‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 421 sur 689 · LE V1E1LI.ARD · texte numérisé non relu

LE V1E1LI.ARD

Mendiant et fou tout à la fois.

LE COUTE GLOCESTER

11 lui reste donc encore quelque lueur de rai-

son , puisqu'il mendie. Pendant la tempête de la nuit dernière , j'ai vu un de ces malheureux, et en le considérant, je n'ai vu dans l'homme qu'un ver. Mon fils alors m'est venu dans la pensée ; et cependant ma haine pour lui n'était pas encore éteinte dans mon cœur. J'ai bien appris des choses depuis. Nous sommes pour les dieux ce que les insectes sont pour les enfans : ils nous écrasent pour leur amusement.

EDGAR h ptrt.

Comment cela a-t-il pu lui arriver? — C'est un bien triste rôle que de contrefaire l'homme devenu insensé à force de chagrin , et d'affliger les autres en s'affligeant soi-même ! — Dieu te garde , maître.

LE COMTE DE GLOCESTER

Est-ce là ce malheureux tout nu?

LE VIEILLARD

Oui, monseigneur.

LE COMTE DE GLOCESTER

Quitte -moi. Si en considération de ton ancien attachement pour moi , tu veux encore nous conduire à deux milles d'ici, sur le chemin qui mène à Douvres, rends-moi ce service. Va chercher auparavant quelque vêtement pour couvrir la nudité de ce malheureux ; je le prierai de me conduire.

LE VIEILLARD

Hélas î seigneur, il est fou.

C'est un temps bien désastreux que celui où les fous conduisent les aveugles. Fais ce que je t'ordonne, ou plutôt ce que tu voudras; mais, surtout , vieillard , retire-toi , et laisse-nous.

LE VrEILLARD.

Je vais lui apporter le meilleur manteau que je possède, quoi qu'il puisse m'en arriver.

(Il tort.)

LE COMTE DE GLOCESTER

Xou garçon , homme tout nu.

EDGAR

Le pauvro Tom gèle de froid. — (a P.r».) Je ne puis feindre plus long-temps.

LE COMTE DE GLOCESTER

Viens près de moi , ami.

EDGAR

Et cependant , il faut que je dissimule encore. — Bon vieillard , que le ciel guérisse les cher», yeux ; ils saignent.

LE ROI LEAR

LE COMTE DE OLOC ESTER

Sais-tu le chemin de Douvres î

Borne ou barrière, grand chemin ou sentier, je connais tout Le pauvre Tom a été privé de sa raison. Bon vieillard , le ciel te préserve du malin esprit ! Cinq démons sont entrés à la fois dans le pauvre Tom : Obidicut, celui de la luxure ; Hobbididance , le prince des muets; Mahu , celui des voleurs; Modo, des meurtriers; et Fiibbcrtigibbet , celui des contorsionistes et des grimaciers , qui maintenant possède les femmes de chambre et les suivantes. Sur ce, que le ciel te bénisse, maître î

LE COMTE DE GLOCESTER

Tiens, prends cette bourse, toi que les fléaux du ciel ont abattu de tous leurs traits : mon infortune fait ton bonheur. — Dieux , agissez toujours de même. Que l'homme qui méprise vos lois au sein d'une abondance superflue , et qui, regorgeant d'alimens et de richesses, ne veut pas voir le malheureux , parce qu'il n'a jamais senti les besoins , ressente incessamment le poids de votre puissance. Bientôt une juste distribution réparerait l'inégalité , et chaque homme aurait le nécessaire. — Connais-tu Douvres ?

EDGAR

Oui, maître,

LE COMTE DE GLOCESTER

Là s'élève une montagne dout la tête s'avance et pend en précipice sur la mer qui écume à ses pieds. Conduis-moi seulement à la dernière extrémité de sa cime. J'ai sur moi un effet précieux dont le prix soulagera la misère qui t'accable : une fois là , je n'ai plus besoin de guide.

EDGAR

Donne-moi ton bras ; le pauvre Tom ta te conduire,

(DjwtenlO

8CÈINE n.

kl TkLklB DO DOC d'aLBAMB.

Roimt GONERIL « EDMOND.

GONERIL

Soyez le bien-venu, monseigneur. Je m'étonne que mon ;l(|>oiinairc époux ne soit pas venu

au-devant de nous. ( a rinteodam.) Où est votre maître?

l'intendant.

Il est ici , madame ; mais jamais homme ne fut si changé. Je lui ai parlé de l'armée qui vient de débarquer ; il s'est mis à sourire. Je lui ai dit que vous veniez ; il m'a répondu : Tant pû! Je l'ai informé de la trahison de Glocester, et du service signalé rendu par son fUs, il m'a traité d'insensé, et il m'a reproché d'avoir mis le trouble et le désordre partout Ce qui devrait lui déplaire est ce qui le charme; et ce qui devrait lui faire plaisir l'offense.

GONERIL » Edmond.

En ce cas, vous n'irez pas plus loin. — Une crainte pusillanime a glacé son cœur, et Pempéche de rien oser. Il ne voudra pas sentir les injures qui lui commandent la vengeance. — Les vœux que nous formions sur la route pourraient bien s'accomplir. Retournez , Edmond , vers mon frère ; bâtez la marche de ses troupes, et mettez-vous à leur tête. Je vois bien qu'il faut faire un échange avec mon mari : il faut que je lui mette ma quenouille dans les mains, et que je prenne son épée. Cet homme sera notre fidèle agent Si vous savez tout oser pour servir votre fortune, vous recevrez dans peu les ordres d'une amante. Prenez ce gage. (EUe iflidonii« on med'toioar.) Épargne les paroles, détourne la tète... Ce baiser, s'il osait parler, te ferait exhaler ton ame tout entière dans un transport Conçois-moi bien, et prospère. EDMOND.

Tout à vous , jusque dans les rangs sanglans où sera la mort.

(iiiort.)

GONERIL

O mon cher Glocester ! oh! quelle vaste différence entre un homme et un homme ! C'est à toi qu'appartient le cœur d'une femme. Mon imbécile mari usurpe la possession de ma personne. l'intendant.

Voici monseigneur.

(Entre le duc d'Albanie.) GONERIL.

On a trouvé que je valais la peine d'être cherchée.

LE DUC D'ALBANIE

O Goneril ! vous ne valez pas la vile poussière que le vent souffle sur votre visage Je connais votre caractère. Celle qui méprise la source où elle a puisé l'existence ne peut plus connaître ni frein,

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