ACTE V, SCÈNE III
Ne tous mettez pas en peine ; j'ai de l'ouvrage assez pour vous. — Publius! Caïus! Valcntiu ! venez ici !
(Entrent Publia» et autre*.)
pi;ituus.
Que désirez-vous?
TITUS
Connais-tu ces deux hommes ?
PUBLIUS
Ce sont les fils de l'impératrice; je le croîs , du moins ; Chiron et Démétrius.
TTTC8.
Erreur, Publius , erreur : tu te trompes étrangement. L'un est le Meurtre , et l'autre s'appelle le Viol : en conséquence, enchaîne-les ; bon Publius , Caïus , Valenlin , mettez la main sur eux. Vous m'avez souvent entendu soupirer après cet instant ; je le trouve enfin. Encbalnez-les bien , et fermez-leur la bouche, s'ils veulent crier.
( Titus aort.)
CHIRON
Lâches , arrêtez ! nous sommes les fils de l'impératrice.
PUBLIUS
Et c'est pour cela que nous exécutons son ordre. Fermez-leur la bouche : qu'ils ne puissent pas dire un mot. — Est-il bien garrotté ? Songez à les bien lier.
(Hcatrf Tituj tenant un poignard, et Lavinia tenant an baaain.)
Viens, viens, Lavinia. Vois, tes ennemis sont enchaînés. — Caïus, fermez bien leur bouche; qu'ils ne me parlent pas , mais qu'ils entendent les paroles terribles que je profère. — O scélérats, Chiron et Démétrius! Voici la source pure que vous avez souillée; vous avez osé mêler cette chaste fleur avec voire impure existence. Vous avez tué son époux , et pour ce lâche forfait de vas mains , deux de ses frères ont été condamnés au supplice; ma main a été tranchée, et vous vous en êtes fait un jeu barbare ; ses deux belles mains, sa langue et ce trésor plus précieux encore que sa langue et ses mains , son innocence virginale, traîtres inhumains , vous les avez mutilées et ravies! Que répondriez-vous , si je vous laissais la liberté de parler? Lâches, vous auriez honte de demander grâce. Ecoutez, misérables, comment je me propose de vous tourmenter. Il me reste encore celle main pour vous égorger,
tandis que Lavinia tiendra entre les restes de ses deux bras mutilés le bassin qui va recevoir votre sang criminel. Vous savez que votre mère doit revenir partager mon festin, qu'elle se donne le nom de la V engeance, et qu'elle me croit insensé. —Écoutez, scélérats : j'écraserai vos os en poussière, j'en formerai la croite d'un affreux pâté , où je ferai entrer vos deux têtes odieuses ; et je dirai à cette prostituée, votre exécrable mère , de dévorer, comme le sein de la terre, sa propre progéuiture. Telle est la fête que je prétends lui donner, et voilà les mets dont je veux que ses entrailles se remplissent. Vous avez traité ma fille plus cruellement que ne le fut Philomèlc : je veux m'en venger plus cruellement que ne le fit Progné. Allons, tendez la gorge.— Viens, Lavinia , reçois leur sang ; et quand ils serout morts, je vais réduire leurs os en poudre imperceptible, les humecter de ce vil sang , et (aire cuire leurs têtes dans cet horrible mets. Viens, viens, que chacun se prête et m'aide à préparer ce banquet nouveau : je désire qu'il puisse être plus féroce et plus sanglant que ne le fut la fête des Centaures, (il k» égorge.) Allons, entrez leurs cadavres ici; je veux être le cuisinier, et les voir apprêtés, quand leur mère viendra.
ff la torlest loue.)