‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 555 sur 689 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

OBERON , roi d«§ fée* , cuire arec ta mita par une porta, et HTANLA , etee ton eortage, entra par l'astre.

OBERON

Je te trouverai au clair de lune, superbe Titania !

TITANIA

Comment, jaloux Oberon? — Fées légères , délogez, et sortez d'ici : j'ai renoncé à sa couche et à sa compagnie.

OBERON

Arrête , téméraire inûdèle. Ne suis-je pas ton seigneur?

TITANIA

Je suis donc ta dame. Mais je sais le jour que vous vous êtes dérobé du pays des fées , et que , sous la figure du berger Corin , vous êtes resté assis tout le jour, soupirant sur des chalumeaux d'épis, votre amour à l'amoureuse Philis. Pourquoi êtes-vous ici , revenu des monts les plus reculés de l'Inde? Ce n'est, je le jure, que parce que la fanfaronne Amazone , votre maîtresse en brodequins, cette amante guerrière, doit être mariée à Thésée ; et vous venez pour donner le bonheur et la joie à leur couche nuptiale.

OBERON

Au nom de la honte , comment peux-tu , Titania, m'iuvectiver sur mon amitié pour Hippolyte , sachant que je suis instruit de ton amour pour Thésée? Ne l'as-tu pas conduit dans la

(1) La coutume de crier tailleur l à la rue d'un homme qui fait une chute sur le do* , vient de ce qu'un homme qui glisse en arrière de sa chaise tombe comme un tailleur accroupi , les jambes croisées sur son établi.

Johhsoh.

nuit à la lueur des étoiles, des bras de Périgyne, qu'il avait enlevée? Et ne lui as-tu pas fait violer sa foi donnée à la belle Églé, à Ariane, à Antiope(l)?

TITANIA

Ce sont là des chimères forgées par la jalousie : jamais, depuis le solstice de l'été, nous ne nous sommes rencontrés sur les collines, dans les vallées, dans les forêts, ni les prairies, auprès des claires fontaines, ou des ruisseaux bordés de joncs, ou sur le rivage de la mer, pour danser nos rondes au sifflement des vents, que tu n'aies troublé nos jeux de tes clameurs importunes. Aussi, les vents, lassés de nous faire entendre en vain leur murmure, comme pour se venger, ont pompé de la mer des vapeurs contagieuses, qui, venant à tomber sur les campagnes, ont tellement enflé d'orgueil de misérables rivières , qu'elles ont surmonté leurs bords. Le bœuf se prêtait en vain au joug pénible , le laboureur a perdu ses sueurs et ses travaux; et le blé vert était gâté dans sa verdure, avant que le duvet eût orné son jeune épi. Les parcs sont restés vides et déserts au milieu de la plaine submergée , et les corbeaux s'engraissent de la mortalité des troupeaux ; les carrés des jeux rustiques (9) sont comblés de fange, et les jobs labyrinthes serpentant sur la folâtre verdure ne peuvent plus se distinguer ; le fil en est perdu. Les hommes mortels sont sevrés de leurs fêtes d'hiver. Plus de chants , plus d'hymnes, plus de noëls sacrés n'égaient les longues nuits. — Aussi la lune , cette souveraine des flots , pâle de courroux, inonde l'air d'humides vapeurs, qui font pleuvoir les maladies et les catarrhes ; et au milieu de cette intempérie des éléraens, nous voyons les saisons changer ; les frimas , à la blanche chevelure , tomber sur le tendre sein de la rose vermeille : le vieux hiver étale sur son menton et sur le sommet de sa tête glacée un chapelet odorant des tendres boutons moissonnés , et insulte à l'été. Le printemps , l'été , le fertile automne ,

(1) Périgyne , dont Thésée eut Menalippos ; elle était fille de Sinis. brigand qui exerçait ses cruautés dans listhroe . et fut enlevée par Thésée.

Églé, Ariane et Antiope forent pareillement maîtresses du même héros.

(7) The nine men't morrit. Ce Jeu , assez semblable i notre jeu de mirelUt , est encore en usage en Angleterre parmi les bergers et les gardeurs de vechea des comté» du centre.

