‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 357 sur 689 · TOUTES TROIS · texte numérisé non relu

TOUTES TROIS

Paraissez à ses yeux et affligez son cœur. — Paraissez comme des ombres, évanouissez-vous de même.

(IH'ûlé de bnlt roi* et de Banquo; le dernier «Tec an miroir dans la main.)

MACBETH

Tu ressembles trop à l'ombre de Banquo ; disparais : ta couronne épouvante mes yeux. — Et toi , dont le front est également ceint d'un cercle d'or, tu as les traits du premier. — Un troisième encore qui ressemble au précédent! Sorcières impures ! pourquoi me montrez-vous ces objets ?— Dn quatrième ! Fermez-vous , mes yeux. . — Quoi ! celte ligne fatale se prolongcra-t-ellc jusqu'au dernier jour de l'univers? — Encore un autre! — Un septième! Je n'en veux pas voir davantage.— Et en voilà un huitième qui parait, portant un miroir où j'en découvre une foule d'antres; j'en distingue quelques-uns qui portent deux globes (1) et un triple sceptre. Effroyable vue! Oui, je le reconnais à présent ; rien n'est plus certain : car voilà Banquo tout couvert de plaies, qui me sourit, et me montre du doigt que c'est là sa postérité. Quoi! en sera-t-il ainsi?

PREMIÈRE SORCIÈRE

Oui, Macbeth; tout ce que tu as vu s'accom-

(1) ghakspearc fait ici ta cour au roi Jacques I", qui Tenait de réunir sur sa léte 1rs deux couronnes d'An, glelerre el d'Écosse. La maison de Stuart prétendait descendre en ligne directe de Banquo.

-au

MACBETH

plira.- — Mais pourquoi Macbeth reste-t-il immobile dans ce léthargique étonnement? — Venez, mes sœurs; réveillons ses esprits, et faisons-lui goûter nos plus joyeux divertissemens. Je vais charmer l'air et en faire sortir des sons agréables , tandis que vous exécuterez votre antique danse en rond ; il faut que ce grand roi puisse dire avec reconnaissance que nous l'avons fêté, et que nous avons payé nos hommages à sa présence.

(Musique. Lci lorclères damcQt et dii parai tuât.) MACBETH.

Où sont-elles? Évanouies? — Que cette heure funeste soit maudite dans le calendrier.— Venez, vous qui êtes là dehors.

LENOX

Que désire votre majesté?

Avez-vous vu les sœurs du Destin?

LENOX

Non, monseigneur.

Ne vous ont-elles pas abordé?

LENOX

Non, en vérité, monseigneur.

Que Pair se corrompe partout oh elles passeront ; et malédiction à quiconque se fiera à leurs oracles ! — J'ai entendu le galop d'un cheval : qui donc est arrivé?

LENOX

Deux ou trois courriers, monseigneur, apportent la nouvelle que Macduff s'est sauvé en Anglc-

MACBETH

Il s'est sauvé en Angleterre?

LENOX

Oui , mon digne souverain.

MACBETH à p*rt.

O temps ! tu ruines pendant mes délais mes exploits terribles. Le projet fuit et ne s'accomplit jamais , si l'exécution ne le suit pas immédiatement. Désormais les premiers mouvemens de mon cœur feront agir mon bras; et de ce moment, pour couronner mes projets par les actes, je veux que ma pensée se confonde avec l'action même. Je veux surprendre le château de Macduff, m'emparer de Fife, passer au Cl de l'épée sa femme,

ses petits enfant, et tous les malheureux qui loi appartiennent en ligne directe. Sans me vanter d'avance comme un insensé, je rais accomplir cette entreprise, avant que le projet se refroidisse. Mais, plus de visions!.... Où sont ces gentilshommes qui sont arrivés? Viens, conduis - moi vers eux.

SCÈXK II.

Bntmoi u f^mmo d« MACDUFF, M» au « ROSSE.

LADY MACDUFF

Qu'avait-il fait qui pût le forcer à quitter son pays?

ROSSE

Il faut vous armer de patience , madame.

LADY MACDUFF

Il n'en a pas eu, lui. Sa fuite est un trait de folie : quand nos actions sont innocentes, nos craintes folles nous accusent et nous font paraître des traîtres.

ROSSE

Vous ne savez pas, madame , si son évasion est un conseil de sa sagesse ou de sa peur.

LADY MACDUFF

De sa sagesse? Oui , en effet , laisser sa femme, laisser ses petits enfans, sa maison, tous ses titres, dans un lieu d'où il juge à propos de fuir lui-même ! Il ne nous aime point, il ne sent point les mouvemens de la nature. Le chétif roitelet, le plus faible de tous les oiseaux , pour défendre ses petit» dans son nid, combat contre l'affreux hibou. Bans cette conduite, tout est crainte, et rien n'est amour ; et il n'y a point de sagesse dans une fuite qui lui fait tourner le dos à la raison.

ROSSE

Chère cousine, soumettez-vous vous-même a la raison ; car pour votre époux, il est généreux, sage et judicieux , et il connaît parfaitement ce qu'exigent les circonstances du temps. Je n'ose pas trop m'expliquer davantage ; mais ce sont des temps bien cruels, que ceux où nous sommes des traîtres sans nous en douter nous-mêmes; où notre imagination, alarmée par nos craintes, saisit avidement tous les bruits, sans que nous sachions ce que nous pouvons craindre en effet', et où nous

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