J AH
Allons, bon serviteur, tu me sers en ami, je le remercie : tu m'as donné là des arrhes de ton zèle et de ton attachement.
(Il donne d* l'srgem * Kent,)
(Entre le fon.)
LE FOU
Laisse - moi le prendre aussi à mes gages. — Tiens, voici mon bonnet de fou.
(Il le lai présente.)
LEAR
Eh bien , mon joli drôle, comment t'en va?
LE FOU
Mon garçon , tu feras bien de prendre mon bonnet de fou (1).
LE COMTE DE KENT
Pourquoi , fou ?
LE FOU
Pourquoi? Parce que tu t'attaches au service d'un homme tombé dans la disgrâce. Du côté d'où le vent souffle , tu n'as pas de beaux jours à espérer : toi , qui ne sais pas flatter et sourire à la faveur, tu ne feras pas fortuue au service de ton nouveau maître. Allons, prends mon bonnet, te dis-je. Eh , oui : cet homme a banni de lui pour jamais deux de ses filles, et a rendu la troisième heureuse , bien malgré lui. Si tu t'attaches à ses pas, il faut que tu portes mon bonnet. — Mon oncle (2) , je voudrais avoir deux bonnets de fou et deux filles.
La raison , mon enfant?
LE FOU
Si je leur abandonne tout mon revenu , je garderai mon bonnet pour moi-même. Voilà le mien ; demande le second à tes filles.
LEAR
Prends garde d'être châtié.
LE FOU
I a vérité est le chien de garde qu'on renvoie à sa loge , et dont le sort est d'être chassé à coups de fouet , tandis que la Diane favorite peut à son aise tenir le coin du feu, et empester son maître.
(1) Sur la pointe du bonnet des fous était cousue une pièce de drap rouge , coupée en forme de crête de coq ; de là le mot coxiomb , ciCtc de coq , pour signifier d'abord un bonnet de fou , et ensuite un fou , un étourdi, un écervelé . un faquin plein de vent cl de fatuité.
(2) Mon oncle, expression de familiarité , et pa ruplion IVoncle, qu'on lira dans la suite.