LE SO.>GE D'ÉTÉ

le menaçant hiver, changent réciproquement leur livrée ordinaire ; et le monde étonné ne peut plus distinguer à leurs productions quelle saison règne sur l'atmosphère. Toute cette chaîne de maux provient de nos débats et de nos dissensions; c'est nous qui en sommes les auteurs et la

OBERON

Eh bien , réformez ces désordres : cela dépend de vous. Pourquoi Titaoia contrarierait-elle sou cher Oberon? Je ne lui demande rien de plus qu'un jeune et petit enfant, pour en faire mon page d'honneur.

T1TANIA

Ne vous tourmentez point en vain. Tout l'empire des fées n'achèterait pas de moi cet enfant : sa mère était attachée à ma cour, et mille fois, la nuit, dans l'air parfumé de l'Inde , elle s'est réjouie et promenée à mes côtés. Mille fois assise auprès de moi sur les sables jaunâtres de Neptune , elle observait les commerçons embarqués sur les flots. Après que nous avions ri de voir les voiles se jouer sous l'impression du folâtre zéphyr, et leur vent s'enfler par sa puissance , elle se mettait à vouloir les imiter, en nageant légèrement sur la terre, poussant en avant son ventre rebondi, qui portait mon jeune écuyer; elle imitait un vaisseau voguant sur la plaine, pour m'allcr chercher les bagatelles que j'aime , et revenir à moi, comme d'un long voyage, chargée d'une riche cargaison. Mais l'infortunée était mortelle ; elle est morte en donnant la vie à ce jeune enfant , et c'est pour l'amour d'elle que j'élève son enfant : c'est pour l'amour de sa mère que je ne veux pas me séparer de lui.

OBERON

Combien de temps vous proposez-vous de rester dans le bois?

TITANIA

Peut-être jusqu'après le jour des noces de Thésée. Si vous voulez être calme et danser nos rondes, et assister à nos ébats, au clair de la lune, venez , venez avec nous ; sinon, évitez-moi , et je vous promets de ne pas vous troubler dans les lieux hantés par vous.

OBERON

Donnez-moi cet enfant, et je suis prêt à vous suivre.

TITANIA

Je ne le donnerais pas pour tout voire royaume

de féerie.— Fées, allons, partons. Nous rons toute la nuit à quereller, si je reste plus longtemps.

( Tiiauta sort «?ec sa »i»ile.; OBERON.

Eh bien !

va, poursuis; niais tu ne sortiras pas

de ce bosquet, que je ne l'aie bieu vexée, pour me venger de cet outrage. — Puck, mon mignon, approche ici. — Tu te souviens d'un jour ou j'étais assis sur un promontoire , et que j'en tend 15 une sirène , portée sur le dos d'un dauphin , chantant sur un ton si doux et si harmonieux , que l'intraitable mer s'adoucissait aux accens de sa voix , et maintes étoiles transportées s'élancèrent de leur sphère , pour entendre la musique de cette nymphe de la mer ?

PUCK

Je m'en souviens.

OBERON

Eh bien ! dans le même temps, je vis, mais tn ne pus le voir, toi , Cupidon tout armé dès le berceau , voler entre la froide lune et l'atmosphère de la terre ; il visa le cœur d'une charmante vestale , assise sur un trône d'occident ; et d'un bras vigoureux , il décocha de son arc un trait d'amour des plus acérés, comme s'il eût voulu percer d'un seul coup mille cœurs. Mais je vis la flèche enflammée du jeune Cupidon s'éleindre dans les humides rayons de la chaste lune, et sa prêtresse couronnée continua sa route, libre de toute atteinte d'amour, et tranquille dans ses méditations virginales (1). Je remarquai où vint tomber le trait ; il tomba sur une petite fleur d'occident. — Auparavant elle était blanche comme le lait ; depuis , elle est pourpre par la blessure de l'amour ; et les jeunes filles l'appellent pensée : va me chercher cette fleur. Je te l'ai montrée une fois. Le suc de cette fleur, posé sur ses paupières endormies, vous rend une femme , ou un homme , follement amoureux de la première créature vivante qui s'offre à leurs regards. Apporte-moi cette fleur, et sois revenu ici avant le temps que le léviathan met à nager une lieue.

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