‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 53 sur 689 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CASSIO

Hélas ! la douce et bonne ame !

OTHELLO à p*rt.

Voyez, comme il rit déjà!

JAGO

Je n'.

CASSIO

Oh ! la tendre créature ! je crois en effet qu'elle

OTHELLO «part.

Je comprends, oui, il nie la chose faiblement, puis sourit,

JAGO

», Cassio?

OTHELLO k part.

il le presse de lui raconter toute rhistoire. — Va , poursuis : bien dit , bien dit.

Elle se vante partout que vous allez l'épouser. Serait-ce votre dessein ?

CASSIO

Ah!ah!ah!

OTHELLO k ptrt.

lu triomphes, misérable ! tu triomphes !

CASSIO

Moi, l'épouser ! —Qui? une courtisane? Grâce, je vous prie, pour ma raison : daignez la croire un peu moins dépravée. Ah ! ah ! ah !

OTHELLO » ptrt.

Oui , oui , la joie après la victoire. —

JAGO

En vérité, le bruit court que vous l'é

De grâce, pariez vraL

JAGO

Qoe je sois le plus vil des hommes si je vous en impose!

OTHELLO à part.

As-tu (ait le compte de mes jours? Va , va. cassio.

C'est un propos de cette créature. Elle se sera , dans l'ivresse de sa passion, persuadé que je l'épouserai. Cette chimère la flatte ; mais nulle promesse de ma part.

OTHELLO k part.

Jago me fait signe : sans doute il va commencer l'histoire.

CASSIO

Elle était ici il n'y a qu'un instant ; elle m'obsède partout. L'autre jour j'étais sur le bord de la mer, causant avec quelques Vénitiens : tout à coup arrive l'étourdie, et se jette ainsi à mon

OTHELLO k part.

S'écriant : O mon cher Cassio! C'est ce que son geste exprime, je le vois.

CASSIO

Et elle y reste attachée , s'y abandonne , et me noie dans ses pleurs, et me tourmente, et m'entraîne. Ah! ah! ah!

OTHELLO k part.

Le voila qui lui peint la manière dont elle Ta entraîné dans ma chambre. Oh ! je vois ta perfidie sur ton visage : quand verrai- je sur ton cceut les vautours que j'y veux attacher?

CASSIO

Il faut que j'évite sa rencontre.

JAGO

Devant moi! Tenez, la voilà qui vient.

(Bntra Biaaca.)

Ardente comme une biche dans la saison de ses amours! Mais celle-ci parfume l'air sur sa trace,—

OTHELLO

(a BiûBo» ) Que prétendez-vous en me poursuivant do la sorte?

Que toutes les furies de l'enfer tous poursuivent! Vous-même, qu'avcz-vous prétendu par ce mouchoir que vous m'avez remis tantôt? J'étais une bonne dupe de le prendre ! Et ne faut-il pas que j'en copie le dessin? Oui, sans doute, il est bien vraisemblable que vous l'avez trouvé dans votre chambre, sans savoir qui peut l'y avoir laissé. C'est un gage amoureux de quelque sirène , et c'est moi qui dois en copier le dessin ! Tenez , rendez-le à votre belle. De quelque part qu'il vous vienne, je n'en broderai pas un point

CASSIO

Comment, ma douce Bianca? Quoi donc?

quoi donc?

OTHELLO a part.

Par le ciel ! voilà sûrement mon mouchoir.

BIANCA

Si vous voulez venir souper ce soir, vous en êtes le maître; sinon venez dès qu'il vous plaira.

Suivez-la, suivez-la.

CASSIO

Il le faut bien , sans quoi elle va semer des propos dans la ville.

JAGO

Soupez-vous chez elle?

CASSIO

Oui, c'est mon projet.

JAGO

Peut-être pourrai-jc vous y voir, car j'ai vraiment besoin de causer avec vous.

CASSIO

Venez-y, je vous prie. Vous viendrez?

JAGO

N'en dites pas plus, partez.

(C«»io tort.;

OTHELLO

De quelle mort le tuerai-je, Jago?

JAGO

Avez-vous remarqué comme il dans son infâme action?

OTHELLO

» OJago!

Et le mouchoir, l'avez-vous vu?

OTHELLO

Etait-ce le mien?

JAGO

Le vôtre, j'en fais serment Et de voir le cas qu'il fait de cette femme insensée , votre épouse! Elle lui a donné ce mouchoir, et il court le donner à sa maîtresse!

OTHELLO

Je voudrais le posséder neuf ans entiers mourant sous ma main. — Une femme accomplie! une belle femme ! une femme si douce!

JAGO

H vous faut oublier tout cela.

OTHELLO

Oui, qu'elle périsse, qu'elle soit détruite, anéantie cette nuit , car elle ne vivra plus. — Oui , mon cœur est changé en marbre ; je sens sa dureté : il repousse ma main. — Oh ! l'univers n'avait pas une plus douce créature! — Elle était digne de partager la couche d'un empereur et de lui imposer ses lois.

JAGO

Eh ! ce n'est pas là votre objet.

OTHELLO

Qu'elle soit maudite! Je ne dis que ce qu'elle est en effet. — Si adroite aux ouvrages de l'aiguille ! — Une musicienne admirable ! — Oh ! les accens de sa voix charmeraient la férocité d'un tigre! Tant de noblesse, de ressources et de variété dans l'esprit !

JAGO

Elle n'en est que plus coupable avec tant de qualités.-

OTHELLO

Oh! mille, mille fois plus! Et d'une naissance si honnête!

JAGO

Ah ! trop honnête.

OTHELLO

Oui , cela est certain ; mais vois , Jago, quelle pitié! — Oh! Jago! quelle pitié, Jago! — qu'une

JAGO

Si vous idolâtrez jusqu'à sa perfidie, donnezloi pleine licence de vous outrager : car, si l'injure ne vous touche point, elle n'offense per-

OTHELLO

Je veux la mettre en pièces. — Me dé&ho-

JAGO

Oh! cela est infâme de sa part!

Arec an de mes officiers!

JAGO

Cela est plus infâme encore.

OTHELLO

Tronre-moi du poison , Jago, pour cette nuit Je ne veux point entrer en explications avec elle, de peur que mon ame, domptée par l'ascendant de sa beauté , ne demeure sans défense. — Cette nuit, Jago!

JAGO

Laissez là le poison : étranglez-la plutôt dans son Ut , oui , dans le lit qu'elle a souillé.

OTHELLO

Bonne, bonne idée! j'en aime la justice. Excellente idée!

JAGO

Et pour Cassio, laissez-moi faire : je me charge de lui : vers minuit, vous en saurez davantage.

(Une trom pacte m (kit entendre i OTHELLO.

Oh! excellente!.... Qu'annonce cette pet te?

JAGO

Sûrement quelque nouvelle de Venise. Ah! c'est Lodovico envoyé par le doge. Et voyez, votre épouse l'accompagne.

(Entrent Lodorico , Deedcmooa et leur faite.) LODOVICO.

Salut, digne général.

OTHELLO

Recevez le mien, seigneur.

LODOVICO

Le duc et le sénat de Venise vous saluent

Cil preaenlo une dépêche à Othello.)

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