‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 559 sur 689 · SCÈNE If r · texte numérisé non relu

SCÈNE If r

( Entrent DWtrius et n<Slèoe courant.)

HÉLÈNE

Arrête, cher Uémétrius, dusses-tu me donner la mort !

Je te le défends; ne m'approche pas, ne me poursuis pas ainsi.

HÉLÈNE

Oh! aurais-tu le cœur de m'abandonner ici seule dans les ténèbres ? Ah ! ne m'abandonne pas.

DÉMÉTR1US.

Arrête , sous peine de ta vie : je veux m'en aller seul.

( Démétrias sort)

Oh ! je suis hors d'haleine , à force de le poursuivre en vain. Plus je le prie, et moius j* obtiens. Hermia est heureuse, en quelque lieu qu'elle se trouve ; car elle a des yeux célestes, et qui attirent vers elle. Oh ! comment ses yeux sont-ils devenus si brillans? Ce n'est pas à force de larmes : si cela était, mes yeux en ont été bien plus souvent arrosés que les siens. Non , non ; je suis d'une laideur effrayante ; car les bétes de ces bois, qui me rencontrent, me fuient de |teur. Il n'est donc pas étonnant que Déméirius, qui est un monstre sauvage, fuie aussi ma présence. Quel miroir indigne et imposteur est le mien , de m'avoir montrée à mes yeux d'une beauté comparable aux deux globlcs brillans des yeux d'Ncruiia ! Mais qui esl ici? Lysandre, étendu sur la terre! Est-il mort, ou endormi? Je ne vois immdi de sang, nulle blessure. —Lysandre, si vous êics vivant, bon seigneur, éveillez-vous.

LYSANDRE , s'éwillaat.

Et je traverserais les flammes pour l'amour de toi , ma bien-aimée. Transparente Hélène, la nature montre son art et sa puissance, en me faisant voir ton cœur à travers ton sein. Où esl Déméirius? Oh ! que ce nom odieux est bien celui d'un homme fait pour être immolé par mon épéc!

HÉLÈNE

Ne parlez pas ainsi , Lysandre ; ne vous arrêtez pas à celle idée : qu'inijxirte qu'il aime votre Hermia ? Seigneur, que \ous importe? Hermia n'aime que vous; aiusi, soyez coulent.

LYSANDRE

Content avec Hermia ? Non : je me repens des insians ennuyeux que j'ai perdus avec elle. Ce u'est point Hermia, c'est Hélène que j'aime. Qui

LE SONGE D'ÉTÉ

ne voudra pas changer un uoir corbeau contre une ' blauche colombe? La volonté tic l'homme est gou- J vernéc par la raison ; et la raison roc dit que vous J êtes la plus digne d'être aimée. Les plantes qui croissent encore ne sont pas mûres avant leur saison; et moi. avant ce jour, ma raison, dans sa jeunesse, n'était pas encore mûrie; mais à présent que je touche au temps de la perfection de mes organes et de mes sens, la raison devient le ! guide et la souveraine de ma volonté. Elle me conduit devant vos beaux yeux, où je lis les senlimens les plus tendres, écrits dans le plus riche livre d'amour.

HÉLÈNE

Pourquoi suis-jc née pour être en butte à cette amére ironie? Quand ai-je mérité d'essuyer de votre part ces mépris? N'est-ce doue pas assez , jeune homme, que je n'aie jamais pu , que je ne puisse mériter un doux regard des yeux de Uémétrius , sans qu'il faille encore que vous insultiez à ma disgrâce? De bonne foi, vous me faites une injure ; oui , oui , vous me faites un outrage en me faisant la cour d'une manière ironique et méprisante. Allez, prospérez; mais je suis forcée d'avouer que je vous avais cru plus d'honneur et de senlimens. Oh ! se peut-il qu'une femme rebutée d'un homme soit encore aussi cruellement insultée par un autre I

(tlfetort.)

Elle ne ? oit point Hermia. — Hermia , conti-

nue de dormir ici, et puisses-tu ne jamais i'jé. procher de L\ sandre! Car, comme farta du mets les plus délicieux porte à l'estomac ledvgoùi le plus invincible; comme les hérésies, qw l'homme abjure, sont les plus délestées de ceoi qu'elles ont long-temps trompés; de mfnie.K objet de ma satiété et de ma pernicieuse erreur, sois haïe de tous, cl surtout de moi! El tous, puissances de mon ame, consacrez loul ce <p vous avez d'amour cl d'énergie pour honorer Hélène et me rendre son chevalier.

HERMIA , m rtTcHIani en unaiu

A mon secours, Lysandrc! à mon secoon!

Oh ! fais ton possible pour arracher ce serpnt qui rampe sur mon sein : hélas! à moi; aie ptfjc de moi! — Quel était ce songe? L) sandre ,ioii comme je tremble de frayeur! 11 m'a sente qu'un serpent me dévorait le cœur, cl que loi. la étais assis, souriant à mon cruel tourment. -Lysandre! quoi! est- il parti? L) sandre! seigneur Quoi! il ne m'entend pas! 11 m'aurail laissée! Quoi! pas un son, pas une parole! Hélas! oi êtes- vous? Répondez-moi , si vous pouvez «attendre; parlez-moi, au nom de tous te amour* Je suis prête à m'évanouir de lerreur. — Personne ! — Ah ! je vois cnûn que lu n'es ptepM de moi ; il faut que je trouve à l'ioaant. ou la mort , ou toi.

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