ACTE V, SCÈNE I
AARON
Ne louche pas à cet calant : il est du sang royal.
Ltaus.
Il ressemble trop à son père pour devenir jamais homme de bien. Allons, commencez par pendre l'enfant , et que son père soit témoin de son agonie : spectacle fait pour tourmenter sou cœur.
AARON
Apportez l'échelle pour moi ; mais , Lncius , épargne l'enfant, et porte-le de ma part à l'impératrice. Si tu m'accordes ma prière, je te révélerai d'étonnans secrets, qu'il est de ton plus grand intérêt de connaître; si tu me la refuses, arrive ce qui pourra , je ne parle plus , et que la vengeance vous confonde tous!
LUCIL'S.
Continue , et si ce que tu as à me dire me satisfait, ton enfant vivra, et je me charge de le faire élever.
AARON
Si cela te satisfait? Oh ! sois certain, Lncius, que ce que je te dirai fera le tourment de ton ame ; car j'ai à t'entretenir de meurtres, de viols et de massacres, d'actes horribles, commis dans l'ombre de la nuit , d'abominables forfaits , de complots , de malice noire et de trahison ; de lâches scélératesses dont le récit te fera frémir d'horreur, et qui pourtant ont été exécutées par des motifs de pitié. Tous ces secrets seront ensevelis avec ma vie, si tu ne me jures pas de sauver la vie a mon
LDCIUS.
Révèle ta pensée : je te dis que ton enfant vivra.
AARON
J ure-le , et je commence. 1 LUCTOS.
Par quel dieu jurerai-je? tu ne crois à aucun ! et dès lors , comment peux-tu te fier à un serment?
AARON
Quand je ne croirais à aucun dieu, comme en effet je ne crois à aucun , n'importe : je sais que tu es un homme religieux , et que tu as en toi une voix intérieure qu'on appelle conscience, avec vingt superstitieuses pratiques que je t'ai vu très soigneux d'observer. — J'exige donc ton serment. — Car je sais qu'on idiot se fait un dieu de son hochet, et tient la parole qu'il a jurée par ce
dieu. C'est là le serment que j'exige. — Ainsi ta jureras par le dieu , quel qu'il soit , que tu adores et que tu vénères , de conserver les jours de mon enfant, de le nourrir, et de l'élever, ou je ne te révèle rien. i