‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 381 sur 689 · TOMB · texte numérisé non relu

TOMB

dresse l'avait revêtue. Sûrement son oflènse riou être d'un genre contre nature , un prodige d'atrocité; ou bien l'affection que vous lui aviez cidevant solennellement assurée s'est étrangement pervertie. Et croire d'elle ce prodige , c'est un fait surnaturel qui répugne à ma raison, et que sans un miracle je ne croirai jamais.

CORDF.IJA.

Je demande une dernière grâce à votre majesté. — J'avoue que je n'ai point ce langage onctueux, cet art de prodiguer les paroles sans dessein d'effectuer. Ce que j'ai résolu , je le fais avant d'en parler. Mais daignez déclarer que , si je perds vos bonues grâces et votre amitié , ce n'est pas que je sois souillée d'aucun crime, d'aucun vice; que j'aie déshonoré mon sexe par aucune bassesse , ni par aucune action indigne de moi; et que toute ma faute est de ne pas avoir ( cette privation fait ma richesse) un œil avide qui mendie sans cesse, et une langue que je suis loin d'envier , quoiqu'il m'en coûte la perte de votre tendresse.

LEAR

Il vaudrait mieux pour toi n'être jamais née , que de m'a voir ainsi déplu.

LE ROI DE FRANCE

N'y a-t-il que ce reproche? Un caractère avare de paroles, mais qui sans parler agit. — Duc de Bourgogne, quelle réponse faites-vous à cette princesse? L'amour n'est plus amour dès qu'il s'y mêle des considérations étrangères; de frivoles intérêts ne sont point son véritable objet. Parlez, voulez-vous la prendre pour épouse ? Elle est ellemême sa dot.

LE DUC DE BOURGOGNE

Auguste Lear, donnez-moi seulement la part que vous aviez d'abord offerte de vous-même ; et ici , à l'instant même , je prends la main de Cordclia , et la salue duchesse de Bourgogne.

LEAR

Rien : je l'ai juré ; je suis inflexible.

LE DUC DE BOURGOGNE

Je suis vraiment fâché qu'en perdant tout à fait le cœur d'un père , il vous faille aussi perdre un époux.

CORDELIÀ.

Que la paix accompagne le duc de Bourgogne ! Puisque ces considérations de fortune forment tout son amour , je ne serai point son épouse.

LE IlOI LEAR.

LE nOI DE FRANCE.

Bol le Cordelia, sans fortune, vous n'en êtes que plus riche à mes yeux. Plus on tous délaisse, plus vous devenez un choix précieux; plus on vous dédaigne, plus vous êtes aimée. Je m'empare ici de votre personne et de vos vertus; qu'il me soit permis de prendre pour moi le trésor qu'on rejette. — Dieux, dieux ! par un contraste étrange , leur froideur et leurs dédains ne font qu'enflammer davantage mon amour, et l'exalter jusqu'à l'adoration. — Roi, ta fille sans dot, et jetée comme à l'abandon et au hasard de mon choix , est ma reine, la reine de mes sujets et de notre belle France. Tous les ducs de l'humide Bourgogne ne rachèteraient pas de moi cette fille rare et inappréciable. — Cordelia , faites-leur vos adieux , quoiqu'ils vous aient maltraitée : vous avez où retrouver plus que vous ne perdez ici

LEAR

Elle est à toi, roi de France : prends-la tout entière. Moi , je n'ai point de fille de cette espèce, et jamais mes yeux ne reverront une seule foi» son visage. Ainsi , pars de notre cour, sans nos bonnes grâces, sans notre amitié, et sans notre bénédiction. Venez , noble duc de Bourgogne.

[ Fanhre*. Lear et lo duc de Bourgogne torlML ) LE ROI DE FRANCE.

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