ACTE I, SCÈNE II
TITUS
11 ne m'est pas ordonné de suivre la cour de cette épouse. — Titus , quand donc t'es-lu jamais vu ainsi seul, ainsi déshonoré, et provoqué par mille affronts?
(Entrai torcu Àndro-icn.. Ladw, QaiaM* «Mar-aa.) MARCUS.
Ah! vois, Titus, vois ce que tu as fait; tu as tue un vertueux fils, tué dans une injuste querelle.
mes.
Non , tribun insensé , non ; il n'est point mon fils, — ni toi, ni ces hommes confédérés dans l'attentat qui a déshonoré toute notre famille. Indigne frère, indignes enfans!
lucius.
Mais donnez-lot du moins la sépulture convenable, donnons à Mutius une part dans le tombeau de ses frères.
TITUS
Traîtres, écartez-vous : il ne reposera point dans cette tombe. Ce monument subsiste depuis cinq siècles ; et je l'ai réparé et orné à grands frais : ici ne reposent que les guerriers , les enfans qui ont servi Rome ; eux seuls ont droit à ce tombeau glorieux : il ne renferme point de rebelle tué dans une querelle honteuse 1 Enterrez-le où vous pourrez, il n'entrera pas ici.
MARCUS
Mon frère, c'est en vous une barbare impiété : les exploits de mon neveu Mutius parlent en sa faveur ; il doit être euseveli avec ses frères.
(Lei enfani de Tilas parleat.) LES FILS.
Et il le sera, ou nous l'accompagnerons.
TITUS
Et U le sera, dites-vous? Quel est l'insolent qui a proféré ce mot?
QUINTUS
Celui qui le soutiendrait en tout autre lieu que celui-ci.
TTTCS.
Quoi ! voulez* vous l'y ensevelir malgré moi?
MARCUS
Non , noble Titus ; mais nous te prions de pardonner à Mutius, et de lui accorder la sépulture.
TITUS
M arc us, c'est toi-même qui as souillé ma gloire d'opprobre; c'est toi qui, avec ces ingrats, as
blessé mon honneur : je vous mets au rang de mes ennemis. Ne m'importunez plus davantage, et retirez-vous.
Il est dans le délire. Retirons-nous.
QUINTUS
Moi, non , qu'après que les ossemens de Mutius seront ensevelis.
( U fc«ro « let «nta» «'«genoailleni. )
MARCUS
Mon frère , la nature parle dans ce titre.
QUINTUS
Mon père, la nature parle dans ce nom.
TITUS
Ne me parlez plus, si vous aimez votre bon-
MARCUS
Illustre Titus , toi , qui es plus que la moitié de mon ame.
Cher père, l'âme et la su bstance de nous tous. . .
MARCUS
Permets que ton frère Marcus enterre ici, dans l'asile de la vertu , son noble neveu qui est mort dans la cause de l'honneur et de Lavinia : tu es Romain, ne sois donc pas barbare. Les Grecs, mieux conseillés , consentirent à ensevelir Ajax qui s'était tué lui-même , et le sage fils de Laèrte plaida avec une éloquence touchante pour ses funérailles : ne refuse donc pas l'entrée de ce tombeau au jeune Mutras qui faisait ta joie.
TITUS
Lève-toi , Marcus , lève-toi. — Le plus désastreux jour que j'aie vu jamais , c'est celui-ci ; me voir déshonoré par mes enfans dans le sein de Rome même! Allons, ensevelissex-le.... et moi après. ^ ^
Cher Mutins, repose ici avec tes frères, jusqu'à ce que nous venions orner ta tombe de glorieux trophées, (m t'igt-oain-ot tooj, «t du*nt.) Que personne uc verse des larmes pour le noble Mutius : il vil dans la gloire , celui qui meurt pour la cause de la vertu.
MARCUS
Monseigneur,— pour faire diversion à ce mortel chagrin , — dites-moi comment il arrive que la rusée reine des Gotbs se trouve soudain la souveraine de Rome.
TITUS ANDR0N1CUS
Tins.
Je l'ignore , Mnrcus ; mais je sais que rien n'est plus vrai. Si c'était un projet , ou l'ouvrage du moment , je ne puis le dire. Mais n'a-t-elle donc pas une immense obligation à l'homme qui l'a amenée d'un pays si lointain , pour monter ici à cette fortune suprême? Oui, et sans doute elle le récompensera généreusement.
( Cae fanfare. — Reatrent l'mipnwr, Tamora, Cbiroa et Déroeiria», are* le More Aama, par ane porte; Bajaianv* et Ueinia, a»ec d'astre» , paraiateot à I autre porte.}
SATURNINUS
Ainsi, Bassianos, tous vous êtes emparé de votre proie ; que le ciel vous rende heureux dans la possession de votre brave épouse !
BASSIANUS
Et vous , dans la jouissance de la vôtre , monseigneur : je n'en dis pas davantage , ni ne vous en souhaite pas moins; et je vous tais mes adieux. SATURNINUS.
Traître, si Rome a des lois, ou nous du pouvoir, toi et ta faction, vous vous repentirez de ce rapt.
BASSIANUS
Vous appelez rapt, monseigneur, prendre mon bien, mon amante lidèle, dont la foi m'a été solennellement engagée, et qui est maintenant mon épouse? Mais que les lois de Rome en décident; en attendant, je suis possesseur de mon bien.
SATURNINES.
C'est bien, seigneur. Vousêtes vif et précis avec nous ; mais, si nous vivons, je serai aussi tranchant avec vous.
BASSIANUS
Monseigneur, je dois répondre de ce que j'ai fait du mieux que je pourrai ; et j'en répondrai sur ma téte. Je n'ai plus qu'une observation à faire à votre majesté. — Par lous les devoirs que je dois à Home , ce noble Romain , Titus que voilà ici , est outragé dans l'opinion d'autrui et dans son honneur; lui , qui , pour vous rendre Lavinia, a tué de sa propre main son plus jeune fils, par zèle pour vous , et enflammé de colère de se voir traversé dans le don qu'il avait fait sincèrement de sa fille. Rendez-lui donc vos bonnes grâces, Satuminus , à lui qui dans toutes ses actions s'est montré le père et l'ami de Rome et de vous.