DÉMÉTRIUS «CHIRON
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LAVINIA
DÉMÉTRIUS
Va maintenant; dis, si tu peux parler, qui t'a coupé la langue et t'a déshonorée.
CHIRON
Ecris ta pensée, publie tes sentimens , et si tes bras mutilés le veulent, fais l'oflice d'écrivain.
DÉMÉTRIUS
Vois si elle ne peut pas encore avec des signes et des Indices nous accuser.
CHIRON
Va , rentre dans ta demeure , demande de l'eau de senteur et lave tes mains.
Elle n'a point de langue pour appeler ses gens, ni de mains à laver : ainsi laissons-la libre à ses
CHIRON
Si fêtais à sa place , j'irais me pendre.
DÉMÉTRIUS
Oui , si lu avais des mains pour t'aider à serrer le uœud fatal.
( Dimctrim et Chifop Mrfat.) i M a. -cm te preienie ■ UtioU.)
MARCIS
Qui est-ce ? — Ma nièce , qui fuit si rapidement? Chère nièce, un mot : où est ton mari? Si c'est un songe , je voudrais pour tous mes trésors en être délivré par le réveil; et si je suis éveillé, que l'influence de quelque astre fatal me renverse à terre , et me plonge dans un sommeil éternel. — Parle-moi, chère nièce, quelle main féroce et sans pitié t'a ainsi mutilée? qui a privé ton corps de ses deux branches, qui l'ornaient si agréablement ? Des rois auraient été heureux de s'endormir, pressés dans leurs doux embrassemens . et la moitié de ta tendresse eût été le plus grand bonheur qu'ils pussent jamais obtenir. Pourquoi ne me réponds-tu pas? — Hélas! un ruisseau de sang fumant , comme une source bouillonnante et agitée par le vent , sort et tombe entre tes deux lèvres de rose ; il coule , il s'arrête , avec le souffle de ta respiration. Sûrement quelque nouveau Téréc a profané ta fleur, et pour t'empêcher de découvrir son forfait , t'a tranché la langue. Ah ! je le vois, la honte te fait détourner de moi ton visage confus, — et malgré tout ce sang que tu perds, et qui sort comme des issues d'un canal , tes joues se colorent encore et s'enflamment comme la face de Titan, lorsqu'il rougit d'être assailli par un nuage. Répondrai-je pour toi? Dirai-je que cet affreux malheur est certain? Que ne puisrje lire dans ton cœur, et connaître cette bête féroce, afin que je puisse soulager mon ame à l'accabler de mes reproches! Le chagrin renfermé, comme un four étoupé, brûle et calcine le cœur où il es» logé. La belle Philomèle ne perdit que la langue , et elle parvint à broder ses sentimens sur un ennuyeux canevas; mais, toi, mon aimable nièce, cette ressource t'a été enlevée. Tu as rencontré un Térée (1) plus cruel et plus rusé, qui t'a coupé
(I) D'après la mythologie iprcquc. Téréc. m ■»«
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