‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 426 sur 689 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

plongeant la vue au fond de cet abîme ! le milan et la corneille, qui volent dans les airs vers le milieu de la montagne, paraissent à peine de la grosseur de la cigale. — Sur le penchant, à micôte , je vois un homme suspendu à des rochers , cueillant du fenouil marin. Le dangereux métier! Cet homme ne me parait pas plus gros que sa tête. — Ces pêcheurs , qui marchent sur la grève , ressemblent à des belettes qui trottent. — Ce grand vaisseau là-bas à l'ancre, paraît petit comme sa chaloupe, et sa chaloupe comme la bouée, qu'où finit d'apercevoir. Jamais on n'entendit mieux le bruit des vagues froissées contre les stériles et innombrables cailloux des rivages. Je ne veux plus regarder ; ma raison se perdrait, et mes yeux une fois éblouis , je tomberais la tête la première.

LE COMTE DE GLOCESTEB

Placez-moi à l'endroit où vous êtes.

EDGAB.

Donnez-moi votre main : vous voilà maintenant à un pied du bord. Pour tous les biens qui sont sur le globe, je ne voudrais pas m'élancer en avant.

LE COMTE DE GLOCESTER

Quitte ma main. Tiens, mon ami, voilà une autre bourse : il y a dedans un joyau précieux , qui vaut bien la peine d'être accepté par un homme pauvre. Éloigne-loi, dis-moi adieu ; que je t'entende partir.

EDGAB , faisant Mnablant do >« mirer.

Adieu, mon bon seigneur.

LE COMTE DE GLOCESTER

De tout mon cœur.

EDGAR

Pourquoi faut-il que je me joue ainsi de son désespoir î Hélas ! je le fais pour le guérir.

LE COMTE DE GLOCESTER

O vous, dieux puissans ! je renonce à ce monde; et en votre présence je secoue sans regret le fardeau de mon affreuse infortune. Si je pouvais le supporter plus long-temps sans m'exposer à murmurer contre vos saints et insurmontables décrets, je laisserais user jusqu'à la fin ce reste méprisable du flambeau de mes jours. — Si Edgar vit encore , comblez-le de vos faveurs ; oh ! bénissez-le, et le rendez heureux. — Adieu, maintenant , ami.

f 11 Mttte , <*t lombo do ta haolfur §ur !« plaine/»

EDGAR

Adieu , seigneur. — J'ignore par quelle fantaisie bizarre l'homme peut se voler lui-même le trésor de sa vie, lorsque la vie va d'elle-même , à tout instant , se livrer à la mort. — S'il avait été où il croyait être, il serait mort. — Ètes-vous vivant ou mort? Holà, mon ami, m'entendezvous? Parlez donc. Il serait bien possible qu'il fût mort ; mais non , il revient à lui — Eh bien ! qui êtes-vous ?

LE COMTE DE GLOCESTER

Loin d'ici ; laisse-moi mourir.

EDGAR

Si tu n'avais pas été aussi léger que la plume , le duvet ou l'air , en tombant de cette énorme hauteur, tu te serais brisé comme un verre. Mais je le vois , tn respires ; lu es d'une substance solide ; et ton sang ne coule point. Parle, n'es-tu pas blessé? Dix mâts attachés l'un au bout de l'autre , n'atteindraient pas au sommet d'où tu as été précipité à pic Ta vie est un miracle, parle-moi donc.

LE COMTE DE GLOCESTEB

niais suis-jc tombé ou non ?

EDGAR

De l'effroyable cime de cette montagne de craie. — Lève les yeux et vois cette hauteur où l'alouette ne serait ni aperçue ni même entendue, malgré sa voix perçante. Regarde seulement en l'air.

Hélas ! je n'ai plus d'yeux. — L'infortuné n'a donc pas même la ressource de finir ses maux par la mort et de tromper la rage du tyran qui l'opprime !

EDGAR

Donnez-moi votre bras ; allons, levez-vous.— Bon. — Comment êtes-vous ? Pouvez-vous vous servir de vos jambes? — Vous pouvez vous soutenir debout ?

LE COUTE DE GLOCESTER

Que trop bien.

EDGAR

C'est la chose la plus miraculeuse t — Sur le sommet de cette montagne , quel être était avec vous , et que j'ai vu s'en aller ?

LE COMTE DE GLOCESTER

Un pauvre et malheureux mendiant.

EDGAR

Comme j'étais ici à le regarder <Fen bas, de»

LE KOI

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