ACTE I, SCENE Iî
SATURNINUS
Andronicus , je ne te flatte point ; mais je t'honore , et je t'honorerai tant que je vivrai. Si tu ▼eux seconder mon parti de tes amis, j'en serai reconnaissant ; et la reconnaissance est un noble et digne salaire pour les ames généreuses.
TITUS
Peuple romain . et vous , tribuns du peuple, je demande vos voix et vos suffrages ; voulez - vous en accorder la faveur à Andronicus?
MARCUS
Tour récompenser le brave Andronicus, et le féliciter de son retour à Rome, le peuple acceptera l'empereur qu'il aura nommé.
TITUS
Tribuns, je vous rends grâces : je demande donc que vous élisiez empereur le (ils aîné de votre dernier souverain, le prince Saturninus, dont j'espère que les vertus réfléchiront leur éclat sur Rome, comme le soleil réfléchit ses rayons sur la terre, et mûriront la justice dans toute cette république. Si votre choix veut confirmer ma voix, courounez-le et criez : Vive notre empereur !
MARCUS
De la voix et desapplaudissemcns unanimes de la nation, des patriciens et des plébéiens, nous créons Saturninus empereur, souverain de Rome, et nous crions : Pive Saturninus notre empereur !
(Une longue fanfare, jusqu'à ce que les tribuns descendent.) SATURNINUS.
Titus Andronicus, en reconnaissance de la faveur de ton suffrage dans notre élection, je te fais les remercîmens que méritent tes importons services , et je veux payer par des effets ton zèle obligeant ; et d'abord , pour premier essai de mes bienfaits, et voulant illustrer ton nom et ton honorable famille, je veux élever ta fille Lavinia au titre d'impératrice , la faire à la fois la souveraine de Rome et de mon coeur, et la prendre pour épouse dans le Panthéou sacré. Parle, Andronicus, cette proposition a-t-elle ton agrément?
Elle me flatte infiniment , mon digne souverain ; je me tieus singulièrement Ironoré de cette alliance ; et ici , à la vue de Rome , je consacre à Saturninus, le maître et le chef de notre république, l'empereur du vaste univers, mon épée, mon char de triomphe et mes captifs : présens
TOHC 1.
dignes du souverain maître de Rome. Daignez recevoir, comme un tribut que je vous dois, les marques de mon honneur abaissées à vos pieds.
SATURNINUS
Merci, noble Titus, toi, le créateur de mon existence. Rome se souviendra combien je suis fier de ton alliance et de tes dons; et lorsqu'il m'arrivera d'oublier jamais le moindre de tes inappréciables services, Romains , oubliez aussi vos scrinens de fidélité envers moi.
TITUS à Tentera.
Maintenant , madame , vous êtes la prisonnière de l'empereur; d'un homme, qui , en considération de votre rang et de votre mérite, vous traitera avec noblesse ainsi que votre suite.
SATURNINUS
Une belle dame, assurément! et du teint dont je voudrais choisir mon épouse , si mon choix était encore à faire. — Belle reine, écartez ces sombres nuages dont votre front est attristé : quoique la fortune de la guerre vous ait fait subir cette étrange révolution, vous ne venez point pour être méprisée dans Rome ; partout vous serez traitée en reine. Reposez-vous sur ma parole , et n'éteignez pas toute espérauce dans l'abattement. Madame, celui qui cherche à vous consoler peut vous faire plus que n'est la reine des Goths. —Lavinia , vous n'êtes pas choquée de ce que je viens dédire?
LAVINIA
Moi, monseigneur? Non. Vos nobles intentions me garantissent que ce compliment n'est qu'une politesse qui sied bien à un prince.
SATURNINUS
Je vous rends grâces, aimable Lavinia. — Romains, sortons. Nous rendons ici la liberté à nos prisonniers sans aucune rançon ; vous, seigneurs, faites proclamer notre élection au son des tambours et des trompettes.
BASSIAN'US a'enptranl de LavinU.
Seigneur Titus, permettez, cette jeune fille est à moi.
TITUS
Quoi! agissez -vous sérieusement, monseigneur?
BAS51ANU9.
Oui , noble Titus , et je suis résolu de me faire justice à moi-même, et de reprendre ce qui m'appartient.
(L'enperear (ail m cour ■ Tamara per signée.)
TITUS ANDROMCUS.
1 ensemble pour me déshonorer. N'y avait-il donc dans Rome que Sa tu minus dont tu
iiarci's. I il me faut du temps pour me fier à celui qu m'a
Cnacun son droit (1) est la loi de notre justice j joué une fois; jamais tu n'auras ma confiance, ni romaine : ce prince en use et ne reprend que toi , ni tes fils perfides et insolens » tous ligués son bien.
LUCics.
Et il en restera le i»ssesseur tant que Lucius ' l'objet de ton insulte et de ton mépris? Cette coovivra. | duite, Andronicus, cadre bien avec l'insolent
Tires. ! propos que tu tiens, que j'ai mendié l'empire de
Traîtres , loin de moi. Où est la garde de l'empereur? Trahison, seigneur! Lavinia est ravie. SATURNINUS.
Ravie! par qui?
BASS1ANUS
Par celui qui peut avec justice enlever au monde l'épouse qui est fiancée avec lui.
MUTIIS.
Ries frères, aidez-nous à la conduire en sûreté hors de cette enceinte ; et moi , avec mon épée , je me charge de garder cette porte.
TITUS
Suivez-moi, monseigneur, et bieutôt je la ramènerai daus vos bras.
Monseigneur , porte.
TITUS
Quoi! jeune traître, tn min dans Rome?
ne passerez point cette
mon che-
(II h lac.)