SCÈNE I
CASSIO
Hélas ! la douce et bonne ame !
OTHELLO à p*rt.
Voyez, comme il rit déjà!
JAGO
Je n'.
CASSIO
Oh ! la tendre créature ! je crois en effet qu'elle
OTHELLO «part.
Je comprends, oui, il nie la chose faiblement, puis sourit,
JAGO
», Cassio?
OTHELLO k part.
il le presse de lui raconter toute rhistoire. — Va , poursuis : bien dit , bien dit.
Elle se vante partout que vous allez l'épouser. Serait-ce votre dessein ?
CASSIO
Ah!ah!ah!
OTHELLO k ptrt.
lu triomphes, misérable ! tu triomphes !
CASSIO
Moi, l'épouser ! —Qui? une courtisane? Grâce, je vous prie, pour ma raison : daignez la croire un peu moins dépravée. Ah ! ah ! ah !
OTHELLO » ptrt.
Oui , oui , la joie après la victoire. —
JAGO
En vérité, le bruit court que vous l'é
De grâce, pariez vraL
JAGO
Qoe je sois le plus vil des hommes si je vous en impose!
OTHELLO à part.
As-tu (ait le compte de mes jours? Va , va. cassio.
C'est un propos de cette créature. Elle se sera , dans l'ivresse de sa passion, persuadé que je l'épouserai. Cette chimère la flatte ; mais nulle promesse de ma part.
OTHELLO k part.
Jago me fait signe : sans doute il va commencer l'histoire.
CASSIO
Elle était ici il n'y a qu'un instant ; elle m'obsède partout. L'autre jour j'étais sur le bord de la mer, causant avec quelques Vénitiens : tout à coup arrive l'étourdie, et se jette ainsi à mon
OTHELLO k part.
S'écriant : O mon cher Cassio! C'est ce que son geste exprime, je le vois.
CASSIO
Et elle y reste attachée , s'y abandonne , et me noie dans ses pleurs, et me tourmente, et m'entraîne. Ah! ah! ah!
OTHELLO k part.
Le voila qui lui peint la manière dont elle Ta entraîné dans ma chambre. Oh ! je vois ta perfidie sur ton visage : quand verrai- je sur ton cceut les vautours que j'y veux attacher?
CASSIO
Il faut que j'évite sa rencontre.
JAGO
Devant moi! Tenez, la voilà qui vient.
(Bntra Biaaca.)
Ardente comme une biche dans la saison de ses amours! Mais celle-ci parfume l'air sur sa trace,—
OTHELLO
(a BiûBo» ) Que prétendez-vous en me poursuivant do la sorte?
Que toutes les furies de l'enfer tous poursuivent! Vous-même, qu'avcz-vous prétendu par ce mouchoir que vous m'avez remis tantôt? J'étais une bonne dupe de le prendre ! Et ne faut-il pas que j'en copie le dessin? Oui, sans doute, il est bien vraisemblable que vous l'avez trouvé dans votre chambre, sans savoir qui peut l'y avoir laissé. C'est un gage amoureux de quelque sirène , et c'est moi qui dois en copier le dessin ! Tenez , rendez-le à votre belle. De quelque part qu'il vous vienne, je n'en broderai pas un point
CASSIO
Comment, ma douce Bianca? Quoi donc?
quoi donc?
OTHELLO a part.
Par le ciel ! voilà sûrement mon mouchoir.
BIANCA
Si vous voulez venir souper ce soir, vous en êtes le maître; sinon venez dès qu'il vous plaira.
Suivez-la, suivez-la.
CASSIO
Il le faut bien , sans quoi elle va semer des propos dans la ville.
JAGO
Soupez-vous chez elle?
CASSIO
Oui, c'est mon projet.
JAGO
Peut-être pourrai-jc vous y voir, car j'ai vraiment besoin de causer avec vous.
CASSIO
Venez-y, je vous prie. Vous viendrez?
JAGO
N'en dites pas plus, partez.
(C«»io tort.;
OTHELLO
De quelle mort le tuerai-je, Jago?
JAGO
Avez-vous remarqué comme il dans son infâme action?
OTHELLO
» OJago!
Et le mouchoir, l'avez-vous vu?
OTHELLO
Etait-ce le mien?
JAGO
Le vôtre, j'en fais serment Et de voir le cas qu'il fait de cette femme insensée , votre épouse! Elle lui a donné ce mouchoir, et il court le donner à sa maîtresse!
OTHELLO
Je voudrais le posséder neuf ans entiers mourant sous ma main. — Une femme accomplie! une belle femme ! une femme si douce!
JAGO
H vous faut oublier tout cela.
OTHELLO
Oui, qu'elle périsse, qu'elle soit détruite, anéantie cette nuit , car elle ne vivra plus. — Oui , mon cœur est changé en marbre ; je sens sa dureté : il repousse ma main. — Oh ! l'univers n'avait pas une plus douce créature! — Elle était digne de partager la couche d'un empereur et de lui imposer ses lois.
JAGO
Eh ! ce n'est pas là votre objet.
OTHELLO
Qu'elle soit maudite! Je ne dis que ce qu'elle est en effet. — Si adroite aux ouvrages de l'aiguille ! — Une musicienne admirable ! — Oh ! les accens de sa voix charmeraient la férocité d'un tigre! Tant de noblesse, de ressources et de variété dans l'esprit !
JAGO
Elle n'en est que plus coupable avec tant de qualités.-
OTHELLO
Oh! mille, mille fois plus! Et d'une naissance si honnête!
JAGO
Ah ! trop honnête.
OTHELLO
Oui , cela est certain ; mais vois , Jago, quelle pitié! — Oh! Jago! quelle pitié, Jago! — qu'une
JAGO
Si vous idolâtrez jusqu'à sa perfidie, donnezloi pleine licence de vous outrager : car, si l'injure ne vous touche point, elle n'offense per-
OTHELLO
Je veux la mettre en pièces. — Me dé&ho-
JAGO
Oh! cela est infâme de sa part!
Arec an de mes officiers!
JAGO
Cela est plus infâme encore.
OTHELLO
Tronre-moi du poison , Jago, pour cette nuit Je ne veux point entrer en explications avec elle, de peur que mon ame, domptée par l'ascendant de sa beauté , ne demeure sans défense. — Cette nuit, Jago!
JAGO
Laissez là le poison : étranglez-la plutôt dans son Ut , oui , dans le lit qu'elle a souillé.
OTHELLO
Bonne, bonne idée! j'en aime la justice. Excellente idée!
JAGO
Et pour Cassio, laissez-moi faire : je me charge de lui : vers minuit, vous en saurez davantage.
(Une trom pacte m (kit entendre i OTHELLO.
Oh! excellente!.... Qu'annonce cette pet te?
JAGO
Sûrement quelque nouvelle de Venise. Ah! c'est Lodovico envoyé par le doge. Et voyez, votre épouse l'accompagne.
(Entrent Lodorico , Deedcmooa et leur faite.) LODOVICO.
Salut, digne général.
OTHELLO
Recevez le mien, seigneur.
LODOVICO
Le duc et le sénat de Venise vous saluent
Cil preaenlo une dépêche à Othello.)