‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 517 sur 689 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

pas le nom! — Allons, commençons : chère Aile, mange de ce mets. — Il n'y a point à boire ! Écoute, Marcus, ce qu'elle veut dire. — Je suis en état d'interpréter tous ses signes douloureux. Elle dit qu'elle n'avale d'autre boisson que ses larmes, brassées avec ses sanglots, et fermentées sur ses joues. Muette infortunée , je m'instruirai à entendre ta pensée ; et je deviendrai aussi habile à connaître tes gestes muets, que les ermites mendians sont familiers avec leurs prières. Tu ne pousseras point de soupir, tu n'élèveras point tes bras mutilés vers le ciel , tu ne feras pas un clin d'œil , un signe de tête , une inclination du genou, aucun geste enfin, que je n'en compose un alphabet, et que je ne parvienne, par une pratique assidue, à pénétrer toutes tes intentions.

LE JEUNE LUCIUS

Mon bon grand-père, laisse ces plaintes amères , et égaie ma tante par quelque conte joyeux.

marcus.

flélas ! ce tendre enfant , ému de nos douleurs, pleure de voir le chagrin de son grand-père.

TITUS

Calme-toi, tendre rejeton; ton être fragile n'est formé que de larmes , et ta vie s'écoulerait bientôt avec elles. (1*km fnpp* i« puu *>n coaieao.) Que voulais-tu frapper de ton couteau , Marcus?

MARCUS

Ce que j'ai tué , monseigneur ? un insecte.

TITUS

Malédiction sur toi, meurtrier! Tu assassines mon cœur : mes yeux sont rassasiés de voir la tyrannie. Un acte de mort exercé sur un être innocent ne sied point au frère de Titus. — Sors de ma présence, je vois que tu n'es pas fait pour être ma société.

MARCUS

Hélas! monseigneur, je n'ai tué qu'on insecte,

TITUS

Eh quoi ! si cet insecte avait un père? comme tu le verrais , ses ailes délicates et dorées pendantes, frapper l'air de son murmure gémissant ! Pauvre et innocent insecte , qui était venu ici pour charmer nos maux par son bourdonnement mélodieux ; et tu l'as tué !

MARCUS

Pardonnez , seigneur : c'était un insecte noir et difforme , semblable au More de l'impératrice :

voilà pourquoi je l'ai tué.

TITUS ANDRONÏCUS.

TITDS.

Oh ! alors pardonne-moi à moi-même de t'avoir blAmé ; car tu as fait un acte charitable. Donnemoi ton couteau; je veux outrager son cadavre , me faisant illusion , comme si je voyais en lui le More, qui serait venu exprès pour m'empoisonner. — Voilà pour toi , et voila pour Tamora. Ah ! scélérat ! —Et je ne crois pas que nous soyons encore réduits si bas, que nous ne puissions entre nous tuer un insecte, qui vient nous offrir la ressemblance de ce noir et odieux More.

MARCUS

! l'infortuné ! la douleur a fait tant de i avages sur lui, qu'il prend de vains fantômes pour des objets réels.

TITDS.

Allons t levons-nous. — Lavinia , viens avec moi ; je vais a mon cabinet : je veux lire avec toi les tristes aventures arrivées dans les temps anciens. — (Aa jeune Lodtu.) Viens, mon enfant : ta vue est jeune , et tu liras lorsque la mienne corn à se troubler.

(IbiOTtaM.)

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