‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 566 sur 689 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

ire. Près de la retraite de son berceau sacré , à l'heure où elle «Hait plongée dans le sommeil le plus profond et le plus insensible , une borde de vauriens, artisans grossiers, qui travaillent tout le jour pour du pain dans les échoppes d'Athènes, se sont rassemblés pour faire la répétition d'une pièce destinée à être jouée le jour des noces de Thésée. Le plus épais et le plus ignorant de cette troupe de misérables fous, qui représentait Pyrame , au milieu de la pièce a abandonné le lieu de la scène, et est entré dans un hallier; là, je l'ai surpris à mon avantage , et je lui ai planté une tôte d'âne sur la sienne. Cependant, son tour est venu de répondre à sa Thisbé ; alors, mon grotesque acteur revient sur la scène. Aussitôt que ses camarades l'aperçoivent , comme une troupe d'oisous sauvages qui ont aperçu l'oiseleur s'approcher en rampant terre à terre, ou comme une compagnie de corneilles à la tôte huppée, qui se lèvent et crient au bruit d'une décharge , et se séparent , et évacuent en désordre la plaine de l'air; de même , à sa vue , tous se sont enfuis de tous côtés; et chacun d'eux tombe l'un après l'autre, à l'impression de mon pied sur la terre. Lui, crie au meurtre, et invoque à grands cris du secours d'Athènes. Dans le trouble de leurs sens, écrasés par la force de leurs terreurs , j'ai armé contre enx les objets inanimés. Les ronces et les épines arrachent et déchirent leurs habits , emportent à l'un ses manches, à l'autre son chapeau : tout les quitte et les laisse dépouillés. Je les ai conduits ainsi dans le détire de la peur, et j'ai laissé ici le beau Pyrarae sous sa métamorphose; et le hasard a voulu que , dans ce moment même, Titania se soit réveillée ; elle a pris aussitôt de l'amour pour un âne.

OBERON

L'événement surpasse mes espérances. — Mais as-tu oint les yeux de l'Athénien de ce philtre d'amour, comme je te l'avais ordonné ?

Pl'CK.

Je l'ai surpris dormant : — c'est une chose faite aussi ; et la jeune Athénienne est à ses côtés , de façon qu'il faut nécessairement qu'à son réveil ses yeux l'aperçoivent.

(Fnireot Wm<kriu» et Urrraia.) OBERON.

Reste coi : voici justement l'Athénien.

PLCK.

C'est bien la fournie ; mais l'homme uYsl pas , le même. I

Ah ! pourquoi rebutez-vous ainsi un amant qui vous aime ? Gardez ces rigueurs pour votre plus cruel cunemi.

Tu n'essuies de moi que des reproches ; mais je voudrais pouvoir te maltraiter davantage ; car tu m'as donné , j'en ai bien peur, un grand sujet de te maudire. Si tu as assassiné Lysandre au railieu de son sommeil ; déjà enfoncé à moitié dans le sang, achève de t'y plonger jusqu'à la tête, et tue-moi aussi. Le soleil n'est pas aussi fidèle au jour qu'il l'était pour moi. — Aurait-il jamais abandonné son Ilermia endormie? Je croirai plutôt qu'on peut percer d'outre en outre le globe entier de la terre, et que la lune peut descendre à travers son centre , et aller à midi se présenter chez les antipodes à son frère étonné et mécontent. Il faut absolument que tu l'aies massacré : lu as le regard d'un meurtrier ; ton œil est sombre et homicide.

DÉMÉTRIUS

Dites le regard d'un mourant, percé an cœur par le trait de la barbarie; et cependant, vous, qui m'assassinez , votre œil est aussi brillant, aussi pur que l'est Vénus là-bas dans sa pâle sphère du crépuscule.

HERMIA

Qu'importe à mon cher Lysandre? Où estil? Ah ! bon Démétrius! veux-tu me le rendre?

DÉMÉTRIUS

J'aimerais mieux donner son cadavre à mes chiens.

HERMIA

Loin de moi, dogue féroce ; loin de moi. Tu l'as donc tué? Sois doue pour jamais rayé du nombre des humains! Oh! dis -moi. dis-moi une fois, une seule fois la vérité , par pitié pour moi. As-tu osé , les yeux ouverts , le fixer endormi , et l'égorger dans son sommeil? O le brave exploit ! Un serpent, le plus vil reptile en pouvait faire autant. Oui, c'est un serpent qui a fait ce coup ; car jamais serpent ne blessa d'un double dard plus empoisonné que le tien , monstrueux reptile.

DÉMÉTRIUS

Vous épuisez les emportemens de votre colère sur une méprise. Je ne suis \mnl coupable du sang de Lysandre ; et, autant que je puisse savoir, il n'est point mort.

LE SONGE D'ÉTÉ

Ah ! dis-moi donc, je t'en conjure, qu'il est en santé.

DÉMETR11S.

Si je pouvais vous l'assurer, que gagnerais-je a vous le dire ?

1IERMIA.

Le privilège de ne me plus revoir jamais. — Et je fuis à l'instant ta présence abhorrée : songe à m'éviter, soit qu'il soit mort , ou vivant.

(Elle tort.)

DÉMÉTRICS.

Il est inutile de vouloir la suivre dans cet accès de courroux. Je vais donc me reposer ici quelques momens. Ainsi , le poids du chagrin devient plus accablant encore , lorsque le sommeil perfide refuse de lui payer sa dette ; peut-être en ce moment s'acquittera-t-il de quelques heures avec moi , si je fais ici quelque séjour pour attendre sa complaisance.

(ii

ORERON.

Qu'as-tu fait î Tu t'es mépris du tout au tout, et tu as placé le philtre d'amour sur les yeux d'un amant fidèle. Ainsi, l'effet nécessaire de ta méprise est de changer uu amour sincère en amour perfide, et non pas un amour perfide en amour sincère.

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