CRUE
Quoi , cousine ! quoi , chère Rosalmde ! — Grâce, Amour, un peu de pitié. — Pas un mot !
ROSAUNDE.
Pas un mot à jeter à un chien.
CÉLIE
Non ; tes proies sont trop précieuses pour être perdues en vain; mais daigne en accorder quelques unes à ta cousine , à ton amie : allons, accable-moi de ta raison.
ROSALINDE
Alors il y aurait deux cousines accablées: l'une qui serait accablée par la raison, l'autre par une folie sans raison.
Mais tout ceci regarde-t-il votre père ?
ROSALINDE
Non ; il y en a une partie pour le père de mon enfant (1). — Oh! que ce monde misérable est rempli de ronces et d'épines !
CÉLIE
Ce ne sont que des chardons , cousine , jetés sur toi par jeu , dans un jour de féte et de folie ; mais
(1) Mon futur époux-
COMME VOLS L'AIMEZ
ROSALINDE
Moi, mon onde?
LE DUC
Vous-même ; et si dans dix jours vous tous trouvez à vingt milles de notre cour, tous mourra.
ROSALINDE
Je supplie Totre altesse de permettre que j'emporte avec moi la connaissance de ma faute. Si j'ai quelque correspondance avec mes pensées, si mes propres désirs me sont connus , si je ne suis point dans l'erreur des songes ou du délire , comme je crois avec confiance n'y pas être, alors, cher oiicle, je vous proteste que jamais je n'offensai votre altesse , pas même par une pensée à demi éclose dans mon sein.
si nous ne marchons pas dans les sentiers battus et frayés, ils s'attacheront à nos robes.
ROSALINDE
S'ils ne tenaient qu'à ma robe , je la secouerais et Os tomberaient ; mais ces épines sont dans mon cœur.
CELTE
Àrracbe-les de ton sein.
ROSALINDE
J'essaierais, s'il ne fallait que dire hem! pour
CÉLIE
Allons, allons, il faut lutter contre tes affections.
ROSALINDE
Oh 1 elles sont dans les intérêts d'un meilleur lutteur que moi.
CÉLIE
Que le ciel te protège l Tu voudras essayer de tes combattre dans un temps , même au danger d'une chute. — Mais laissons la toutes ces plaisanteries , et parlons sérieusement : est-il possible que tu tombes aussi subitement et aussi éperdument amoureuse du plus jeune des fils du vieux chevalier Rowland?
ROSALINDE
Le duc, mon père , aimait passionnément son père.
S'ensuit-il de là que tu doives aimer passionnément son fils? Si je suivais cette espèce de logique, je devrais le haïr ; car mon père baissait passionnément son père; cependant je ne hais point Orlando.
ROSALINDE
Non, je t'en prie, pour l'amour de moi, ne le hais pas.
céijil
Pourquoi le haïrais- je T N'est-il pas plein de mérite?
( Knlrp le dnr aree dei seigneurs.) ROSALINDE.
Permets donc que je l'aime pour celte raison ; et toi, aime-le, parce que je l'aime. — Mais regarde , voilà le duc qui vient.
CÉLIE
Avec des yeux pleins de courroux.
LE DUC
Hâtez- vous, mademoiselle , de partir et de vous retirer de notre cour.
LE DUC
Tel est le langage de tous les traîtres : si leur justification dépendait de leurs paroles, ils seraient aussi innocens que l'innocence même. Qu'A vous suffise que je me défie de vous.
Votre méfiance ne suffit pas seule pour faire de moi une perfide. Dites-moi quels sont les indices de ma trahison.
LE DUC
Tu es fille de ton père , et c'est assez.
ROSALINDE
Je l'étais aussi, lorsque votre altesse s'est emparée de son duché; je l'étais, lorsque votre ailesse Ta banni. La trahison ne se transmet pas comme un héritage , monseigneur; ou si elle passait de nos parens à nous , qu'en résulterait-il encore contre moi ? Mon père ne fut jamais un traître : ainsi , mon bon seigneur, ne me faites pas rinjustice de croire que ma pauvreté me rende perfide.
CÉLIE
Cher souverain, daignez m'entendre.
LE DUC
Oui, Célie, ce n'est que pour l'amour de vous que nous l'avons retenue ici; autrement, elle aurait suivi le sort de son père.
CÉLIE
Je ne vous priai pas alors de la retenir ici , tous suivîtes votre libre volonté et votre propre pitié ; j'étais trop jeune dans ce temps-là pour apprécier tout ce qu'elle valait ; mais maintenant je la connais. Si elle est une traîtresse, moi j'en suis donc une aussi : nous avons toujoure partagé le même