TITUS ANDIIOMCUS, — ACTE V, SCÈNE III
MARCUS
Salut, Lucius , souverain empereur de Rome ! Va , va, dans la funeste maison de Titus, et traîne ici ce More impie pour le condamner à une mort des plus sanglantes, des plus cruelles, en punition de sa méchante vie. Salut, Lucius, digne empereur de Rome !
Grâces vous soient rendues, généreux Romains : poissé-jc gouverner l'empire de façon à guérir les plaies de Rome et effacer le souvenir de ses désastres ! Mats, bon peuple, accordezmoi quelques instans, car la nature m'impose une tâche bien douloureuse. — Tenez-vous tous a l'écart. — Et vous , cher oncle , approchez pour verser les larmes sur ce mort respectable. — Ah ! reçois ce baiser brûlant sur tes lèvres pâles et froides. ( u «mbr«»*e Titoi. ) Reçois ces larmes de douleur sur ion visage sanglant : c'est le triste et dernier tribut du respect et de l'amour de ton noble fils.
MARCUS
Oui , larmes pour larmes , et baiser pour baiser , ton frère Marcus te le donne sur tes chères lèvres : fût-elle innombrable , infinie , la somme de ceux que je devrais te payer, je voudrais m'acquitter.
lucius.
Approche ici, jeune enfant : viens apprendre de uous à fondre en pleurs. Ton grand-père t'aimait tendrement : mille fois il t'a bercé sur ses genoux, t'a doucement endormi sur son sein; il t'a tenu mille propos caressans à la portée de ta tendre enfance; en reconnaissance, comme un bon et sensible enfant , répands quelques larmes de tes yeux encore tendres , et paie ce tribut à la nature qui le demande : les amis associent leurs amis à leurs chagrins et à leurs peines : fais-lui tes derniers adieux , dépose-le dans sa tombe ; rends-lui ce pieux devoir, et prends congé de lui.
LE JEUNE LUCIUS
O mon grand-père , mon cher grand-père, oui, je voudrais de tout mon cœur être mort, et qu'à ce pri\ vous fussiez encore vivant. O mon père,
mes larmes m'empêchent de pouvoir parler : tan larmes m'étouffent, si je veux ouvrir la boucl*.
( Eatrcal des Romain», «ve« Aaroa. ) UN DES ROMAINS.
Enfin, triste famille d'Andronicus, terraioo avec le malheur. Prononcez la sentence de « exécrable scélérat, auteur de ces tragiques événcmens.
Enfouissez-le jusqu'à la poitrine dans la terre, et laissez-le périr sans nourriture ; qu'il reste a dans les cris et la rage de la faim : si quelqu'un lui donne du secours et de la pitié , il meurt pour ce crime. Tel est notre amH : que quelqu'un demeure , et veille à ce qu'il soit enfoui et pressé dans la terre.
AARON
Eh Lpourquoi la rage serait-elle muette ? Pourquoi la fureur garderait-elle le silence? Je ne sas pas un enfant, moi, pour aller, avec de basses prières, demander grâce et me repentir des nuo que j'ai faits. Je voudrais, si j'avais encore ou liberté , joindre dix mille forfaits à ceux que fa accomplis ; et si jamais il m 'arriva dans le cours de ma vie de faire une seule bonne action , je m'en repens du fond de mon ame.
Que quelques amis zélés emportent d'ici k corps de l'empereur, et lui donnent la sépulture dans le tombeau de son père. Le mien et La v ion seront sans délai enfermés dans le monument de notre famille. Quant à cette odieuse tigresse, ceti£ Tamora , nuls rites funèbres ne lui seront accordés , nul homme ne prendra pour elle les habiu de deuil , nul son funéraire n'annoncera ses obsèques; qu'on la jette aux bêles sauvages et aox oiseaux de proie. Sa vie fut celle d'une bête ic~ roce , clic vécut sans pitié ; elle n'en trouvera point à sa mort. Veillez à ce qu'il soit fait justic? d'Aaron, de cet infernal More, dont l'ame perverse fut la source de tous nos désastres; ensuite nous allons rétablir la paix et l'ordre daus l'état, et prendre les mesures convenables pour que d-* pareils événemens ne viennent jamais hâter » ruine.
( Tou f rlcni.)