ACTE III, SCÈNE II
pèce d'homme est-ce T Sa tête est -elle digne de porter un casque , et son menton de porter une barbe?
CÉLIE
Non; il n'a qu'une barbe très courte.
ROSALLNDE.
Eh bien ! Dieu lui en enterra une plus longue, s'il est reconnaissant envers le ciel. J'attendrai patiemment sa croissance , pourvu que tu ne diffères pas de me foire connaître le menton qui en est décoré.
C'est le jeune Orlando, qui an même instant vainquit le lutteur de mon père et votre cœur.
ROSAL1NDE.
Trêve de plaisanteries, je t'en conjure; parle sérieusement et en fiOe d'honneur.
CÉLIE
De bonne foi , cousine, c'est
Orlando ?
ROSALTNDE.
Hélas! que vont devenir mon pourpoint et mon baut-de-chausses? — Qu'a-t-il fait, lorsque tu Tas vu? qu'a-t-il dit î quel air avait-il ? où est-il allé? qu'est-il venu faire ici? m'a-t-il demandée? où réside-t-il? comment t'a-t-il quittée? et quand le reverras-tu ? Réponds-moi en un seul mot,
CELLE
11 faut donc que vous commenciez par m'eroprunter la bouche de Gargantua ; ce mot que vous me demandez est d'un trop gros volume pour aucune bouche de ce siècle : répondre à la fois oui et non à toutes ces questions, est une tâche plus difficile que de répondre aux demandes d'un ca-
ROSAL1NDE.
Maïs sait-il que je suis dans cette forêt, et que j'y suis sous les habillemens d'un homme? — Dismoi : paraît-il aussi frais qu'il l'était le jour qu'il lutta?
Il est aussi aisé de nombrer les atomes que de résoudre les questions d'une amante ; mais prends une idée de la manière dont je l'ai rencontré, et savoures-en bien tout le plaisir. Je l'ai trouvé sous un chêne , comme l'on y trouve un gland tombé.
ROSALLNDE.
On peut bien appeler ce chêne l'arbre de Jupiter, s'il en tombe un pareil fruit
Continue, k II était étendu là
un chevalier qui est
ROSALLNDE.
Quoiqu'on ne puisse voir sans pitié un pareil objet , dans cette attitude il devait être charmant.
CELLE
Contiens ta langue, je t'en prie; elle fait là des complimens qui sont bien hors de saison. Il était
ROSALIXDE.
O mauvais présage I il vient pour percer mon
Je voudrais chanter ma chanson sans refrain , et tu me fois toujours sortir du ton.
ROSAUNDE.
Ne savez- vous pas que je suis femme? Ce que je pense, il faut que je le dise. Poursuis, ma chère.
(Entrent Oriaado M Jeque».)
CELLE
Vous me faites perdre le ûl de mon récit. — Doucement, n'est-ce pas lui qui vient ici ?
ROSALLNDE.
C'est mi -même; sauve-toi, et remarque-le bien.
(«lie et RoMliade te retirent.) JAQUES.
Je vous remercie de votre compagnie ; mais en vérité j'aurais autant aimé être seul
ORLANDO
Et moi aussi; mais cependant, pour la forme seulement, je vous remercie aussi de votre compagnie.
JAQUES
Qne Dieu soit avec vous! Ne nous rencontrons que le plus rarement que nous pourrons.
ORLANDO
Je souhaite que nous devenions l'un pour l'autre
JAQUES
Negttez plus les arbres, je vous prie, en écrivant des chansons d'amour sur leur écorce.
ORLANDO
Et tous, ne gâtez plus mes vers, je vous en prie, eu les lisant de si mauvaise grâce.
JAQUES
Rosalinde est le nom de votre maltresse ?
ORLANDO
Ooï , précisément
JAQUES
Je n'aime pas ce nom-là.