ACTE III, SCENE IV
LAD Y MACBETH
Mon digne seigneur, vos illustres amis attendent après vous.
MACBETH
Ah ! pardon , j'oubliais. — Ne vous occupez pas de moi, mes très dignes amis. J'ai une étrange infirmité, qui n'est rien pour ceux qui me connaissent. Allons , amitié et santé à tous ! Je veux enfin m'asseoir : versez dans ma coupe ; remplissez-la. Je bois à tous les convives (!w>r« do iuoquo rumj. et à notre cher ami Banquo, qui nous manque ici. Que je voudrais qu'il fûtdes nôtres !... C'est à lui et à vous tous que je porte la santé ; joie et bonheur à tous !
LES SEIGNEURS
Nos hommages respectueux ! nous faisons raison à votre majesté.
MACBETH
Loin de moi ! ôte-toi de mes yeux ! Que la terre s'entr'ouvre cl te dérobe à ma vue ! Tes os cont desséchés , ton sang est glacé , et tu ne peux voir par ces yeux que tu fixes sur moi.
Ne voyez dans ces accès , honorables seigneurs, qu'une infirmité naturelle ; ce n'est rien de plus : seulement il est fâcheux qu'elle vienne si mal à propos troubler le plaisir de notre f«'i«
MACBETH
Tout ce qu'un homme peut oser, je l'ose. Viens, aborde -moi sous la forme de l'ours féroce de la Russie, du rhiuocéros armé , ou du tigre d'Hyrcanic, sous toute aïKrc forme enfin que celle que tu m'offres là , et tu ne verras point mes nerfs agités trembler à ton aspect ; ou bien reparais vivant, et \ iens me défier dans un désert , le fer à la main. Si tu me vois reculer et craindre de te combattre, alors méprise-moi comme un lâche et faible enfant... Fuis de mes yeux, terrible fantôme ; vaine vision , loin de moi ! — Dès qu'il disparaît , je redeviens un homme. — De grâce , restez à vos places.
LADY MACBETH
Vous avez fait fuir la gaîté : tous avez troublé cette brillante et joyeuse assemblée par un désordre qui a excité i'étonncnient. Ces visions ne peuvent-elles donc s'offrir à nous comme ces formes aériennes dans les nuages d'été , sans qu'elles excitent en nous un pareil trouble?
MACBETH
Vous me faites perdre le sang-froid et le calmo où j'étais rentré , lorsque je songe que vous pouvez contempler pareils objets , et conserver le même incarnat sur vos joues, tandis que les miennes sont toutes pâles de frayeur.
ROSSE
Quels objets , monseigneur T
Je vous prie, ne lui parlez pas; son mal ne fait qu'empirer ; les questions le troublent et le mettent en fureur. Bonsoir à tous; n'attendez pas ses ordres pour vous retirer ; sortez tous promp-
tement.
LENOX
Nuit paisible, et que sa majesté recouvre la santé!
LADY MACBETH
Salut , et nuit heureuse à tous !
(Le* Kignenn toru-nt.) MACBETH.
Il aura du sang , disent-ils ; le sang veut du sang. On a vu les pierres se mouvoir et les arbres parler. Les devins , qui se connaissent en analogies, ont souvent, par le langage des oiseaux, par le cri des corbeaux , découvert au grand jour l'assassin le plus caché. — Quelle heure est-il de la nuit?
LADY MACBETH
La nuit dispute encore le ciel au malin.
MACBETH
Que dites-vous de M^cduff, qui refuse de se reudre à nos ordres?
LADY MACBETH
L'avez-vous mandé, seigneur?
MACBETH
Non ; c'est un bruit parvenu jusqu'à moi. Mais j'enverrai vers lui. Il n'y a pas un thane dans la maison de qui je ne tienne à mes gages un serviteur affidé. — J'irai Utwver demain (oui , demain dès le matin) les sœurs du Destin : il faudra qu'elles parlent encore ; car à présont mon penchant m'entraîne à vouloir connaître, peu m'importe par quels moyens , tout ce qui peut m'arriver de pis , et ce sera mon propre avantage. Nul motif alors ne m'arrêtera plus. Me voilà avancé si loin dans le sang, que si je m'arrêtais à présent, il me serait aussi fâcheux de retourner en arrière
MACBETH
que d'aller en avant. J'ai dans ta tête d'étranges projets , qui de là passeront dans mes mains ; et il faut les exécuter avant qu'on puisse les pénétrer.
LADY MACBETH
Vous avez besoin de sommeil, de ce baume universel de toutes les créatures.
Oui , allons reposer. Le trouble étrange qui m'a égaré est l'effet d'une crainte novice encore , et que l'habitude n'a pas aguerrie. Nous ne sommes encore que des enfans dans cette nouvelle carrière.
;ils »orlenl.)