ACTE I, SCÈNE I1L
ni, nous noas sommes levées au même instant, nous avons étudié, joué, mangé toujours ensemble , et partout où nous sommes allées, nous marchions toujours comme les cygnes de Jnnon, formant un couple inséparable.
LE DUC
EDe est trop rusée pour toi ; sa douceur, son silence même, et sa patience, préviennent le peuple en sa faveur, et on la plaint. Tu es une insensée ; elle te vole ta renommée ; tu auras plus d'éclat, et tes vertus brilleront davantage, après qu'elle sera partie : ainsi ne réplique point; rien ne saurait changer l'arrêt irrévocable que j'ai prononcé contre elle : elle est bannie,
CELLE
Prononcez donc aussi, monseigneur, la même sentence contre moi ; car je ne saurais vivre séparée d'elle.
LE DUC
Vous êtes nne folle.— Vous, ma nièce, songez a faire vos préparatifs ; si vous passez le temps que je vous ai fixé , je vous jure, sur mon honneur et sur ma parole solennelle, que vous
(Le dw tort avec m mIu.) CELTE.
0 ma pauvre Rosalinde, où iras-tu? Veux-tu que nous changions de pères? Je t'abandonnerai le mien. Je t'en conjure , ne sois pas plus affligée que je le suis.
ROSALINDE
J'ai bien plus sujet de l'être.
Tu n'en as pas davantage, chère cousine ; console-toi, je l'en prie : ne sais-tu pas que le duc m'a bannie, moi, sa fille?
ROSALINDE
C'est ce qu'il n'a point fait
CF.LTE.
Il ne l'a point fait, dis-tu? Rosalinde ne sent donc pas cet amour qui me dit que toi et moi ne font qu'une? Quoi! on nous arrachera l'une à l'autre? Quoi! nous nous séparerons, aimable amie? Non; que mon père cherche une autre héritière. Allons, concertons ensemble les moyens de nous enfuir ; voyons où nous irons, et ce que nous emporterons avec nous; et ne prétends pas te charger seule du fardeau , ni porter seule tes chagrins, et me laisser à l'écart; car, dis tout ce que tu voudras, je te jure, par ce ciel sombre
qui parait triste de notre douleur, que j'irai partout avec toi.
ROSALINDE
Mais où irons-nous?
ROSALINDE
Hélas! de jeunes filles comme nous , quel danger ne courrons-nous pas en voyageant si loin? La beauté tente les voleurs encore plus que Ifor.
CELTE
Je mettrai les habits simples et grossiers de I» pauvreté , et avec une sorte de gros rouge , je me défigurerai le visage ; fais-en autant , et nous, passerons dans les routes sans être remarquées, et sans exciter personne à nous attaquer.
ROSALINDE
Ne vaudrait-il pas mieux, étant d'une taille plus qu'ordinaire , que je m'habillasse tout a fait en homme? Une belle et large épée a mon côté , une lance dans ma main , et ( que mon cœur cache toute la peur d'une femme déguisée ) j'aurai un extérieur fanfaron et martial , aussi bien que tant d'hommes méchans , qui cachent leur poltronnerie sous les apparences de la bravoure.
CELTE
Comment t'appellerai-jc bisque tu seras uo homme?
ROSALINDE
Je ne veux pas porter un moindre titre que 1» nom du page de Jupiter : ainsi , songe bien à m'appeler Ganymèdc; et toi, quel nom veux-Ut» avoir?