EMBUA
Un gibet pour pardon , et l'enfer pour le dévorer tout entier ! —Pourquoi l'appellerait-il prostituée? Quel homme voit-il assidu auprès d'elle? En quel lieu? Dans quel temps? Quelle ombre, quelle apparence de vérité? Oui, le More est aveuglé par quelque monstre exécrable, quelque peste, quelque fourbe atroce. O ciel , que ne démasquestu de pareils mécbans? Que ne mets-tu à la main de chaque honnête homme un fouet pour flageller le perfide à travers le monde, depuis l'orient jusqu'au couchant !
JAGO
Baissez la voix, contenez-vous.
ÉMILIA
Oh ! vengeance sur ces méchans ! C'était aussi quelque imposteur de cette trempe qui vous renversait la tète, quand vous me soupçonnâtes d'une intrigue avec le More.
JAGO
Allez , vous êtes une écervelée.
DESDEMONA
Hélas , Jago , que ferai-je pour ramener le coeur de mon époux! Bon Jago, allez le trouver. Par cette lumière du ciel ! j'ignore comment j'ai pu le perdre. Je tombe à genoux.— Si dans mes actions, mes discours, ou dans mes pensées, si jamais ma volonté pécha contre son amour ; si jamais mes yeux, mon oreille, aucun de mes sens, reçurent quelque impression de plaisir d'un autre objet que lui ; et s'il n'est pas vrai que je l'aime encore, que je l'ai toujours aimé, que je l'aimerai toujours tendrement , dût-il par un divorce me rejeter, meplongerdans la misère ; consolation, abandonne-moi! Les duretés d'un époux ont un cruel pouvoir sur un cœur, et ses duretés peuvent bien détruire ma vie ; mais entacher ma foi ! non , jamais! Je répugne à répéter ce mot de prostituée : le nom me fait horreur maintenant que je le prononce ; mais l'action qui m'en rendrait digne, tous les vains trésors du monde ne me la feraient pas commettre.
JAGO
Calmez-vous, je vous prie; ce n'est qu'un moment d'humeur. Ce sont ces affaires d'état qui l'aigrissent, et son dépit retombe sur vous .
DESDEMONA
Ah! s'il n'y avait pas d'autre cause.
JAGO
Rien de plus, je le garantis. (t>*s iromp.it.. «ro*
ÛG OTHELLO.
entendra.) Écoutez, ces trompcites annoncent le sou- | les refuse, allez, per. L'envoyé de Venise vous attend. Entrez, et séchez vos pleurs ; tout ira bien.
( Detdeaona et Ênilia tortent.)
(Eatra Rode ri go.)
Eh bien, Roder igoî
Je ne trouve pas que vous agissiez franchement avec mol
JAGO
Quelle preuve du contraire ?
Vous me jouez, Jago. Chaque jour nouveau prétexte ; et, loin de me fournir les moyens de réussir, je m'en aperçois , vous m'en ôtez plutôt les occasions et l'espérance. Je ne prétends pas l'endurer plus long-temps ; et même je ne suis pas trop décidé à digérer en silence ce que j'ai déjà follement
JAGO
Voulez-vous m' écouter?
Je ne vous ai que trop écouté. Vos paroles et vos actions ne sont pas sœurs.
JAGO
Vous m'accusez bien injustement .
Oh ! de rien qui ne soit vrai. Je me suis dépouillé de toutes mes ressources. Les bijoux que vous avez reçus de moi pour les présenter à Desdemona, auraient presque suffi à corrompre une vestale. Vous m'avez dit qu'elle les avait acceptés; et en retour vous m'apportiez l'espoir d'une prochaine entrevue et d'un accueil favorable ; mais je rien de tout cela.
fort bien.
Fort bien, poursuivez. Je ne le puis, entendez-vous ? Et cela n'est pas fort bien ; au contraire je soupçonne ici de la fraude, et je commence à croire que je suis dupe.
JAGO
Fort bien.
que je saurai me faire
raison de vous.
JAGO
Vous avez tout dit?
Oui, je vous le proteste, je n'ai rien dit que je ne sois bien résolu d'exécuter.
JAGO
Eh ! mais je vois que vous avez de l'ame ; et je commence à fonder sur vous de plus hautes idées que je n'en avais encore. Donnez-moi votre main, Roderigo; vous avez conçu contre moi de très justes soupçons. Cependant je vous jure que j'ai toujours fidèlement conduit vos intérêts vers leur but
H n'y a pas paru.
JAGO
H n'y a pas paru , je l'avoue ; et vos doutes ne sont point dénués d'apparence. Mais, Roderigo, s'il est vrai qu'il se trouve en vous ce que je suis maintenant plus disposé que jamais à y voir, je veux dire la force de résoudre, d'entreprendre et d'exécuter, montrez-le cette nuit Et si la nuit suivante vous ne possédez pas Oesdemona, dressez des embûches, tramez une trahison contre mes jours, et faites-moi sortir de ce monde.
Eh quoi! que voulez-vous dire? Y a-t-il dans cette idée quelque lueur, quelque apparence de
Non, non, je vous le répète. — Je veux me faire connaître à Dcsdemona. Si elle me rend tous mes bijoux, j'abandonnerai ma poursuite, m'en tenant au repentir d'une tentative indiscrète. Si on me
JAGO
Seigneur, il est arrivé des ordres exprès de Venise. Cassio monte à la place d'Othello.
Est-fl vrai? Othello etDesdemooa vont donc retourner à Venise?
JAGO
Non, non; il retourne au pays des Mores, et emmène avec lui la belle Desdemona, à moins que son séjour ici ne se trouve prolongé par quelque événement : et pour cela, il n'est point de plus sûr moyen que d'écarter ce Cassio.
Comment prétendez-vous l'écarter?
JAGO
Quoi ! en le mettant hors d'état de succéder à Othello, en lui faisant mordre la terre.
Et c'est moi que vous destinez à cet exploit?