ACTE m, SCÈNE I
ainsi occupés d'affaires sérieuses , ils me paient de leurs regards dédaigneux , de phrases entrecoupées avec leurs demi-révérences et leurs signes de froideur; ils ont glacé ma langue, et m'ont réduit au silence.
TIMON
Dieux , récompensez-les. — Ami, je t'en prie, ne t'afflige pas. Ce sont des vieillards ; l'ingratitude semble attachée à cet âge; leur sang est glacé et coule à peine dans leurs veines ; ils manquent de reconnaissance parce que leur cœur manque de chaleur. A mesure que l'homme s'avance vers sa tombe , il perd de son activité dans le voyage , et son cœur devient froid et engourdi. — Va chez Yentidius. — Ah ! de grâce , point de chagrin ; tu es honnête et fidèle, je te le dis comme je le
; on n'a rien à te reprocher. Yentidius vient de perdre son père, et cette mort met dans sa main des biens immenses. Quand il était pauvre , emprisonné et dépourvu d'amis pour le secourir, je l'aidai de cinq talens. Ya le saluer de ma part ; dis-lui d'imaginer que son ami est dans un pressant besoin , qu'il exige qu'il se ressouvienne de ces cinq talens. — Dès que tu les anras touchés , donne-les à ces gens dont je suis le débiteur. Ne dis jamais, et garde-toi de penser, que la fortune de Timon puisse périr au milieu de ses amis.
FLAVIUS
Je voudrais bien n'être jamais dans le cas de le penser. Cette confiance est l'ennemie de la bonté ; sincère et généreuse elle-même, la bonté croit que tous les autres hommes le sont comme elle.