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htn.1 LE PAYSAN (TOUCHSTONE) , AUDRET
« JAQUES q« 10* (MU*.
LE PAYSAN
Allons rite, chère Audrey ; je vais chercher tos chèvres, Audrey. Eh bien , Audrey, suis-jc toujours l'homme qui tous platt ? Êtes-vous contente des traits simples de ma physionomie?
AUDREY
Vos traits, Dieu nous garde! Quels traits?
LE PAYSAN
Je suis ici arec toi et tes chèvres, comme jadis l'honnête Ovide, le plus capricieux des pot tes, était parmi les Goths.
JAQUES
O science plus déplacée que Jupiter ne le serait dans une chaumière !
LE PAYSAN
On est moins confondu d'étonnement de voir arriver le long mémoire d'un petit écot dans un petit cabaret borgne, qu'on ne l'est en voyant quelqu'un qui ne saurait comprendre les vers d'un homme, et dont l'entendement (enfant précoce et vif) ne seconde pas le bon sens : vraiment, je voudrais que les dieux t'eussent faite poétique.
AUDREY
Je ne sais ce que c'est que "poétique : cela estil honnête dans le mol et dans la chose? Cela at-il quelque vérité ?
LE PAYSAN
Non vraiment ; car la vraie poésie est la plus remplie de fictions, et les amoureux sont adonnés à la poésie; cl ce qu'ils jurent en poésie, comme amans, on peut dire qu'ils le feignent comme |)oèles.
AUDREY
Comment pouvez-vous donc souhaiter que les dieux m'eussent faite poétique ?
LE PAYSAN
Oui vraiment, je le souhaiterais; car tu me jures que lu es honnête. Eh bien ! si tu étais poète, je pourrais avoir quelque espoir que lu feins.
AUDREY
Est-ce que vous voudriez que je ne fusse pas houiiêteî
LE PAYSAN
Non vraiment , à moins que tu ne fusses laide ; car l'honnêteté accouplée avec la beauté est de trop ; c'est du miel ajouté à du sucre.
JAQUES fcpart.
Quel sot chargé de science !
AUDREY
Eh bien ! je ne suis pas jolie ; ainsi , je prie les dieux de me rendre honnête.
LE PAYSAN
Mais, vraiment, donner de l'honnêteté à une laideron , c'est la perdre et placer une rose sur un fumier.
AUDREY
Je ne suis point une malhonnête fille : ainsi je remercie les dieux de m'avoir faite laide.
LE PAYSAN
Très bien : que les dieux soient loués pour ta laideur ! la malhonnêteté pourra venir après. Qu'il en soit ce qu'on voudra , je veux me marier avec toi ; cl pour cela j'ai vu Sir Olivier Mar-Text , vicaire du village voisin , lequel m'a promis de se trouver dans cet endroit de la forêt, et de nous accoupler.
JAQUES kpart.
Je serais bien charme de voir cette rencontre.
Al'DREY.
Eh bien , que les dieux nous donnent la joie et le bonheur!
LE PAYSAN
Ànwii ! Je fais là une entreprise capable do faire reculer un homme qui aurait le cœur timide; car nous n'avons ici d'autre temple que le bois , d'autre assemblée que celle des bêtes à cornes. Mais qu'est-ce que cela fait? Courage : si les cornes sont odieuses , elles sont nécessaires. Beaucoup d'hommes n'en connaissent pas l'avantage. — Oui : bien des maris en ont de bonnes et belles, et n'en connaissent pas la propriété. Eh bien î c'est le douaire de leurs femmes ; ce n'est pas un bien qui vienne du mari et de ses propres acquêts. — Des cornes! Oui, des cornes. — N'y a-t-il que les pauvres gens qui en aient? Non , non. Le plus noble cerf les porte aussi grandes que le cerf le plus chétif. — L'homme qui vit seul est-il donc heureux ? Non. Comme une ville entourée de murailles vaut mieux qu'un village , de même le front couronné d'un homme marié est bien plus honorable que le front ras et nu d'un jeune garçon. Et si l'escrime et l'arme valent mieux que l'impuis-
COMME VOLS L'AIMEZ
sance et l'incapacité , il vaut donc mieux porter corne que de n'en pas avoir.
(En ira Sir Olirler Mar-Text.)
Voilà Sir (1) Olivier. — Sir Olivier Mar-Text, vous êtes le bien-venu. Voulez-vous nous expédier ici sous cet arbre, ou irons-nous avec vous à votre chapelle ?
sm OLIVIER.
N'y a - 1 -il personne ici pour présenter la femme (2)?
LE PAYSAN
Je ne veux la recevoir endon de la main d'aucun homme.