil , où nous aurons aussi à discuter une affaire d'état qui demande notre présence à tous. Allez, montez à cheval. Adieu , jusqu'à ce soir. Fleauce vous accompagne-t-il?

BANQUO

Oui , mon bon seigneur : il est grand temps que nous partions.

MACBErn.

Je vous souhaite des coursiers légers et sûrs, et je leur recommande leur fardeau. Adieu. (B»»q»o K^t.)— Que ebacuu dispose à son gré de son temps jusqu'à sept heures du soir. Pour trouver nous-

MACBETH

même un nouveau charme dans votre société, nous resterons seul jusqu'au souper. Allez : que Dieu vous garde! ; L«<ij M*-b»ib t»n «w i«i te^oan.) Garçon , un mot : ces

LE SERVITEUR

Oui, monseigneur : Us sont à la porte du palais.

Va : fais-les entrer. — Etre sur le trône n'est rien ; il faut y être en sûreté. — Mes craintes sur Banquo tiennent profondément à mon ame. La nature a imprimé à son caractère un air de souveraineté qui le rend redoutable. C'est déjà beaucoup qu'il ait tant d'audace et d'intrépidité. Et à cette trempe inflexible de son ame, i! joint une prudence qui guide sa valeur et en assure les coups. Je ne vois que lui dont l'existence me tienne dans l'effroi ; sous l'ascendant de son caractère le mien fléchit et tremble, comme on dit qu'Antoine s'en laissait imposer par César. Je l'ai vu gourmander les trois sorcières , lorsqu'elles ine saluèrent du nom de roi ; il leur ordonna de s'expliquer aussi sur ses destins. Alors, d'une bouche prophétique, elles le proclamèrent père d'une race de rois.— Elles n'ont donc placé snr ma téte qu'une stérile et vaine couronne , et dans ma main qu'un sceptre infructueux , qui doit en être arraché par une main étrangère , sans qu'aucun de mes enfans me succède? Ainsi c'est pour la race de Banquo que j'ai souillé mon ame ; c'est pour ses enfans que j'ai égorgé le vertueux Duncan ; pour eux que j'ai empoisonné mon sein paisible et pur du venin des forfaits; et j'aurai livré à l'infernal ennemi du genre humain le trésor de mon ame immortelle, pour les faire rois ! Les enfans de Banquo rois! Non, sort ennemi, descends plutôt dans l'arène avec moi ; je lutterai contre toi jusqu'à ce que j'expire. — Qui est là T <i«.i tMMiM.) Retire-toi, reste à la porte, et attends mes ordres. ( u tenue™ «on.) N'était-ce pas hier que nous avons eu ensemble un entretien?

C'était hier, s'il plaît à votre

Eh bien ! vous avez sans doute réfléchi confidences? Vous savez à présent que c'était lui qui , dans les temps passés , vous a tenus ainsi dans l'oppression ; tandis que vous m'en accusiez

moi , qui étais innocent Je vous ai couvai nens de ce fait dans notre dernière entrevue, qui s'est passée à tous en détailler les preuves. Je vous ai fait voir comment vous aviez été amusés, comment on vous avait fermé le chemin de la fortune ; quels instrumens avaient servi à vous nuire , et quel était I homme qui les faisait jouer; et tant d'autres détails , dont la lumière devait frapper l'esprit le plus borné , l'entendement le plus stupide, et qui tous vous crient : • Banquo en est l'auteur. »

PREMIER ASSASSIN

11 est vrai : vous nous l'avez prouvé.

MACBETH

Oui , et depuis j'ai été plus loin ; c'est aujourd'hui l'objet de notre seconde entrevue. — Vous sentez-vous dans le caractère une dose de patience assez forte pour laisser ces outrages impunis? Avez-vous été élevés dans une morale qui vous donne du penchant à prier le ciel pour cet homme de bien et pour sa postérité , lui dont la main , appesantie sur vous, vous a courbés jusqu'à la porte du tombeau , et a condamné vos enfans à une indigence éternelle?

PREMIER ASSASSrx.

Nous sommes des hommes, monseigneur.

Oui, je sais que vous êtes comptés dans la classe des hommes , comme on range sous le nom commun de chiens toutes les espèces de cet animal. Ensuite chaque espèce est différenciée , l'une par sa vitesse à la course , l'autre par sa rampante lenteur, l'autre par son odorat subtil ; tandis que l'une fait sentinelle à la porte du logis, l'autre lance le gibier dans les forets ; chacune obéit à la propriété que la bienfaisante nature a renfermée dans son individu, et de ces qualités diverses, chacune reçoit un surnom qui la distingue dans la liste où toutes sont confondues sous une seule et même dénomination. Il en est de même des hommes. Ainsi , si vous avez un rang qui vous soit propre dans l'espèce humaine, et que vous ne soyez pas abaissés et perdus dans la fouie confuse de ses dernières classes , faites-le-moi connaître , et alors je vous confierai , dans le secret de votre ame, un projet dont l'exécution vous délivre de votre ennemi , vous attache à notre co ur par les liens d'une amitié solide, nous, que sa vie fait languir, et que sa mort ferait jouir d'une santé fleurie et d'un bonheur parfait.

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