OMAN DO
On ne songeait guère à vous plaire , lorsqu'elle fut baptisée.
JAQUES
De quelle taille est-elle?
ORLANDO
COMME VOUS L'AIMEZ
JAQUES
Vous êtes plein de jolies réponses. N'auriez- vous pas connu quelque femme d'orfèvre, et ne lui auriez-vous pas escamoté des bagues?
ORLANDO
Pas do tout. Mais je vous réponds en vrai style de toile peinte (1) ; car c'est là que vous avez étudié toutes les questions que vous me faites.
JAQUES
Vous avez un esprit bien léger; je pense qu'il provient des talons d'Atalante (2). Voulez-vous vous asseoir avec moi , et nous déclamerons tous deux contre nos maîtresses, contre le monde, et notre mauvaise fortune?
ORLANDO
Je ne veux censurer aucun être vivant dans le monde, que moi seul, dont je connais le mieux les défauts.
JAQUES
Le plus grand défaut que vous ayez est d'être
ORLANDO
C'est un défaut que je ne changerais pas contre votre plus belle vertu. Je suis las de vous.
(1) Dan» les édifices publics, les appartemens étaient ordinairement lendas de ces tapisseries que Falstaff appelle waiir-work , ouvrage à l'eau , peinture en détrempe. Il y avait apparemment sur ces tapisseries des sentences morales peintes, sortant de la bouche des lietsonnages. Steevens.
(2) Fille de Stbénéos , roi de l'Ile de Scjros , dinairement belle et légère à la course.
JAQUES
Par ma gorge ! je cherchais un fou , quand je
vous ai trouvé.
Il est noyé dans le ruisseau : tenez, regardez dans l'eau , et vous l'y verrez.
JAQUES
J'y verrai ma propre figure.
ORLANDO
Que je prends pour celle , ou d'un fou , ou d'un zéro en chiffre.
JAQUES
Je ne resterai pas plus long-temps avec vous : adieu, bon seigneur V Amour.
(Hacrt.)
ORLANDO
Je suis charmé de votre départ : adieu , monsieur la Mélancolie.
( Orlaado . CélU» et Ronllada •'•vaacwi. ) ROSALINDE.
Je veux lui parler du ton d'un valet impertinent, et sous cet habit jouer avec lui le rôle d'un impudent vaurien. — llolà ! garde , m'entendezvous?
ORLANDO
Très bien; que voulez-vous?
ROSALINDE
Quelle heure est-il , je vous prie ?
ORLANDO
Vous devriez plutôt me demander à quelle portion du jour nous sommes ; car il n'y a pas d'horloge dans la forêt
ROSALINDE
II n'y a donc pas de vrais amans ; autrement, les soupirs qu'ils pousseraient à chaque minute , les gémissemens qu'on entendrait à chaque heure, marqueraient les pas du pied paresseux du temps , aussi bien qu'une horloge.
ORLANDO
Et pourquoi ne dites-vous pas le pied léger du temps? Cette expression n'aurait-elle pas été aussi propre?
ROSALINDE
Point du tout : le temps chemine d'un pas différent, selon la différence des personnes : je vous dirai , moi , avec qui le temps va l'amble , avec qui il trotte, avec qui il galope, et avec qui il s'arrête.