‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 382 sur 689 · aites vos adieux à vos sœurs · texte numérisé non relu

aites vos adieux à vos sœurs

CORDELIA

Vous , les favorites de mon père, Cordelia vous quitte les yeux pleins de larmes. Je vous connais bien, et je sais ce que vous êtes; mais je suis votre sœur, et je sens une répugnance extrême à nommer vos défauts par leurs vrais noms. Aimez bien notre père ; je recommande sa vieillesse à votre sein si fécond en protestations. Mais, hélas! si j'étais encore dans ses bonnes grâces, je voudrais lui donner un meilleur asile. Adieu à toutes les deux.

REGAN.

Ne nous prescrivez pas notre devoir.

GONERIL

Songez plutôt à contenter votre époux, qui, par pitié, daigne vous prendre sans fortune et vous sauver de la mendicité. Vous avez manqué d'obéissance; et vous méritez que votre époux vous rende l'indifférence que vous avez montrée pour votre père.

CORDELIA

Le temps développera les replis où la ruse s'en- '

veloppe et se cache. Les fautes qu'il voile d'abord, il les démasque à la fin , et les livre à h bome. Puissiez-vous prospérer !

LE ROI DE FRANCE

Venez, ma belle Cordelia.

( La roi de Fraocc M CotdeJi* •ortcni. ) GONERIL.

Ma sœur, j'ai bien des choses a vous dire sor un point qui nous touche de près toutes deux. Je crois que mon père doit partir d'ici ce soir.

REGAN.

Rien de plus certain, il va vivre chez vous; et le mois prochain ce sera mon tour.

GONERIL

Vous voyez à combien de caprices si vieillesse est sujette : nous venons d'en avoir sous les yeux une preuve bien forte. Notre cadette était celle qu'il avait toujours le plus aimée : vous avez vu comme il vient de la bannir de son cœur et de sa maison. L'imbécillité de son jugement est visible.

REGAN.

C'est la faiblesse de l'âge. Cependant 0 ne s'est jamais trop bien connu lui-même.

GONERIL

Les plus belles, les plus mûres années de sa vie n'ont été qu'inconséquence et bizarrerie. 11 faut donc nous attendre qu'aux défauts invétéré» de son caractère naturel, l'âge va joindre encore les emportemens de l'humeur fâcheuse qu'amène avec elle l'infirme et colère vieillesse.

REGAN.

Il y a toute apparence que nous aurons à essuyer de lui quelque boutade pareille à celle <u» loi a fait bannir Kent.

GONERIL

Il reste encore des cérémonies, des formalités à remplir entre le roi de France et lui. Si mon père, avec le caractère que nous lui connaissons, veut retenir l'autorité, cet abandon qu'il nous vient de faire ne sera qu'une source d'affronts pour nous.

REGAN.

Nous y réfléchirons plus sérieusement.

GONERIL

H nous faut prendre quelques mesures, et profiter de ces premiers momens de chaleur.

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