‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 508 sur 689 · CÈ VE IV · texte numérisé non relu

CÈ VE IV

fern AARON «fecQUINTUS « MARCUS.

AARON

Venez , messeigncurs : posez en avant le pied le plus ferme ; je vais tout à l'heure vous conduire à la fosse dégoûtante où j'ai découvert la panthère profondément endormie.

QLINTL'S.

Ma vue est extrêmement obscurcie, quel qu'on soit le présage.

MARCUS

Et la mienne aussi , je vous \e proteste. S'il n'y avait pas de la honte , je laisserais volontiers notre chasse dormir une pause.

(lUrem tombe d«M U tout.)

QUINTUS

Quoi ! es-tu tombé? Quel dangereux précipice , dont la bouche est couverte d'un amas de ronces épineuses, dont les feuilles sont teintes d*nn sang tout nouvellement répandu , et aussi frais que la rosée du matin distillée sur les fleurs ! Cet endroit me semble fatal. — Parle-moi , frère , t'es-tu blessé dans ta chute?

MARCUS

O frère , je le suis de l'aspect du plus triste objet dont la vue ait fait gémir un cœur.

AARON k part.

Maintenant, je vais chercher le roi , et l'amener ici , afin qu'il les y trouve ; par là il aura uu indice probable que ce sont eux qui ont assassiné son frère.

MARCUS

Pourquoi ne me consoles-tu pas, ne m'aides-tu pas à me retirer de cette exécrable fosse toute souillée de sang?

QUINTUS

Je me sens transi d'une terreur extraordinaire , une sueur glacée parcourt tous mes nerfs tremblans : mon cœur soupçonne plus d'horreur que n'en voient mes yeux.

MARCUS

Pour te prouver que ton cœur devine juste , Aaron et toi , plongez votre œil au fond de cette caverne, et voyez un affreux spectacle de mort et de sang.

QUINTUS

Aaron est parti ; et mon cœur, pénétré de pitié , ne peut permettre à mes yeux de regarder l'objet dont le soupçon seul le fait frissonner. Fais-m'en la description : jamais, jusqu'à ce mo-< ment, je n'avais eu la pareille faiblesse de m'épouvanter ainsi de je ne sais quelle crainte.

MARCUS

Le seigneur Bassianus est gisant en un monceau, comme un agneau égorgé, dans cet antre detes- I table , ténébreux et abreuvé de sang.

TITUS ANDKONHXS.

qutntus.

S*a est si sombre , comment veux-tu distinguer que c'est lui?

À son doigt tout sanglant qui porte un anneau précieux (l)dont les feux éclairent toute cette profondeur ; il brûle comme une lampe sépulcrale dans un monument brille sur les visages terreux des morts rangés autour : telle la pâle lueur èc la lune tombait sur Pyrame , gisant dans la nuit , et baigné dans son sang. — O mon frère , aide-moi de ta main défaillante.... Si la crainte t'a rendu aussi faible que je le suis.... Aide-moi à sortir de ce cruel et dévorant repaire, aussi odieux que la bouche fangeuse du noir Cocyte.

QUJNTUS.

Tends-moi la main, afin que je puisse t'aider à remonter... ou, si la force me manque pour t'attirer à moi , que je sois entraîné par ton poids dans le sein de cet abîme , tombeau de l'infortuné Bassianus. Ab ! je n'ai pas la force de t'ailircr sur le bord.

MARCUS

Et moi , je n'ai pas la force de monter sans tou secours.

QUINTUS

Donne-moi ta main encore ; je ne la lâcherai pas cette fois que tu ne sois dehors , ou moi au I fond. — Tu ne peux venir à moi : je vais donc à loi.

{ Il tombe dans la carême.) (Entrent Pemperenr et Aaron.)

SATCRNINUS.

Accompagnez -moi. — Je veux voir celte caverne , et quel est celui qui vient de s'y précipiter. — Parle , qui es-tu , toi , qui viens de descendre dans celte crevasse de la terre ?

Le malheureux fils du vieillard Andronicus , conduit ici par la plus fatale destinée, pour y trouver ton frère Bassianus mort.

SATURNINES.

Mon frère mort? Tu ne parles pas sérieusement : son épouse et lui sont vers le nord de la

(1) On suppose ici que celle bagne renferme une cscarboncle, qui jette non pas une lumière réfléchie, mais une lumière qui lui est propre. Boyle croit à son eiisienee.

Joiiinso*.

forêt, au rendez-vous de cette agréable chasse ; t n'y a pas encore une heure que je l'y ai laissé.

MARCUS

Nous ne savons pas où vous l'avez laissé vivant : mais, bêlas, nous l'avons ici trouvé mort.

( Entreat Tamora et H mite, Aodronico» et Latin».) TAMORA.

Où est mon seigneur, le roi?

SATURNINUS

Ici, Tamora ; mais navré d'un chagrin mortel.

TAMORA

Où est ton frère Bassianus ?

SATURNINUS

Oh ! tu touches au fond de ma plaie : l'infor-

C'est donc trop tard que je t'apporte ce fatal écrit , où est le complot de ce malheur tragique et prématuré ; et je suis bien étonnée que le visage d'un homme puisse cacher dans les replis (Tua sourire gracieux tant de cruauté et de barbarie.

( Elle donne une lettre à Satarainoa.) SATURNINUS la lit.

« Si nous manquons de le joindre à propos , — » officieux chasseur, — c'est Bassianus que nous > disons , — songe seulement à creuser un tom- » beau pour lui ; tu nous entends. — Va chercher » ta récompense dans les orties au pied d'un su- » reau , qui couvre de son ombrage l'ouverture » de cette même fosse ; fais cela , et tu acquerras » en nous des amis durables. »

O Tamora ! a-t-on jamais entendu pareille horreur? Voici la fosse, et voilà l'arbre : voyez, amis, si vous pourriez découvrir le chasseur qui doii avoir assassiné ici Bassianus.

AARON

Mon gracieux seigneur, voici le sac d'or.

(Illeam.tr*.)

SATURNINUS > Tito..

l>eux monstres nés de toi , tigres cruels et sanguinaires , ont ici ôté la vie à mon frère. — Seigneurs, arrachez-les de la fosse pour les traîner en prison; qu'ils y restent jusqu'à ce que nous ayons inventé pour leur supplice des tortures nouvelles et inouïes.

TAMORA

Quoi , sont-ils dans cette fosse? 0 prodige î avec quelle facilité ce meurtre s'est découvert î

Auguste empereur, je vous demande à genoux

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