MARGES
Adieu, maintenant, toute illusion Y Meurs, Andronicus; tu ne sommeilles pas : vois les têtes de tes deux fils , ta main guerrière tranchée , ta fille mutilée, ton autre fils banni, pâle et inanimé , à cet horrible aspect; et moi, ton frère, muet et immobite comme une statue de pierre. Ah ! je ne
veux plus chercher a modérer ton désespoir; arrache tes cheveux blancs, tranche de tes dents ton autre main , et que cette affreuse vie ferme enfin tes yeux trop infortunés. Voilà le moment de te livrer à toute la tempête de ta rage : pourquoi restes-tu paisible?
TITUS
Ha, ha, ha.
MARCUS
Pourquoi ris-tu? ce n'est guère te moment.
TITUS
Il ne me reste pas une seule larme de plus à verser. D'ailleurs ce désespoir est un fatal ennemi, qui veut usurper les pleurs de mes yeux, et les aveugler à force de lui payer te tribut de leurs larmes. Par quel moyen trouverai-je la caverne de la vengeance? Car ces deux têtes semblent me parler, et me menacer de ne jamais entrer dans le séjour du bonheur, jusqu'à ce que tous ces forfaits retombent sur ceux qui les ont commis. Allons I voyons quelle tâche il me faut remplir. — Vous, tristes compagnons, environnez-moi en cercle, afin que je puisse me tourner vers chacun de vous, et jurer à mon ame de venger vos affronts. Le vœu est prononcé. — Allons, mon frère, prends une tête; et moi, je porterai l'autre dans cette main. Lavinia, tu seras employée dans cette entreprise : porte ma main, chère fille , entre tes dents ; toi , jeune homme , va-t'en de ma vue. Tu es un banni , et tu ne dois plus rester ici : cours vers les Goths, et lève parmi enx une forte armée ; et si tu m'aimes, comme je crois que tu m'aimes, embrassons -nous et séparons -nous, car nous avons bien des choses à faire.
,„ . . . , (Daaorteoc) (Rmu LocIm.)
LCCIUS.
Adieu, Andronicus, mon noble père, le mortel le plus malheureux qui ait jamais vécu dans Rome ! Adieu, superbe Rome ! Lucius laisse ici , jusqu'à son retour, des gages plus chers que sa vie. Adieu, Lavinia, ma vertueuse sœur: ah ! que tu fusses encore ce que tu étais auparavant! Mais à présent Lucius et Lavinia ne vivent plus que dans l'oubli et dans un abîme de chagrins insupportables. Si Lucius vit, il vengera vos outrages, et forcera te fier Saturninus et sa reine cruelle à demander grâce aux portes de Rome, comme autrefois Tarqum et sa reine. Je vais chez les Goths, et j'assemblerai une armée pour me venger de Rome et de Saturninus.
lUaort.: